Accueil > Société | Par Nicolas Kssis | 1er décembre 2007

La lutte antidopage ou le grand carnaval

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La Lutte antidopage est en passe de devenir le théâtre des pires affrontements politiques que le monde sportif ait connus depuis les boycotts olympiques de 1980 (Moscou) et 1984 (Los Angeles). Naturellement, les protagonistes ont changé, mais globalement la guerre au sein de l’arène sportive a retrouvé des airs de combat de coqs, tout cela pour s’assurer le contrôle d’un des instruments fondamentaux de régulation des compétitions sportives internationales. L’Agence mondiale antidopage (l’AMA) vient ainsi d’introniser John Fahey à sa tête, seul en course après le désistement de notre ancien ministre des Sports, Jean-François Lamour, scandalisé que l’on ose se présenter contre lui (il avait apparemment négocié en coulisse la succession avec son prédécesseur). L’Australien, soutenu par le bloc anglo-saxon, s’avère un parfait inconnu en matière de lutte contre le dopage et ses déclarations d’intention laissent présager un net fléchissement de la sévérité. Car, sur ce terrain, les Européens et les Américains ne partagent pas véritablement les mêmes positions de principe ni d’action. Les premiers ne jurent que par la répression pour sauver la poule aux œufs d’or télévisuels. Les seconds ne vivent que par la clémence pour conserver leur suprématie sur les palmarès olympiques. Donc, pour résumer, derrière les belles paroles se cachent des préoccupations plutôt intéressées, et que l’on peut réduire à ce souci élémentaire de marketing : comment conserver au sport son attrait populaire et donc préserver l’image des athlètes auprès de l’opinion, avec la peur que le dopage n’effondre de l’intérieur l’édifice en explosant telle une bulle spéculative. Forts des intérêts bien compris de chacun, les grands sports, comme le football, ignorent d’ailleurs somptueusement de faire le ménage chez eux, assurés de leur toute-puissance et de leur impunité.

Cela dit, justement, en Europe, un autre péril guette la lutte anti-dopage. Alors que chacun se demande combien de temps la Belgique va survivre, le tribunal des référés de Liège examine la plainte du coureur cycliste kazakh Andreï Kashechkin, détecté positif suite à un contrôle inopiné dans son lieu de vacances en Turquie, contre l’Union cycliste internationale. Son avocat, déjà intervenu dans la célèbre affaire Bossman qui avait libéralisé le marché du football professionnel, en appelle ni plus ni moins qu’à la convention européenne des droits de l’Homme pour contester la validité de la procédure qui a sanctionné son client. Au final, s’il obtient gain de cause, l’ensemble de l’arsenal anti-dopage risque d’être tout simplement invalidé. Car si les contrôles inopinés contreviennent au respect de la vie privée et si l’ensemble de l’adoption des sanctions ne correspond pas au droit à un procès équitable, quelle marge de manœuvre pourront bien garder les instances sportives face à l’ampleur et le raffinement du dopage ? Cela dit, pas besoin de hautes études juridiques pour se rendre compte que le droit sportif ne correspond guère aux critères et aux canons du droit privé ou pénal, surtout vis-à-vis de l’accusé. Et l’on peut aussi s’interroger sur la légitimité des fédérations sportives à s’arroger de tels pouvoirs discrétionnaires à l’encontre des sportifs, même au nom de leurs propres règlements. L’enfer est pavé de bonnes intentions. N.K.

Paru dans Regards n°46, décembre 2007

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Vos réactions

  • On constate depuis plusieurs années que les enquêtes judiciaires sont beaucoup plus efficaces que les contrôles antidopage...

    En effet, si "le dopage, n’est pas marqué sur le visage" le "contrôlé positif" lui sera marqué à vie !

    Il faut donc rappeler certaines vérités : la plupart des dopés ne sont jamais contrôlés positifs et la plupart des contrôlés positifs n’ont pas eu l’intention de se doper...

    Les premiers contournent la législation antidopage qu’ils connaissent ou que leurs "conseils médicaux" connaissent sur le bout des doigts ; et donc, ils se font rarement prendre.

    Les seconds, généralement d’un niveau plus faible, méconnaissent cette législation et se font prendre pour des médicaments d’usage courant (actifed, solupred, par exemple), du cannabis ou des compléments alimentaires contaminés. Le statut des produits n’étant pas indiqué sur l’emballage des produits qui peuvent contenir des substances interdites...

    Moralité, il faut accentuer la répression et notamment les enquêtes, plus efficaces que les contrôles, auprès des tricheurs, ET, renforcer l’information et la protection auprès de la grande majorité des sportifs. Aucune discipline sportive ni aucun niveau n’étant épargné par le dopage intentionnel et non intentionnel.

    Dorian Martinez
    Fondateur de SPORT Protect
    http://www.sport-protect.fr

    SPORT Protect Le 11 juillet 2012 à 14:50
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