Accueil > Politique | Editorial par Catherine Tricot, Clémentine Autain | 14 mai 2012

La gauche relève la tête

Le PS est à l’Elysée. Du côté de la gauche radicale, passée
la satisfaction de voir Nicolas Sarkozy enfin « dégagé »,
c’est l’heure du bilan. Que faire maintenant du fort
potentiel du Front de gauche et comment peser
à l’avenir, sans se diviser ?

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La campagne du Front de gauche, celle de Jean-Luc Mélenchon a été, à bien des égards, exceptionnelle.
Époustouflante parfois. Elle a rompu
avec des années de division fratricide mortifère
à la gauche du PS. Elle a entraîné une mobilisation
militante comme on n’en avait plus vu depuis
des décennies sur le terrain politique. Elle a retrouvé
une qualité du verbe et une précision de
l’argumentation trop longtemps délaissées. Alliée
à des audaces comme ces rassemblements
populaires en plein air, cette campagne a réuni
les atouts pour sortir son espace politique de la
marginalité politique dans lequel il était coincé.
C’est beaucoup.

Au soir du 22 avril, avec 11,1 % des suffrages,
on sait aussi que sur cette seule alchimie, l’autre
gauche aura du mal à se hisser au niveau de
ses espoirs. Le temps, l’ancrage ne suffiront pas
pour gagner l’hégémonie à gauche. Il faudra aller
au-delà de la seule continuation. C’est cette
perception du nouveau pas à franchir dans une
direction encore inconnue qui étreint les militants.
Construction de l’outil politique ad hoc et définition
d’une stratégie toujours plus propulsive sont sont reconnus dans cette campagne.

La conquête des catégories populaires reste un
objectif central. Celui de contenir puis de faire
reculer l’influence du Front national reste stratégique.
Ils n’ont pas été atteints cette fois. Il faut
comprendre pourquoi.

Une nouvelle alliance

L’examen des résultats du premier tour de la présidentielle
donne quelques indications.

Une des plus spectaculaires est le résultat atteint
par Jean-Luc Mélenchon dans les grandes villes.
Les 11 % à Paris, Strasbourg, Metz, les 12 %
à Bordeaux, Nancy, Nantes, les 14 % à Rouen,
Marseille, les 15 % à Toulouse, Montpellier, Lille,
Grenoble étaient totalement inattendus. Partout,
les grandes villes ont donné de meilleurs résultats
au Front de gauche que leur département. Alors
que nationalement le score du Front de gauche
s’apparente au total des scores éparpillés de
la gauche de gauche, dans ces grands centres
urbains, le résultat de Mélenchon multiplie par
deux cette influence. Compte tenu des transformations
des centres villes, nulle référence historique,
même lointaine, ne peut rendre compte de
cette nouveauté : le Front de gauche a su parler et
conquérir de larges pans des couches urbaines
modernes. C’est inestimable. Il y a une sorte de
corruption libérale qui diffuse dans la culture, les
valeurs, le sens commun. Ces représentations
irradient, par exemple, bon nombre de dessins
animés pour enfants et adolescents, d’émissions
de télé réalité, l’esthétique de TF1 et de M6. On
la retrouve dans l’acceptation des salaires mirobolants
des footballeurs, dans le discours sur la
ville et l’architecture : elle imprime notre quotidien.
C’est sur ce terreau que prospère l’idéologie
sarkoziste et lepeniste. Le score de Sarkozy
au second tour montre l’imprégnation de ces
idées. Les catégories populaires ne peuvent être
gagnées sans un autre rapport de force dans ce
champ vaste de la culture et des représentations.
Le renversement des références mentales de la
société suppose une nouvelle alliance, comme
le PCF a su, il y a très longtemps, l’opérer entre
classe ouvrière et intellectuels. Aujourd’hui, cette
alliance doit se construire entre le peuple et « les
bobos ». On voit qu’elle est possible. Elle conditionne
l’émergence d’une modernité qui intègre
le populaire de haute manière.

Territoire et politique

Le second enseignement est le poids de la dynamique
territoriale dans la structuration politique.
Nous l’avions anticipé dans le dernier dossier de
Regards. Il est amplement confirmé. La métropolisation
en cours dessine une carte de France de
plus en plus clivée. Les catégories populaires qui
habitent dans les zones métropolitaines ne vivent
pas et ne se représentent pas l’avenir comme
celles qui sont aux lisières des villes ou dans les
campagnes. La Seine-Saint-Denis a offert le meilleur
résultat à Jean-Luc Mélenchon et infligé un
sévère recul aux idées du Front national. Pourtant,
la misère et le chômage n’ont pas reculé plus ici
qu’ailleurs. La seule grille de lecture sociologique
classique ne permet pas seule de comprendre ce
résultat. Il faut pour l’interpréter intégrer la dynamique
dans laquelle se trouve ce département
de proche couronne. Dans le basculement du
monde, la capacité à construire des métropoles
moins ségréguées en leur sein et moins dominatrices
avec le grand territoire sera sine qua non.
L’impact politique est, on le voit, direct.

La culture au sens large, la ville au sens moderne :
voilà au moins deux espaces pour une identification
et un travail politique qui élargissent les
bases actuelles de la gauche d’alternative.

Portfolio

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