Accueil > Société | Par Nicolas Kssis | 1er octobre 2009

La foire d’empoigne

Si vous êtes insomniaque et que vous aimez zapper sur les différents canaux de la TNT, vous n’avez pu échapper à cette nouvelle tendance :

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le catch américain a envahi le monde et aussi notre pauvre France. Rien à voire avec le vieux catch à la mode Chéribibi qui fit le bonheur des premières heures de l’ORTF (et toujours en sommeil, malgré les tentatives banlieusardes de le relancer ici). Le catch à l’américaine constitue une immense machinerie de divertissement qui sait mobiliser tous les ressorts et les compétences nécessaires pour captiver l’œil : les personnages sont stéréotypés avec soin, les combats et leurs rivalités sont écrits par des scénaristes recrutés à Hollywood ou parmi les équipes des meilleures séries télés (en retour certains tentent désormais de faire carrière au cinéma comme John Cena et, bien sûr, The Rock). Bref, un spectacle bien loin du sport, mais bien au chaud dans la petite lucarne. Les gamins s’arrachent désormais leurs figurines colorées. Ils tentent également et malheureusement souvent de rééditer leurs exploits dans les cours de récré ou dans leur jardin (pour ensuite les diffuser sur Internet). Seul petit hic, les catcheurs en question, camés de stéroïdes, restent avant tout des cascadeurs expérimentés qui répètent leurs combats. Les dégâts auprès de leurs jeunes admirateurs provoquent parfois des handicaps à vie. D’où ces spots réclamant avant chaque « show » de ne surtout pas reproduire les prises et autres écrasements qui dramatisent en crescendo chaque round. Imaginez un peu des boxeurs déconseillant aux mômes avant leur championnat du monde de suivre leur exemple sur le ring ! Le film The Wrestler, avec Mickey Rourke, révéla d’ailleurs la face cachée de cet engouement, les seconds couteaux du système présentés en paumés profonds de l’Amérique à force d’avoir cru en son rêve. Au passage, ces gladiateurs d’un nouveau genre fournissent un éclairage singulier sur le débat autour de la santé publique qui agite actuellement l’oncle Sam. Ainsi, le combattant de free-fight Jeff Monson explique dans le fanzine Barricata qu’« il n’y a pas de sécurité sociale ou pas de syndicat pour les combattants, et j’ai dépensé 5 000 dollars dans les hôpitaux parce que j’ai été blessé auparavant dans un combat. Cela signifie que je suis dans le système capitaliste comme personne d’autre ».

Mais trêve d’hypocrisie. Le sport de haut niveau abîme, quelle que soit la discipline. Quel ministre osera un jour présenter le coût pour la Sécurité sociale de décennies de dopage et d’entraînement intensifs ? Et pas seulement dans les sports en apparence les plus violents et souvent jetés en pâture pour la bonne conscience. Le free fight justement occupe un fort utile rôle de mouton noir en la matière. Cette discipline, pourtant très encadrée, qui mélange divers styles d’arts martiaux et de combat (du ju-jitsu brésilien au grappling en passant par le tae-kwon-do), est interdite en France (mais diffusée chez nous par RTL 9 basé au Luxembourg, avec les commentaires de Vincent Parisi, un de ses plus fervents promoteurs dans l’Hexagone). De nombreux pratiquants français ne manquent jamais une occasion d’expliquer qu’ils se sont parfois davantage blessés dans leur jeunesse en s’adonnant à des activités « régulières » comme par exemple le rugby. Quoi qu’il en soit, les prolos paient toujours les pots cassés, qu’ils acceptent de s’ouvrir l’arcade sourcilière ou de courir après une bourse universitaire. La lutte des classes ne s’arrête pas au bord du ring.

JEUX DE LA FRANCOPHONIE

Parmi les nombreuses épreuves sportives internationales qui viennent se rajouter ou imiter les JO, les Jeux de la Francophonie répondent en outre à un projet politique très hexagonal, un peu comme son pendant des jeux du Commonwealth. Cette 6e édition se tient du 27 septembre au 5 octobre à Beyrouth (on comprend l’enjeu diplomatique) avec près de 70 Etats invités pour 3 000 athlètes et artistes (avec forte dimension culturelle). Peut-être le véritable premier baptême du feu pour permettre à Rama Yade d’imposer son propre style dans ses nouvelles fonctions. Et l’occasion de recroiser son grand ami Bernard Kouchner ? www.jeux.francophonie.org

LE SENS MYSTÉRIEUX DU CRICKET

Signalons cet excellent roman qui raconte le parcours de Hans après le 11-Septembre. Suite au départ de sa femme, il décide de joindre l’équipe de cricket montée par un certain Chuck, un homme d’affaires. En croisant le chemin de ces joueurs immigrants : de Trinidad, de Guyane ou de plus loin encore :, il finit par reprendre un peu goût aux choses de la vie en essayant de démêler le sens mystérieux de ce sport excentrique. Une des dernières lectures d’Obama. Joseph O’Neil, Netherland, éd. de l’Olivier, 2009

N.K.

Paru dans Regards n° 65, octobre 2009

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