Saturne dévorant ses enfants (détail)
Accueil > Idées | Par Marion Rousset | 21 avril 2011

L’ordre et le chaos

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«  A regarder ses tableaux, ses
gravures, ses dessins, je suis
tenté d’y voir une représentation
d’événements de ma propre
vie
 : Seconde guerre mondiale,
guerre du Vietnam, invasion de
l’Irak, viols au Congo !
 » écrit
Tzvetan Todorov. L’historien des
idées consacre à Goya, dont on
le sent très proche, une biographie
intellectuelle qui entremêle
épisodes personnels et analyses
picturales. Sans expliquer
son oeuvre ni par ses accidents
de santé, ni par sa rupture sentimentale, ni même par l’irruption de
la « guerre sanglante », il montre la manière dont son univers se nourrit
des méditations que ces événements ont suscitées en lui. Car
Francisco de Goya exprime sa vie intérieure, ses démons et ses fantasmes,
plaçant l’invisible au-dessus du visible. Cet essai exprime
une fascination pour celui qui a bouleversé les manières de peindre,
au point qu’il « semble avoir concentré dans sa propre existence
un mouvement qui, aux dires des philosophes, a pris des siècles
 ».
Mouvement de l’esprit, décrit par Hegel, qui « se retire du dehors
pour rentrer en lui-même
 ».

Les monstres de Goya habitent la réalité, la raison côtoie la folie,
l’inconscient collabore avec le réfléchi. L’auteur a choisi de revisiter
dans toute sa complexité le rapport que ce peintre entretient avec
les Lumières françaises. Répondant à ceux qui ont cru voir en lui un
représentant de ce courant, il montre qu’au contraire de ses amis
« éclairés », il savait impossible l’élimination des passions. Point de
verve éducatrice, de ton professoral, de condamnation de l’obscurantisme.
Sous la satire de surface, la certitude plus subversive que
«  la raison ne règne pas en maître dans le chaos de l’esprit, l’ordre y
est contaminé par le chaos
 ». Il n’est pas anodin que Todorov se soit
intéressé à cet « humaniste doté d’une conscience tragique ». Il partage
avec lui le même souci de concilier deux aspects souvent considérés
comme incompatibles : la reconnaissance d’une pluralité d’individus
aux visions subjectives et le maintien d’un monde commun.

A lire

Goya à l’ombre des Lumières , de Tzvetan Todorov,
éd. Flammarion, 320 p., 22 €.

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