Accueil > Idées | Par King Martov | 1er janvier 2006

L’inconnue X...

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Le porno s’est fait sa place dans le petit écran. Ce n’est ni un cri d’effroi ni forcément une grande victoire contre le puritanisme, mais un simple constat. Peut-être aussi le triomphe d’une forme très cynique de la quête d’audimat et la chasse aux abonnements, qui se traduit en prime-time avec la téléréalité, par certains aspects un spectacle encore plus obscène et malsain que l’alignement de verges érectiles et de sexes féminins épilés. Au final, si on ouvre aujourd’hui un programme télé, surtout pour ceux qui possèdent le câble (autour de 25 % des foyers), et surtout les offres cinéma, il est possible presque chaque soir, après minuit (la réglementation reste stricte, avec signalétique à l’avenant et généralement interdiction des sex toys), d’observer les prouesses acrobatiques de sémillants acteurs et actrices avantageusement (ou artificiellement) dotés par la nature. Et on vous épargnera les boutades sur l’indigence des scénarios et des dialogues.

On fête presque un anniversaire. Vingt ans. Le

31 août 1985, Canal +, la branchée qui a construit son succès sur le foot et le cul, diffusait son premier film X (Exhibition, pour mémoire, c’était à l’époque où les Cahiers du cinéma chroniquaient ce genre de production par anticonformisme) et brisait de la sorte le tabou suprême en sortant le coït du seul registre du documentaire animalier. Dorénavant, tous les premiers samedis du mois, et sept rediffusions à venir, ce rendez-vous mensuel allait constituer, magnétoscope aidant, une forme parmi d’autres d’éducation sexuelle de la jeunesse française.

Néanmoins, les choses se sont considérablement transformées, depuis cette époque pionnière, tout comme l’industrie du hard qui repose désormais essentiellement sur les commandes télés et naturellement les ventes de DVD. Disons-le simplement, sans rentrer dans un cours magistral sur l’histoire de la pornographie à travers l’art, le X s’est non pas démocratisé, mais vulgarisé et, pour tout dire, normalisé dans le PAF. L’apparition douloureuse des premières émissions de charme sur les chaînes hertziennes semble remonter à un autre temps. Le sexe est devenu de plus en plus cru et abondant, voire racoleur. Naturellement, ce recul des censeurs a également permis à certaines œuvres cultes (comme L’Empire des sens) d’être diffusées, même à des heures tardives, dans la lucarne.

La surabondance est telle aujourd’hui que M6 a renoncé à son mythique téléfilm érotique de la deuxième partie de soirée du dimanche soir, dont d’ailleurs Nina Roberts raconte dans son (recommandable) livre J’assume (1), à quel point leur tournage s’avérait reposant pour les hardeuses. Pas de panique, sur le câble, de nombreuses imitatrices à vocation généraliste, comme W9, RTL 9 ou TMC, proposent désormais, et en boucle, des émissions érotiques en carton-pâte (je parle des décors), achetées en général aux States ou puisé dans les fonds de tiroirs de... M6. Même Paris Première, toujours à courir derrière Canal +, propose ses propres niaiseries effeuillées, en jouant sur le sens du décalé avec un somptueux Dick Rivers en présentateur grivois dans une espèce de parodie de « la dernière séance » (fond d’écran dédicacé à télécharger sur le site web).

Car pour les choses sérieuses, non simulées et en gros plan gynécologique, le développement du câble a en effet radicalement modifié la donne. Tous les bouquets cinéma ont compris l’intérêt de ce type de programme et s’en servent abondamment, diffusant régulièrement erzatz érotiques ou versions interdites aux moins de 18 ans. Même le succès de Pink TV repose en grande partie sur la présence de films pornos gay quasiment chaque soir. En outre, des chaînes spécialisées sont apparues, dont certaines importées directement des USA. XXL, petite française, qui a dépassé le million d’abonnés depuis belle lurette, représente désormais un joli produit d’appel pour les diffuseurs.

Dès lors, se pose un vrai problème, que l’on ose à peine soulever, tant la qualité médiocre et la vocation onaniste (le public est quasiment exclusivement masculin) de ces films paraissent éloigner les questions de fonds. Car, qu’on le veuille ou non, les films X pèsent davantage que par le passé sur les représentations du sexe dans la société. Ils sont sortis du ghetto et les cités les ont massivement adoptés. L’interprétation monomaniaque des formes de relations sexuelles qu’ils proposent, le discours sur le désir féminin qui les structure, fondé sur un rapport schizophrène et culpabilisateur à la sexualité, suscitent bien des interrogations sur leur impact à long terme, notamment auprès des jeunes garçons des catégories populaires, gros consommateurs de ce type de produit. Au moment où il est courant de critiquer le rap pour son sexisme (un univers où les actrices pornos sont de véritables stars), il serait louable de se le demander sérieusement, sans jouer ni au censeur ni au cul serré.
Film X sur Canal + : tous les premiers samedis du mois

1, Aux éditions Scali

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