Accueil > Culture | Par Pierre Courcelles | 1er mai 2000

Le Brésil un continent musical

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Quelques sites consacrés à la MPB sur Internet Continent dans le continent sud-américain, le Brésil célèbre cette année le 500e anniversaire de sa découverte. Après nous avoir offert une remarquable exposition consacrée à la sculpture baroque (1), voici une non moins remarquable programmation de musiques de ce pays à Paris-La Villette.

Le 24 avril 1500, une flotte portugaise commandée par Pedro Álvares Cabral acostait une terre inconnue, au sud de l’actuelle Salvador da Bahia. Dès 1530, faute d’avoir pu réduire en esclavage les Indiens natifs, les colons débarquaient les premiers esclaves noirs. L’histoire de la musique brésilienne commençait, qui jusqu’à aujourd’hui est subordonnée au syncrétisme des danses et des musiques africaines et des multiples formes européennes apportées par le long processus d’immigration et de peuplement du pays. Il faudra plus de 150 ans pour que la musique brésilienne prenne une vraie consistance, se diversifiant et se répendant, reconnue culturellement comme musique(s) populaire(s), dans les grands centres économiques, l’Etat de Bahia et celui du Minas Gerais, ainsi qu’à Rio de Janeiro. Dans l’entretemps, nombre d’esclaves affranchis ou de mulâtres auront été formés aux musiques liturgiques par les Jésuites, soit comme compositeurs, soit comme interprètes, et, par d’autres, aux musiques érudites destinées aux gouverneurs et représentants de la couronne portugaise. Le samba (2), issu des rites du Candomblé (3) et des musiques du folklore rural, apparaît comme genre carnavalesque à Rio de Janeiro vers 1915. Il reste l’expression culturelle la plus connue, mais qui est plus large que ce qu’on nous montre par les défilés annuels du carnaval. Le samba, notamment, a donné naissance à des formes non carnavalesques : le samba-canção (samba-chanson) ou le samba-choro (samba qui utilise le phrasé intrumental du choro, genre musical mélancolique) ; descendu des favelas, le samba n’a jamais cessé d’être au centre de la vie musicale (et sociale).

Samba, bossa-nova, "tropicalistes", variations et métissages

En témoigne la présence à La Villette de musiciens comme Martinho da Vila , Paulinho da Viola, Dona Ivone Lara, grands noms du samba et des "écoles" qu’ils représentent ici, respectivement Vila Isabel, Portela et Imperio Serrano. Se démarquant de cette forte présence populaire, des musiciens de la classe moyenne blanche de Rio lancent, à la fin des années 1950, une rythmique suave et sophistiquée, la bossa-nova (4) qui connaîtra un succès mondial, et toujours actuel, avec Garota de Ipanema (La fille d’Ipanema). Vinicius de Moraes (1913-1980), poète et diplomate en écrivit les paroles et Tom Jobim (1927-1994) la musique (5).

Il faut y adjoindre un exceptionnel compositeur et interprète, João Gilberto, auteur de Chega de Saudade, l’une des premières musiques de la bossa-nova, auquel on vient de consacrer un livre et qui sortait un nouveau CD en janvier dernier. L’enjambée suivante de la MPB (6) se produit en 1968, sous la dictature militaire, avec la sortie du disque Tropicália ou Panis e Circensis dont les figures principales sont Caetano Veloso et Gilberto Gil (présent à La Villette) ; le mouvement "tropicaliste" revendiquait une identité culturelle nationale qui ne s’interdisait pas les emprunts extérieurs, et portait sur la réalité brésilienne et latino américaine un regard critique que n’apprécieront pas les militaires au pouvoir : Gil et Caetano n’auront pas d’autre choix que de s’exiler quelque temps (7). Les années 1970 connaîtront un retour du samba traditionnel avec l’enregistrement de musiques des années 1920-40. C’est aussi l’époque où apparaît Maria Bethânia (présente à La Villette), et qui est aujourd’hui la grande dame de la MPB. Les années 1980 sont celles du rock brésilien arrivé à maturité et de ce qu’on a appelé "Vanguardia Paulista" (l’Avant-garde de Sáo Paulo), musiques cosmopolites, érudites, urbaines, expérimentales. Comme en France, les années 1990 continuent d’être rock et sont celles du Rap et de toutes ses variations et métissages. De ces moments musicaux sont présents à La Villette : Mestre Ambrosio, le groupe Karnak, Lenine. Et de grands inclassables : Milton Nascimento, Alceu Valença, Egberto Gismonti, le polyvalent Antonio Nóbrega - l’une des révélations du Festival d’Avignon 1999. Etc.

Si le Brésil est un continent dans le continent sud-américain, on peut en dire autant de sa musique. Le programme préparé à la Cité de la Musique et au Parc de la Villette, ne peut avoir l’ambition de tout faire entendre de ce continent, mais il propose une image assez complète de la vie musicale telle qu’elle se présente aujourd’hui dans les grands pôles : Salvador, Rio de Janeiro, Récife et le Nordeste. n P.C.

Latitudes Villette / Brésil deux week-ends au coeur de la musique brésilienne Les 26, 27, 28 mai et 2, 3, 4 juin 2000 Infos /Réserv : 01 40 03 75 75

1. Voir Regards n°53, Janvier 2000

2. "Samba" étant masculin en portugais, autant l’utiliser au masculin en français...

3. Religion africaine introduite au Brésil par les esclaves noirs. Elle a connu de nombreuses évolutions, en intégrant les saints de la religion catholique, ce qu’on nomme le syncrétisme. Elle est toujours très active, surtout à Salvador de Bahia.

4. Bossa-nova, dans une traduction approximative serait : une mode nouvelle, ici musicale mais aussi sociale.

5. L’aéroport international de Rio de Janeiro a reçu, en 1998, le nom de Tom Jobim.

6. Les nombreuses facettes de la musique brésilienne sont rassemblées sous un acronyme : la MPB -Música Popular Brasilieira (Musique Populaire Brésilienne).

7. Le mouvement "tropicaliste" est contemporain du cinéma novo brésilien, avec Glaubert Rocha, d’une importante activité théâtrale et des premiers travaux significatifs du plasticien Hélio Oiticica (1937-1980).

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