Accueil > Politique | Editorial par Catherine Tricot, Clémentine Autain | 1er décembre 2009

Le bruit et l’odeur d’une droite décomplexée

Depuis la rentrée, c’est un festival. Les ministres, porte-parole, députés, conseillers de « la droite dure » se lâchent sans complexes.

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La concomitance de dérapages verbaux ne peut être tenue pour un pur hasard. La méchante sortie de Brice Hortefeux à l’université d’été ne relève sans doute pas du calcul politique prémédité [1]. Il se trouve que quelques semaines plus tard, une responsable UMP trouve amusant de déclarer qu’envoyer Rama Yade dans le Val-d’Oise pour les régionales « ferait plus couleur locale ». La très prudente Rachida Dati a reconnu elle-même que le ministre Hortefeux était « un gros raciste » et Azouz Begag couchait par écrit les agressions de ce sinistre personnage. Tout cela traduit l’atmosphère délétère qui règne au sommet de l’Etat où le racisme est devenu une plaisanterie.

Dans un registre proche, on a entendu un député exiger un devoir de réserve pour les prix littéraires ! Le ministre de la Culture, le discrédité Frédéric Mitterrand, n’en a cure. Le caporalisme et l’anti-intellectualisme s’imposent. Un judoka, nouvellement élu député et membre de la direction de l’UMP, assume sa misogynie en assurant que tous les hommes le sont sauf « les tapettes » . Tellement amusant que le président du club de foot de Montpellier peut impunément menacer un joueur d’une équipe adverse : « On l’attend cette petite tarlouze » . Et notre Thierry Roland national de trouver ça « superdrôle » .

Racisme, anti-intellectualisme, misogynie, homophobie, autoritarisme : au-delà même d’une politique, figurent ici les ingrédients d’une culture franchement frappée du sceau de l’extrême droite, qui se sent autorisée. Le débat lancé par Besson le légitime dans le champ institutionnel. Les charters pour sans-papiers l’inscrivent dans la réalité de la politique d’Etat. Qu’un proche du Président, Patrick Buisson, soit un ancien journaliste de Minute n’est donc pas une faute de goût.

Tout cela est parfois spontané, parfois prémédité. Et en tout cas tombe à pic dans un moment où le gouvernement est à la peine face à la question sociale. Faire diversion est une vieille ficelle. Alors que la crise économique n’a pas fini de produire ses effets, que les inquiétudes sociales sont fortes en matière de niveau de vie et de sécurisation des parcours professionnels, que le gouvernement n’a pas changé de cap économique comme l’a illustré le vote du budget 2010, il s’agit de mettre le paquet sur le registre classique du sarkozysme, celui qui empiète sur le terrain du Front National, celui auquel on prête la victoire lors de la dernière présidentielle. Tous azimuts, de la nouvelle mouture du fichier Edvige, qui permet notamment l’inscription des mineurs à partir de l’âge de 13 ans, au débat lancé par Michèle Alliot-Marie sur la castration chimique et physique des violeurs, la période toute récente regorge d’exemples. Après la fermeture du campement de Calais, ce fut l’expulsion de trois Afghans dans leur pays d’origine, en guerre, bafouant allégrement la logique du droit des réfugiés. La gauche a eu beau crier au scandale, le premier ministre François Fillon a assumé et enfoncé le clou : la France « n’a pas à s’excuser, ni à culpabiliser » . Fermer le ban. L’heure n’est pas à l’humanité mais à la fermeté.

Ancrer les électeurs Front national dans le vote UMP n’est pas étranger aux objectifs de tous ces acteurs politiques. Mais il n’est pas certain que « le bon coup » de la présidentielle se renouvelle : on peut même penser que la farce ne marchera pas deux fois et que tout cela ne fait que remettre en selle le FN. Il monte dans les sondages et ses idées reprises, banalisées, objets de plaisanterie rendent l’atmosphère irrespirable. Comme dirait Marie NDiaye.

Notes

[1Extrait pour mémoire : « Quand il y en a un, ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes » , en référence à l’origine d’un jeune homme arabe qu’il croisait. Le ministre a eu beau se justifier en prétendant qu’il parlait des Auvergnats, le caractère raciste de la séquence a fait scandale et constitué un « buzz » sur Internet.

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