Accueil > Idées | Par King Martov | 1er octobre 2009

La revanche virtuelle de Gutenberg

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Avant, les affaires s’avéraient relativement simples dans l’univers médiatique. A chaque support sa forme dominante d’expression, ses techniques, son modèle économique. L’invention de la télévision avait, croyait-on, garanti la victoire définitive de l’image sur l’écrit, de la facilité visuelle du mouvement sur le difficile biais de la lecture immobile. Mais l’écran n’était qu’une façade. Il attendait que survienne sa véritable émancipation. Celle que l’avènement de l’informatique puis du web allaient lui insuffler. Et l’ordre des choses allait de nouveau se renverser, détrompant les Cassandre et rappelant que le lent processus culturel, civilisateur, mais irréversible, d’alphabétisation de l’humanité ne s’éteindrait pas aussi bêtement.

Car désormais la télé se regarde sur l’ordinateur. L’Internet se consulte sur le portable. Et les quotidiens ouvrent des blogs pour tenter de récupérer un peu de lectorat et surtout de pub. Le blog, en voilà une invention finalement aussi fondamentale que Windows dans la profondeur de ses implications sociales. Un nom de monstre des années cinquante pour la plus petite porte d’entrée dans le monde de l’égocentrisme numérique. A la base, le service minimum : design limite, adresse pas possible, chargement des pages hasardeux parfois aussi long que pour le plus élaboré des sites... Il n’en fallait cependant pas moins pour sortir le web de son ère professionnelle. Toute le monde réclame maintenant le légitime droit à son site, sans avoir à maîtriser un logiciel quelconque. Le succès de Myspace était bâti sur ce désir d’apparaître sur la toile comme une nouvelle forme de reconnaissance sociale. De là à y déceler une logique citoyenne qui donnerait corps à une mondialisation individuelle, le pas fut vite franchi, parfois dans un enthousiasme naïf qui oubliait les travers nombrilistes et les dérapages nauséeux d’une blogosphère en perpétuelle expansion. Facebook et surtout Twitter ont certes poussé la logique jusqu’au bout. Mais le blog conserve malgré tout une qualité qui semble s’amenuiser sur les sites de réseaux. Il conserve un lien puissant, une hérédité littéraire, une filiation évidente avec les formes anciennes de l’écrit matériel, du dazibao au fanzine, du quotidien national au journal intime. Les esprits les plus réactionnaires nous prédisaient des générations d’analphabètes qui ne s’exprimeraient qu’en langage SMS ou qui remplaceraient la parole par le clic, la plume par la souris et le papier par l’Ibook. Seulement voilà, tout comme le podcast a offert une nouvelle jeunesse à la radio, les blogs ont redonné le goût de la plume et favorisé ainsi l’acquisition transgénérationelle du web.

Que ce soit pour relater les états d’âme d’un ado, les déboires d’une liste d’opposition dans le fin fond de la Corrèze ou les manifs à Téhéran, les doutes existentiels d’un intello altermondialiste ou les vieilles crispations du Texas profond devant la réforme de la santé, l’essentiel reste qu’à l’heure du tout-vidéo, les mots gardent leur principale vertu : être l’incontournable chemin de l’information et de la subjectivité. M. 

Vous ne regarderez pas à la télé

Nicolas Demorand dans « C Politique » le dimanche sur France 5 à 17 h 50 et son agressivité à sens unique envers les politiques de gauche/« Pop Com » sur Canal + le dimanche à 18 h 05, car qui d’autre oserait aujourd’hui inviter Bernard Laporte pour parler de Raymond Domenech ?/ En gros, le dimanche allez au cinéma, allez manifester, allez voire de vieux potes, mais éteignez votre télé.

Vous regarderez à la télé

C’est la véritable rentrée, alors on retrouvera avec bonheur : « Paris dernière » sur Paris- Première le jeudi à 23 h 40/« Ce soir ou jamais » sur France 3 en deuxième partie de soirée/« L’effet Papillon » sur Canal + tous les samedis en clair à 12 h 40/ et surtout la très belle série historique Les Tudors enfin diffusée en clair sur Arte.

Paru dans Regards n°65, octobre 2009

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