Accueil > Monde | Par Emmanuel Riondé | 14 mars 2011

La catastrophe japonaise relance le débat nucléaire en France

Le bilan, humain et matériel, du séisme qui a frappé le Japon vendredi n’est encore que provisoire. Mais ce drame, marqué par plusieurs explosions survenues dans la centrale de Fukushima rouvre le débat sur le nucléaire civil. En France, notamment, ou les anti-nucléaires donnent de la voix.

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Le Japon connaît sa "plus grave crise en soixante-cinq ans, depuis la seconde guerre mondiale". Dimanche, le premier ministre japonais Naoto Kan a résumé en quelques mots le sentiment d’effroi partagé dans le monde entier depuis le séisme qui a frappé l’archipel vendredi 11 mars à 14h46 (il était 6h46 en France). Des villes et des villages engloutis par le tsunami qui s’en est suivi, une île déplacée de 2,40 mètres ; et probablement plus de 10 000 morts car tout indique que cette estimation du bilan, en terme de vie humaine, est très provisoire : des milliers de personnes sont toujours portées disparues et les images diffusées laissent voir un chaos dont les décombres n’ont sûrement pas fini de rendre des corps. Lundi, les secours ont rapporté avoir découvert deux mille cadavres sur les côtes de la province de Miyagi, au Nord-est de l’île, la partie la plus touchée par le séisme.
Et si l’alerte au tsunami a été levée dimanche soir, l’agence météorologique nationale japonaise estimait à 70% les risques d’une réplique de magnitude 7 dans les 3 prochains jours (le séisme de vendredi a été mesuré à 8,9 ).

Plusieurs explosions

En plus des énormes dégâts humains et matériels directement causés par le séisme et le tsunami, la menace d’une catastrophe nucléaire focalise aujourd’hui toute l’attention. Dans ce pays, le seul au monde a avoir été la cible d’une attaque à la bombe nucléaire (les villes d’Hiroshima et Nagasaki, bombardées par l’aviation américaine les 6 et 9 août 1945), la centrale nucléaire de Fukushima a déjà connu, depuis samedi, plusieurs explosions sur ses réacteurs 1 et 3.
Le ministre japonais de la stratégie nationale a assuré ce lundi que l’Agence de sûreté nucléaire japonaise excluait un accident de type Tchernobyl dans cette centrale. Pourtant lundi à mi-journée, aucun scénario, même les pires, ne semblait pouvoir être écarté de façon définitive.

En France, pays comptant 19 centrales, 58 réacteurs et plus de 1100 sites renfermant des déchets nucléaires (pour un état des lieux plus détaillé de la France nucléaire, lire http://www.sortirdunucleaire.org/index.php?menu=pourquoi&page=francenucleaire ) et une multinationale, Areva, qui vend de l’atome au monde entier, cet évènement n’a pas tardé a rouvrir le débat autour du nucléaire civil.
Les centrales françaises seraient "préparées à faire face aux risques naturels" assurait lundi matin Nathalie Kosciusko-Morizet, la ministre de l’écologie, dans un entretien au quotidien Aujourd’hui en France. "On ne peut pas fournir tout un pays en electricité uniquement avec des énergies renouvelables, et il serait de toute façon impossible de faire la bascule du jour au lendemain."
Un discours qui est loin de convaincre les opposants au nucléaire : “Éric Besson, Henri Guaino, Nathalie Kosciusko-Morizet : les membres du gouvernement ont un comportement indigne, ils font le service après-vente d’Areva et laissent entendre que le Japon, réputé pour sa sûreté nucléaire, avait pris des risques là où la France n’en prend pas“, note Sophia Majnoni de Greenpeace France (à lire sur le site de Greenpeace, le suivi en direct de l’évolution de la situation au Japon : http://energie-climat.greenpeace.fr/japon-vers-la-plus-grande-catastrophe-nucleaire-de-lhistoire )
Même tonalité du côté du Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (Criirad) qui, dans un communiqué daté de lundi, juge " surprenantes", "les déclarations télévisées de la ministre de l’Ecologie qui a qualifié dimanche matin les rejets radioactifs de « faibles », alors même qu’elle reconnaissait ne disposer d’aucun chiffre. Cette qualification se fondait-elle sur l’évaluation des spécialistes de l’IRSN, de l’ASN et d’AREVA qu’elle avait réunis auparavant pour faire le point sur l’accident ? (...) " ( http://www.criirad.org/ ).

"Le mensonge ne passera plus"

Pour Marc Saint-Aroman, porte-parole du réseau Sortir du nucléaire, "sur les risques qui n’existeraient pas en France, la ministre est complètement dans l’erreur". Joint au téléphone par Regards ce lundi, il rappelle qu’au cours des dernières années, le signal d’alarme a été tiré à plusieurs reprises dans l’hexagone : "on a frôlé l’incident majeur suite à la tempête de 1999 dans la centrale de Blayais et on sait que Juppé avait même envisagé d’évacuer Bordeaux ; En 2001, après les attentats du 11 septembre, on a appris qu’aucune centrale française ne résisterait à la chute d’un avion de ligne ; et en 2003, avec la sécheresse, s’est posée la question de la perte de liquide de refroidissement... Il y a chaque année plus de 1000 incidents plus ou moins graves qui sont signalés sur les centrales françaises, alors quand on nous dit que ce qui vient d’arriver au Japon n’est pas possible ici, on se moque de nous !"

Convaincu que la catastrophe japonaise va faire "changer d’ère", et que "le mensonge ne passera plus" sur la question nucléaire, Marc Saint-Aroman considère, lui, que la sortie du nucléaire est possible : "Seulement 16% de la consommation énergétique totale française en provient, assure-t-il. On sait que le renouvelable fournit de l’énergie, c’est avéré, mais en attendant d’atteindre un seuil suffisant, il faut passer par des énergies intermédiaires, en montant des centrales au gaz ou au charbon propre. Ce que EDF sait très bien faire puisqu’il en propose à l’étranger..."

Sortir du nucléaire ou pas ? A quel rythme ? Et en favorisant quelles alternatives ? A un an de l’élection présidentielle française, le drame japonais vient de rouvrir en France un débat brûlant. Et très politique : l’un des principaux "VRP" du nucléaire civil à la française n’est autre que Nicolas Sarkozy qui, en septembre 2007, à la tribune de l’Onu, avait proposé l’aide de la France "à tout pays qui veut se doter de l’énergie nucléaire civile". Provoquant, déjà, la colère des militants anti-nucléaires qui, aujourd’hui, entendent bien faire passer leur message. Avec, visiblement, un certain succès. Selon Marc Saint-Aroman, le site web du réseau Sortir du nucléaire est littéralement "pris d’assaut" depuis le séisme japonais.

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