Accueil > Société | Par Nicolas Kssis | 1er janvier 2006

L’Europe à la conquête du sport

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Voici dix ans, le 15 décembre 1995 précisément, la Cour européenne de justice prenait une décision déterminante, qui transforma radicalement le visage du football européen, et plus largement du sport professionnel. En donnant raison à Jean-Marc Bosman, joueur en litige avec le FC Liège, la CEJ allait complètement remodeler le paysage sportif, en réduisant comme peau de chagrin les règlements de l’UEFA et les contraintes coutumières des fédérations de chaque pays. Complété en 2002 par l’arrêt Malaja (du nom de la basketteuse polonaise Lilia Malaja) qui en étendait le principe aux pays de l’Est, du Maghreb et de la zone de l’accord Cotonou, cet arrêt impliqua la fin des quotas de nationaux par équipe et restreignit sérieusement le système des indemnités de transfert. Depuis, les championnats européens accueillent chaque saison de plus en plus de joueurs étrangers (62 % de l’effectif à l’OM), notamment du tiers-monde. En outre, on voit s’instaurer une désagréable répartition des rôles entre pays formateurs (comme la France, avec la question lancinante de l’injection de fonds publics dans les centres de formation) et ceux qui en profitent (Angleterre, Italie, etc.). Jean-François Lamour fit voter en novembre 2004 une loi taillée sur mesure pour en compenser les effets négatifs, en permettant aux clubs français de redevenir fiscalement attractifs (principalement en payant leurs joueurs en droit à l’image, quitte à spolier la collectivité).

On le voit, l’Europe pèse fortement sur l’organisation du sport, alors que, justement, il n’existe dans ce domaine quasiment aucune forme d’action concertée de la Commission. Les ministres des Sports britannique, français, espagnol, italien et allemand se sont toutefois rencontrés la veille du tirage au sort de la Coupe du monde 2006, à l’initiative de Richard Caborn, ministre des Sports britannique, et en présence des représentants de la Commission européenne et des fédérations internationales. Il s’agissait néanmoins davantage de s’accorder sur le constat des carences de « la gouvernance » du sport dans l’UE que de décider d’une quelconque politique conjointe.

Car, à l’instar du reste de la construction européenne, le sport révèle le dramatique fossé entre le poids grandissant de l’échelon européen et la difficile comptabilité entre les divers modes de gestion nationaux de l’intervention publique dans ce secteur particulier. Comment s’entendre dès lors sur la définition, pourtant indispensable, d’une spécificité sportive, comme il existe, du moins en principe, une exception culturelle ?

Par ailleurs, autre singularité, l’Europe s’est en partie d’abord formalisée dans le sport, avant même l’économie ou le politique. Et, à y regarder de près, il conserve une certaine marge d’avance (par exemple, la Turquie participe dans de nombreuses disciplines, avec les autres pays européens, aux compétitions internationales). Cependant, le projet de Constitution européenne s’était révélé d’une discrétion surprenante sur le sujet, preuve d’un retard incompréhensible pour une activité qui constitue pourtant une des principales pratiques culturelles communes des citoyens européens. N.K.

SUBVENTIONS

Le tribunal administratif de Montpellier a rendu récemment un jugement fort instructif, concernant l’utilisation de subventions publiques en faveur d’événements sportifs privés. En effet, deux sociétés (Thierry Sabine organisation et Amaury Sport) organisatrices du Paris-Dakar devront restituer les sommes versées de 2000 à 2003 par le conseil municipal de Narbonne (un peu moins de 80 000 euros en tout). Une décision qui, espérons-le, risque de faire jurisprudence. Pour plus d’informations sur cette coûteuse et indécente randonnée post-coloniale http://mouvement.critique.du.sport.chez-alice.fr

PRIVATISATIONS

Nos amis députés viennent de voter, le 5 décembre dernier, contre l’avis de nombreux professionnels et fédérations sportives, une loi qui permet notamment aux collectivités territoriales d’instaurer une redevance pour l’accès « aux installations et aux services collectifs d’un site nordique dédié au ski de fond et loisir de neige... ». Bref, il faudra payer pour se promener en montagne. Une pétition est accessible en ligne. On vous encourage fortement à la signer pour préserver ce qui peut l’être de la gratuité des sports de loisir contre la privatisation du domaine public.

www.raquettelibre.org

Paru dans Regards n°25, Janvier 2006

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