Accueil > Société | Tribune par Patrick Braouezec | 3 mai 2012

« La relégation n’est pas une fatalité »

Le rapport entre la ville
centre et ses périphéries
est en train de changer.
Les périphéries du vote.

Patrick Braouezec, député Fase, appelle
toutefois à poursuivre les
efforts financiers en direction
des banlieues et à défendre
une solidarité entre
les territoires.

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L’éclatement du peuple tient à la dissolution
des statuts du travail mais aussi aux disparités
territoriales entre les banlieues, le périurbain
et les zones délaissées de la France des
petites villes. La traduction politique de ces différentes
dynamiques n’a aucune automaticité. Se
sentir relégué peut provoquer du ressentiment
et de la peur, conduire au vote FN. Mais cela
peut aussi nourrir une contestation politique des
logiques de ségrégation et de mise en concurrence
des territoires. L’enjeu est donc tout à la
fois de saisir cette nouvelle réalité et d’être en
mesure de proposer des perspectives politiques
adaptées à la variété de ces situations. Depuis
dix ans, une sorte de révolution urbaine, qui
touche les villes et les campagnes, est à l’oeuvre.
Elle s’inscrit dans un processus d’urbanisation à
l’échelle du monde entier : la grande ville est en
passe de devenir le cadre de la production et de
la vie de la majorité des Terriens.

En France, les dynamiques de métropolisation
se traduisent par la redéfinition des rapports
entre la ville centre et ses périphéries. Les habitants
des banlieues de plus en plus travaillent,
habitent, étudient, se soignent, se forment, se divertissent
et se promènent dans le grand espace
francilien. Cet élargissement du territoire, vécu
par chacun, a des répercussions politiques. La
coupure entre Paris et sa banlieue, la domination
de la première sur la seconde, ne sont certes
pas encore surmontées, mais elles n’ont plus
ni la prégnance ni la légitimité d’antan. Comme
les années 1930-1950 ont intégré la classe ouvrière
dans le corps national, le xxie siècle pourrait
commencer par réparer les dommages faits
aux territoires de banlieue et à leurs habitants.
Le montant des sommes mobilisées à cette fin
est le résultat d’un rapport de force politique
– héritage de la banlieue rouge qui impose de
réparer les mauvais traitements infligés à ces
territoires. L’Anru 2 a réuni près de 40 milliards.
Nulle part dans le monde de telles sommes n’ont
été investies dans la requalification de quartiers
populaires. Et cela n’est pas fini. Cela doit continuer.
Les investissements dans les territoires
délaissés ou maltraités doivent se poursuivre.
L’Anru doit être reconduite. Cette politique transversale
a permis de mobiliser les approches et
les moyens d’une politique non pas sectorielle
mais urbaine. Le nouvel Anru devra évoluer
dans ses critères. La règle ne doit plus être
celle de la démolition des grands ensembles, il
faut retenir pour principe le projet. L’accompagnement
de la transition écologique doit être
davantage encouragé.

Cette nouvelle ville non ségréguée est loin d’être
acquise. La région Ile-de-France reste une des
plus riches et des plus inégalitaires d’Europe.
Elle se remodèle sous l’effet d’une mondialisation
libérale qui se traduit notamment par les
hausses vertigineuses du foncier et les effets
de relégation qu’elles provoquent. Mais déjà les
Franciliens se projettent autrement dans l’avenir.
Ils se vivent de plus en plus comme les citoyens
d’un espace commun. Les révoltes qui ont secoué
les grandes villes, et dont le souvenir ne
s’efface pas, sont aussi la traduction de ce nouvel
âge où les frontières à l’intérieur de la ville
ne sont plus acceptées et déjà dépassées dans
les esprits.

Cosmopolitisme

Ce que les habitants de la banlieue revendiquent,
et qu’ils commencent à vivre, peut représenter
une espérance pour tous : il n’y a pas
de fatalité à la relégation des territoires et des
populations. Nous pouvons construire un autre
avenir qui fasse place à tous. Nous pouvons
reconstruire une solidarité entre tous. Ainsi, les
luttes des habitants et des élus de banlieue se
prolongent aujourd’hui dans les collectifs qui
s’opposent aux fermetures de postes ou de
lignes de train dans le monde rural.

Partout le cosmopolitisme doit être valorisé.
La ville moderne est ouverte au monde. L’immigré
est son habitant naturel. Autant dire que la
rupture doit être radicale avec la xénophobie
qui s’installe au cœur de l’État. Même à l’heure
où Marine Le Pen prospère, j’affirme que nos
concitoyens ne se laissent pas enrôler par ces
propos effrayants. Les ouvriers et les employés
qui habitent la banlieue et les petites villes ne
sont pas massivement passés avec armes et
bagages du côté des racistes. Ils attendent
de la considération et un avenir.

Les périphéries du vote

À droite comme à
gauche, la reconquête
du peuple est un enjeu
fort de la campagne
présidentielle. La thèse
en vogue : les catégories
populaires ne seraient
pas les mêmes en banlieue
et dans la France périurbaine et
rurale. Son initiateur, Christophe
Guilluy, inspire la stratégie du
candidat Nicolas Sarkozy et tente
de peser à gauche.

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