Réacteur nucléaire. Photo Rama.
Accueil > Société | Par Rémi Douat | 18 avril 2011

La culture de l’atome

La France est le pays de l’atome.
Quelques grandes étapes ont
ancré dans les esprits le nucléaire
comme horizon indépassable.

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La France, ses villages, son fromage… et ses
centrales. la France est culturellement acquise
au nucléaire. Si bien que le débat, quand il
s’ouvre incidemment, est immédiatement refermée
d’un docte « soyons sérieux » reposant sur
de grandes étapes historiques.

Le Commissariat à l’énergie atomique (CEA)
est créé en 1945 par de Gaulle. Nous sommes
dans le pays d’Henri Becquerel, découvreur de
la radioactivité et du couple Curie qui poursuivra
ses travaux : le terreau culturel est là. De Gaulle
met toute son énergie dans le nucléaire, bâtissant
du consensus national dans une France qui
se reconstruit. Il met à sa tête Frédéric Joliot-
Curie éminent scientifique et membre du Parti
communiste. L’histoire du nucléaire civil est en
marche.

Des technocrates qui confisquent le débat.
Les « élites » françaises sont massivement pronucléaires
et particulièrement les ingénieurs du
corps des Mines, qui ont la main sur le CEA
depuis 1950. L’éviction cette année-là de Joliot-
Curie marque la reprise en main du Commissariat
par la droite. Aujourd’hui, leur esprit de corps
demeure proverbial. Progrès, pragmatisme,
technologie… leurs valeurs sont très certainement
éminemment scientifiques et appropriées
mais sûrement pas démocratiques. Réputé
opaque, le corps des Mines sait mieux que tout
le monde ce qui est bon pour l’Etat et ils le décident
en catimini.

Le choc pétrolier de 1974 sera le point de départ
d’un programme massif de construction de
centrales. Cette stratégie est ressentie comme
une solution dans l’enjeu crucial de l’indépendance
énergétique. Même si, dans les faits, la
dépendance vis-à-vis du pétrole se poursuit
(les voitures continuent de fonctionner à l’essence),
le nucléaire devient une alternative massive
et crédible au pétrole.

La participation des Français. en 1999, EDF
émet un emprunt obligataire auprès des Français.
2,5 milliards d’euros sont ainsi collectés,
ce qui fera communiquer EDF sur l’attachement
des Français pour le nucléaire. Bien sûr, c’est de
la com’, mais tout de même. La participation populaire
a renforcé le sentiment de création collective
d’un patrimoine commun. Le nucléaire se
hisse, au même titre que le TGV ou le Concorde
au rang d’innovation technologique significative
d’un savoir-faire français.

Un consensus politique. 74 % de la production
électrique française provient des 58 réacteurs
disséminés sur le territoire et des dizaines de milliers
d’emplois (15 000 salariés pour le seul CEA)
en dépendent… Difficile pour les deux partis de
gouvernement de ne pas jouer la prudence. Le
consensus politique est installé. Nicolas Sarkozy
l’a répété, dans la lignée de tous les chefs de
l’Etat depuis le lancement du programme nucléaire
en 1958 : « Hors de question de remettre
en cause la pertinence de l’option nucléaire.
 »
Quant au PS, son porte-parole Benoît Hamon a
timidement demandé un « diagnostic précis du
parc nucléaire
 ». Seule voix discordante, la députée
Aurélie Filippetti, qui entend tirer son parti
vers l’écologie, demande « un débat sur la politique
énergétique de la France
 » en vue d’une
sortie d’ici trente ans du nucléaire. Seuls Europe
Ecologie les Verts et le Parti de gauche se prononcent
pour une sortie du nucléaire.

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