Accueil > Société | Par Nicolas Kssis | 1er mars 2006

Le chauvinisme, on aurait tort de ne pas s’en servir !

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Les JO d’hiver constituent un des grands événements du calendrier sportif mondial. Néanmoins, à la différence de son grand frère estival (les premières olympiades hivernales remontent à 1924), ils sont doublement handicapés. Ils ne reposent sur aucune pratique ou discipline réellement universelle (comme l’athlétisme, par exemple). De ce fait, deuxième point faible, surtout dans le contexte actuel, leur pouvoir de séduction médiatique s’en trouve dramatiquement réduit. Car cumuler ce double défaut : des disciplines rarement spectaculaires, aux règles absconses, qui n’intéressent pas grand monde et généralement, pour la plupart des pays, notamment du tiers-monde, ne drainent aucune chance de médaille : n’aide pas à vendre des espaces publicitaires. Même le public français, qui se rue pourtant dès la première neige vers les stations et les téléskis, a du mal à se passionner au-delà du raisonnable, ce que masquent difficilement les envolées de Nelson Monfort.

Néanmoins, on aurait tort de croire que l’intérêt pour un sport ou une compétition dépend simplement du degré de chauvinisme de la population du pays qui pense y récolter des médailles. Une finale de Champions League est sûre et certaine de faire un bon score d’audience, tout comme une finale de 100 mètres, ou l’on n’a pas croisé un Français depuis belle lurette.

Aujourd’hui, le chauvinisme, facette populiste du sentiment national à vocation sportive, sert surtout à colmater les brèches quand on ne sait plus trop comment s’y prendre pour rameuter le chaland et donc les sponsors. Même le patinage artistique suscite davantage d’engouement autour des problèmes d’arbitrage, privant forcément nos prétendants hexagonaux d’un juste podium, que le concours en lui-même. Et il est toujours plus louable de dénoncer le dopage des autres que de se pencher sur celui de nos inscrits. Etcetera.

Enfin n’oublions pas de rappeler aux défenseurs d’un sport « pur et fair-play » que le réflexe chauvin est consubstantiel à l’existence même du phénomène sportif moderne, voire même indispensable à son apparition. Pierre de Coubertin, conservateur malin et farouche colonialiste, souhaitait que les nations européennes cessent de se détruire dans des guerres « fratricides » pour s’affronter pacifiquement sur les stades, histoire de forger des élites entreprenantes capables de garantir l’hégémonie occidentale sur le monde. Plus près de nous, le sport représenta l’emblème identitaire que la RDA employa pour tenter d’insuffler dans le cœur de sa population un authentique « patriotisme socialiste », face à la « légitimité historique » de la RFA, quitte à charger ses athlètes comme des mules une veille de foire agricole. Par la suite, la victoire de la Manschaft, en 1990 (voir la série « Heimat » qui sort en DVD ce mois-ci) scella la réconciliation « nationale » bien mieux que le taux de change des deutsche mark.

La question n’est donc pas de savoir si le chauvinisme est une malédiction française ou s’il est possible d’en guérir les (télé)spectateurs. Le vrai problème politique est bien de savoir à quoi et à qui il profite... N.K.

LES CLUBS DE FOOT EN BOURSE

Suite de notre petite information du mois dernier. Finalement, les clubs français pourront, pression européenne oblige, entrer en Bourse. Jean-François Lamour cède un autre petit pan supplémentaire du modèle sportif français (entre Etat, monde associatif, et acteurs privés). Alors que cette mesure s’est globalement soldée dans les autres pays par une déroute pour les clubs concernés, à l’exception près et rabâchée de Manchester United (seuls trois clubs en Italie et un en Allemagne sont cotés), l’ensemble du football tricolore saute de joie à l’idée de rejoindre un système pour le moins hasardeux. Qui est pragmatique, messieurs les libéraux ?

VILLES SPORTIVES

Les 44 plus grandes villes françaises ont investi (si on ajoute les intercommunalités, pour près de 262 millions d’euros) pas moins de 1,15 milliard d’euros dans le sport (selon une enquêté publiée par les Echos). Si l’on établit un ratio par habitant, Reims arrive en tête avec 250 euros par tête de pipe et Lyon est bon dernier avec seulement 59 euros. Pour rappel, le budget du ministère de la Jeunesse et des Sports, pour le sport, est de 527,18 millions d’euros (auxquels on peut ajouter 260 millions du Fonds national pour le développement du sport, financé par le loto sportif).

Paru dans Regards n°27, Mars 2006

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