Accueil > Société | Chronique par Nicolas Kssis | 29 octobre 2011

La guerre froide de la TNT

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C’est la petite bataille qui agite le PAF en
cette rentrée 2011
. Loin des paillettes des
transferts d’animateurs dits « vedettes »,
de la plastique de la nouvelle miss météo du
« Grand Journal », de la rédemption de Delarue
ou du retour des nouveaux anciens programmes
tels « Nouvelle Star », Canal Plus d’un côté et
M6/TF1 de l’autre se disputent la prédominance
de la TNT. Le dernier rebondissement en date
fut le rachat surprise par le groupe Canal des
« fiefs » de Bolloré, à savoir 60 % de Direct 8 et
Direct Star. Cette stratégie visait à contrecarrer
l’intense lobbying de ses deux rivaux, qui cherchaient
par tous les moyens à empêcher la chaîne
cryptée d’obtenir un créneau pour lancer son projet
généraliste et en « clair » : le fameux Canal 20
(projet qui ne serait pas abandonné d’ailleurs).
Cette petite guerre froide a des airs de revanche
pour la TNT, qui a fini par s’imposer face aux
géants historiques de l’audiovisuel, et par leur
grignoter des parts de marché non négligeables
(y compris publicitaire).

Lors du lancement du réseau numérique terrestre,
les grandes « hertziennes » avaient
contemplé l’affaire avec beaucoup de commisération.
Hormis le service public, présent en
force avec France 4 et LCP, les autres nouvelles
chaînes ne semblaient guère en mesure de faire
vaciller la toute puissance de l’enfant chéri de
Bouygues. La qualité des programmes, notamment
de la fameuse Direct 8, fit même un temps
le bonheur des bêtisiers. Pourtant, au fil des années,
le mélange improbable de séries 90’s diffusées
en boucle (de « Friends » à « Stargate »),
de Westerns, de téléréalité de seconde main et
de catch américain, voire de free-fight (interdit
en France, mais autorisé sur RTL9, la chaîne
étant basée au Luxembourg) attira un public de
plus en nombreux, pour atteindre en août dernier
25,1 % de part de marché. Plusieurs facteurs
« techniques » expliquent ce succès tellement
inattendu. D’abord la fin de la diffusion en analogique,
l’arrivée sur le marché de téléviseurs avec
décodeurs intégrés, et bien sûr, la multiplication
des offres couplées télé-téléphone-internet.

Les chaînes classiques, qui sont aussi des groupes,
ont donc commencé à considérer avec plus
d’attention ce nouveau continent (et ses extensions
payantes et VOD). TF1 y possède TMC et
NT1, M6 s’y est implantée avec W9 (3 % de part
de marché en 2010). Ces grandes manoeuvres
n’ont pas fini de se développer, notamment
avec l’annonce de nouvelles normes de diffusion
(DVB T2) qui obligeront le téléspectateur à
ressortir le porte-monnaie (pour le bonheur des
industriels fabriquant décodeurs et autres équipements),
et libéreront de nouveaux espaces
très rentables (HD, etc.).

Une question reste en suspens : Quid de la
diversité des programmes ? En effet, le câble,
en dépit de ses nombreux défauts, avait
malgré tout élargi un peu le choix avec des
chaînes culturelles, musicales et documentaires.
Or la TNT reste encore dominée, à quelques
exceptions près, par un fonds de commerce
« rediffusé » et des émissions passées en
boucle, sans parler de l’arrière-plan politique
– on pense à l’émission « 90’Enquêtes », diffusée
sur TMC, et ses éternels reportages sur la
délinquance en banlieue. Bref, peu de véritable
valeur ajoutée, y compris dans l’info continue.

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