Accueil > Culture | Par Thomas Bauder | 29 février 2012

L’intensité des marges

En revitalisant l’histoire de Louis Mandrin, contrebandier
sous Louis XV, le cinéaste Rabah Ameur-Zaïmeche
poursuit sa route sur les chemins buissonniers d’un cinéma
d’auteur exigeant, poétique autant que politique.

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Il est des films qui ont en commun avec certains vins
de terroir d’être « natures ». Sans artifice aucun, ni adjuvant,
poétiques, ne se laissant pas toujours aisément
appréhender, âpres au premier abord, suaves ensuite,
sincères toujours, et en même temps éminemment fragiles.
C’est de cette catégorie que relève Les Chants de Mandrin,
quatrième opus de Rabah Ameur-Zaïmeche.

Né en Algérie, grandi à l’ombre des bosquets à Montfermeil,
le réalisateur découvert il y a dix ans avec Wesh Wesh qu’est
ce qui se passe ?
s’en est allé cette fois filmer, sur les terres
insoumises de Mende, Rodez et Millau, les tribulations d’une
communauté de disciples de Louis Mandrin, brigand en rupture
de ban avec la société féodale de l’avant-veille de la
révolution française, mort écartelé en 1755. Dans ce qui ne
s’appelle pas encore une TAZ, cette bande de vagabonds, de métèques, convertis tant aux partages divers qu’au fair
trade
, bénéficie du soutien intellectuel d’un marquis décalé
(Jacques Nolot). Lorsqu’un colporteur masse les pieds du
nanti, pas de choc des cultures, mais l’échange humain d’un
aristocrate et d’un moins que rien, dans lequel l’assisté n’est
pas celui qu’on croit.

Ici, vous vous en doutez, on est à des années lumières des
versions cinéma de cape et d’épée des années 1950 et 1960
(Mandrin le libérateur, de Réne Jayet en 1948, Mandrin met
le feu aux poudres
, de Jean Paul Le Chanois, 1962). Loin de
la ringardise du cinéma spectacle, Rabah Ameur-Zaïmeche,
(RAZ) signe une allégorie politique d’une extrême pauvreté
de moyens, et d’une immense acuité sur les mouvements de
contestations autonomes à travers les siècles, des premières
jacqueries jusqu’aux printemps arabes…

Forcément, Les chants de Mandrin, par-delà la solidarité de
ses membres, pose la question politique du maquis, celui des
barbus de la Sierra Maestra, des fellaghas FLN, des chiapatèques
du subcommandante Marcos et des autonomes
de Tarnac, mais aussi celui des FARC de Colombie ou des
talibans des montagnes pakistanaises. Pas d’ambiguïté
pourtant ici. La différence entre progressisme et réaction
résidant dans l’attention portée
à l’intelligence, à la beauté de la
langue, à l’écriture et à l’édition. Et
c’est avec bonheur qu’on découvre
alors Jean-Luc Nancy dans le rôle
de l’imprimeur.

Film militant dans le sens où certains
choisissent de se battre ou de
mourir pour des idées, Les Chants
de Mandrin
revendique son appartenance
au cinéma de l’innocence
esthétique, depuis la légèreté de
son dispositif de mise en scène
jusqu’à l’air qui circule entre les
images. Une fragilité qui constitue
son identité et fait de ce film un compagnon
de choix pour toutes celles
et ceux qui savent que l’existence
est plus intense dans les marges,
au bord du champ, plutôt qu’au
milieu du troupeau.

A voir

Les Chants de Mandrin

par Rabah Ameur-Zaïmeche,

en salles.

Portfolio

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  • tant de confusion, de l’histoire, films, albums ... Grand désordre, mais elle m’a dit de goûter casino en ligne france

    Byron Harquin Le 22 juin 2012 à 15:32
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