Accueil > Société | Par Samuel Lehoux | 18 janvier 2009

L’hôpital va mal : mobilisation générale

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

« Touche pas à mon hosto ! » Tel est le mot d’ordre de la coordination nationale des comités de défense des hôpitaux et maternités de proximité qui tenait une conférence de presse mardi 13 janvier dernier, à la Mairie du 2ème arrondissement de Paris. La coordination, aux côtés du Collectif national contre les franchises et de la Convergence nationale des collectifs de défense des services publics, qui rassemblent à eux trois pas moins de 70 organisations, ont dressé un constat désespéré de l’hôpital public que la prochaine loi Bachelot intitulée « hôpital, patient, santé, territoire » ne risque pas d’améliorer.

« Les récentes affaires dramatiques ne sont que la pointe avancée de l’iceberg » , estime la coordination nationale. « Un lit sur 4 disparu dans l’hôpital public depuis 1981, l’hôpital est géré comme une entreprise, de nombreux services sont fermés » , la liste est longue. Pour Michel Antony, président de la coordination nationale, le projet de loi Bachelot, qui devrait être discuté au Parlement en février prochain, « vient en lieu et place d’un nécessaire bilan sur la situation dramatique de l’hôpital public et sur les effets de la dernière réforme de 2004 » . La loi prévoit notamment de regrouper les 38 Agences Régionales Hospitalières (ARH) en 13 Agences Régionale de Santé (ARS), afin de « coordonner les interventions et mutualiser les ressources des établissements » . La loi propose également un « mode de coopération privilégié entre établissements de santé publics et privés » . Des dispositions qui suivent une « logique surtout comptable » et qui ne répondent en aucun cas aux problèmes actuels de l’hôpital, d’après Michel Antony. Bien au contraire : « elles vont les accroître [par la] concession de missions de services publics au secteur privée, [par une généralisation des tarifications à l’acte qui vont transformer l’hôpital en usine à soins, [et par l’ accentuation de la gouvernance pyramidale » .

Même constat pour Nadine Prigent, secrétaire générale CGT du collectif Santé, qui reconnaît la « nécessité d’une réforme, mais en prenant en compte les effets néfastes de l’évolution actuelle plutôt que d’accentuer les choix précédents » . Elle préconise au contraire « une politique à l’inverse du flux tendu, un strict encadrement du secteur marchand, et un dispositif de direction plus démocratique » . Pour ce qui est de la sécurité sociale, Nadine Prigent dénonce « sa mise sous tutelle au sein de la direction des agences régionale de santé, et les financements indirects de fonds de pension britanniques sur son dos » . Une traduction de la disposition du projet de loi qui prévoit de « réunir les moyens de l’Etat et de l’Assurance maladie au niveau régional » .

Tout aussi inquiétant pour les intervenants : le « caractère autoritaire » de la réforme, dont les applications se déclinent partout, « alors même que la loi n’est pas encore votée » , comme l’attestent les appels d’offre pour les directions des nouvelles ARS, les restructurations, et les fermetures de services qui « s’intensifient » . Pour les prochains mois sont programmées les fermetures de plusieurs maternités. En région parisienne, celles de l’hôpital Esquirol, de Saint-Vincent-de-Paul, aux Bluets ou encore de Juvisy sont concernées.

Autre symptôme d’une évolution dangereuse selon Fabien Cohen, responsable du regroupement national des centres de santé, le « décloisonnement entre l’ambulatoire, l’hôpital et le médico-social » prévu par la loi : « nos structures de proximité commencent déjà à disparaître, à l’image du centre de Sartrouville fermé le 19 décembre, au profit de structures plus lucratives, comme la Générale Santé » . « Avec la loi Bachelot, une simple autorisation du Préfet ou du président de l’ARS suffira à donner une autorisation pour s’implanter » , poursuit-il.

Une représentante de la CGT, responsable de l’Assistance Publique, résume, elle, le processus : « les regroupements en communauté hospitalière » , les ARS, déboucheront sur un système de « carte orange pour les personnels et de carte bleue pour les patients » , en référence aux mutations des personnels et à la tarification à l’acte. Une autre disposition de la loi annonce en effet que les « actes médicaux assurés par les médecins libéraux dans le cadre du groupement peuvent être rémunérés à l’acte » .

En substance, les intervenants s’opposent à cette loi en partageant l’idée selon laquelle le soin doit garder une dimension strictement humaine, et non entrer dans une démarche commerciale. Ils dénoncent une logique purement comptable et prévoient d’ailleurs la suppression de « 20000 postes pour rétablir le fameux équilibre budgétaire » . Le gouvernement ne se prive pas de prétexter le déficit des hôpitaux pour justifier une réforme qui est censée permettre de faire des économies. Et le meilleur moyen de réduire les dépenses de santé est probablement de réduire l’offre de soins... Loin de renoncer à une mobilisation entamée depuis plusieurs années déjà, les collectifs demandent le retrait de ce projet de loi. Ils appellent à une journée de mobilisation le 24 janvier devant l’hôpital Saint Vincent de Paul à Paris, et promettent une mobilisation d’une ampleur historique le 29 janvier. S.L.

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

Forum sur abonnement

Pour poster un commentaire, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas encore enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?