Accueil > Société | Par Marie Nossereau | 1er février 2008

L’enfance d’un chef, la dame de fer

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Margaret Thatcher était fille d’épicier. Cette origine sociale modeste lui causa bien des difficultés dans sa vie politique, beaucoup plus, en réalité, que le fait d’être une femme dans un univers dominé par les hommes depuis toujours. Voilà l’un des enseignements du documentaire consacré à « la Dame de fer » et diffusé sur Arte, le 13 février prochain dans le cadre de la série « L’enfance d’un chef », qui dure tout au long de ce mois et qui tentera successivement de relater l’enfance du Cubain Fidel Castro, de l’Indien Gandhi, du Chinois Deng Xiaoping, du Russe Vladimir Poutine et de la Britannique Margaret Thatcher qui nous intéresse donc aujourd’hui. Ces films n’ont pas pour ambition de dresser le bilan de leur action, de décrire leurs mandats successifs, encore moins de juger leurs choix politiques. Il s’agit plutôt de remonter à la genèse de ces destins exceptionnels.

Margaret Thatcher est née Roberts dans une petite ville des Midlands en 1925. Son père Alfred, épicier méthodiste, et sa mère Béatrice, au foyer, lui mènent la vie dure. Ils méprisent l’oisiveté et les dépenses inutiles. Les seuls loisirs que l’on permet chez les Roberts : l’église, où Alfred monte en chaire chaque dimanche pour tonner ses sermons d’une sévérité inouïe et... le Monopoly, un jeu de société utile et instructif, selon les parents de Margaret.

Etonnamment, Margaret s’épanouit dans cet univers strict. Elle n’a que peu d’amies, ne s’intéresse guère à l’amitié et préfère cravacher à l’école. Alfred, expliquent les auteurs du film, Dominique Nora et Chantal de Rudder, la « dresse comme un pur sang, pour faire la course en tête ». Très tôt, Maggie se persuade en effet que c’est à chacun de se prendre en charge. Son père, qui s’est construit à la force du poignet, qui a su prendre l’ascenseur social et se faire respecter dans sa communauté, n’en est-il pas la parfaite illustration ?

Quand Margaret Roberts est acceptée dans la plus prestigieuse université du pays, Oxford, elle se retrouve en total décalage avec les camarades. Ils ont 18 ans, jeunes garçons issus des milieux sociaux les plus favorisés, jeunes filles de familles prestigieuses et tous ne pensent qu’à s’amuser, bien sûr, à profiter d’une jeunesse dorée épargnée par la guerre et les crises économiques. Mais Margaret ne les comprend pas, parfois même elle les prend de haut : l’adolescente s’enferme dans sa petite chambre d’étudiante, elle potasse, elle veut être la meilleure. Sans compter qu’elle se heurte à une autre difficulté : comment annoncer à tous ces privilégiés qu’elle est en fait la fille d’un simple épicier des Midlands ? Margaret préfère mentir. Et cacher sa véritable origine sociale, cette origine sociale dont elle fera plus tard, quand l’Angleterre traversera l’une des pires crises économiques de son histoire, l’un de ses arguments politiques les plus efficaces et les plus affûtés.

Quand elle entre au Parlement, quelques années plus tard, Margaret Thatcher embarrasse les conservateurs. La fille d’épicier est trop à droite, trop rentre-dedans. Elle dérange, dans le monde feutré de la politique anglaise. Elle est même constamment débinée par ses collègues qui moquent « la maîtresse d’école ». Alors Margaret accepte les postes les plus techniques, les missions les plus ardues, celles dont personne ne veut. Quand il s’agit de présider une commission sur le budget, elle se met à éplucher tous les budgets du pays depuis vingt ans. Elle est incollable sur ses dossiers, impossible de la prendre en défaut. Et elle en veut toujours plus. « Quand je ne suis pas invitée à un dîner, eh bien, je viens quand même et j’apporte le repas. » Ça ne vous dit rien ? C’est l’une des devises de Nicolas Sarkozy, célébrée par son hagiographe de campagne Catherine

Ney (1). On jurerait du Thatcher dans le texte...

Margaret finira, bien sûr, par trouver des alliés au sein de son parti, en devenir la présidente et accéder à la plus haute marche du pouvoir en Angleterre, vous connaissez cette histoire. Elle concocte un programme néolibéral aux petits oignons grâce à ses deux économistes préférés, Friedrich Hayek et Milton Friedman. A partir de 1980, elle l’appliquera sans faillir, contre vents et marées. Margaret Thatcher, modèle de volontarisme en politique ou visage hideux du capitalisme ? Le propos du film n’est pas de trancher cette question. « Je ne changerai pas de cap pour séduire l’opinion », explique-t-elle, en tout cas, en octobre 1981, au congrès du Parti conservateur. « La Dame de fer » a dit ce qu’elle ferait et fait ce qu’elle avait dit. Nous, aujourd’hui en France, à l’heure du règne absolu des sondages, on n’en est plus à un changement de cap près. Surtout quand il s’agit de séduire l’opinion. Vous ne trouvez pas ?

Marie Nossereau

1. Un pouvoir nommé désir, Catherine Nay, Grasset.

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