Accueil > Politique | Entretien par Rémi Douat | 11 mai 2011

Laurent Mauduit : « Le PS a un devoir d’inventaire »

« Il n’est pas de projet enthousiasmant
pour l’avenir sans un bilan lucide du
passé
 », écrit Laurent Mauduit, journaliste
à Mediapart. Si le PS veut nous
refaire le coup de la force tranquille, il
doit faire un sérieux bilan critique. Rien
de tel qu’un retour sur les 110 propositions
de Mitterrand qui marquèrent les belles
heures du PS.

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Pourquoi se servir des 110 propositions
pour demander un devoir d’inventaire
aux socialistes ?

Laurent Mauduit : Il y a quelque chose de mythique dans ces
110 propositions, parce qu’elles incarnent une
victoire de toute la gauche, celle de 1981. Ces
propositions sont entérinées en janvier 1981 et
sont le fruit d’un va-et-vient avec le pays qui aura
duré plusieurs années. En ce sens, c’est une victoire
populaire et c’est ce qui la rend passionnante.
Le PS est alors une éponge qui sait faire la
synthèse. C’est un melting-pot qui fait sans cesse
l’aller et retour, entre le parti, les partenaires de la
gauche, les associations, la vie concrète… Dès
lors, ces 110 propositions répondent de manière
assez pertinente aux attentes de la société. C’est
un projet en mouvement.

Le livre expose chacune des propositions,
en tire le bilan et énonce l’enjeu contemporain. Quel est la pertinence
d’un tel aller-retour dès lors que le
contexte est complètement différent ?

Laurent Mauduit : Justement, la gauche a un devoir d’inventaire
dans le cadre de ce changement de paradigme.
Le capitalisme, par exemple, a radicalement
changé. On est passé d’un capitalisme rhénan,
à un capitalisme anglo-saxon, un capitalisme
sans filet, avec moins de protection. L’une des
conséquences : on passe du contrat à durée
indéterminée comme forme normale de l’emploi
à la précarité normalisée. La gauche doit faire un
retour critique puisqu’elle a une responsabilité
dans cette précarisation du travail, notamment
avec Martine Aubry qui prend en 1992 les premières
mesures d’allégement de cotisations sociales
pour favoriser le développement du travail
à temps partiel. Il s’agit pour la gauche d’avoir
un regard lucide sur son action. Idem pour la
mesure phare de 1981, les nationalisations. On
le sait, la gauche a, après le tournant de la rigueur
et pendant les décennies qui ont suivi, plus
privatisé que la droite. Lionel Jospin n’a jamais
voulu faire ce bilan. Il l’écrit noir sur blanc après
2002 : pour lui, la gauche n’a pas tant privatisé
que cela.

Comment expliquer l’incapacité du Parti
socialiste à se retourner avec honnêteté
sur son passé ?

Laurent Mauduit : Il y a au PS des logiques conservatrices et un
peu embourgeoisées. Les capteurs ne sont pas
très aiguisés, trop éloignés du monde qui souffre,
de ces 20 % de salariés qui sont au Smic ou
en dessous. Par ailleurs, c’est un parti qui n’a
pas tiré les leçons du présidentialisme dans
lequel il s’est installé. Il faut se replacer dans
le contexte du discours majeur de Mitterrand
sur «  le coup d’Etat permanent  » qui remettait
justement en cause ce présidentialisme. Il était
dans une logique de remise en cause des institutions.
Mais très vite, Mitterrand, en a lui-même
profité. Pire, il a incarné ce présidentialisme et
cela a évidemment généré de l’éloignement.
Le PS est l’héritier de cette histoire : l’attente de
l’homme providentiel, qui par exemple, viendrait
de Washington.

Le tableau est-il si noir ? Car au fond le
livre est assez optimiste, il laisse une
porte ouverte et fonctionne comme une
interpellation aux responsables socialistes…

Laurent Mauduit : Oui, nous voulons simplement mettre une
pierre dans le débat et dire que cet examen de
conscience est indispensable. C’est très éclairant
de mettre côte à côte le programme socialiste
pour 2012 et les 110 propositions. Cela
agit comme un révélateur des insuffisances
d’aujourd’hui au PS. Mais par bribes, de manière
encore très impressionniste, on peut trouver du
positif dans ce programme. La gauche s’était, de
manière assez scandaleuse, plutôt bien adaptée
au libéralisme. Là, on sent bien que le souffle est
revenu, on tourne le dos aux politiques libérales
des années Jospin qui, rappelons-le, disait que
son projet n’était pas socialiste. Le PS entend
par exemple revenir sur ce scandale qui fait
qu’aujourd’hui un cadre moyen est plus imposé
qu’un millionnaire. Mais il faut être vigilant, le
diable se loge dans les détails et les positions
peuvent très vite fluctuer.

A lire

Les 110 propositions,
1981-2011
, par la rédaction
de Mediapart, sous la direction
de Laurent Mauduit,
éd. Don Quichotte, 9,90 €.

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