Accueil > Société | Par Clémentine Autain | 1er février 2004

Le délit de racolage ou comment « nettoyer les trottoirs »

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« On va taper sur le stock », avait déclaré en off un membre du cabinet de Nicolas Sarkozy. Dans l’exposé des motifs, l’objectif était pourtant de « casser les réseaux de proxénètes » pour protéger « les victimes de la traite ». En réalité, la loi créant un délit de racolage passif rend les victimes... coupables. Au lieu d’arrêter ceux qui exercent la traite des êtres humains, la police est mandatée pour arrêter les prostituées. Un tour de force dénoncé par Claude Boucher, directrice de l’association Bus des femmes : « cette loi est faite pour retirer les filles des trottoirs afin d’éviter le spectacle de la prostitution aux passants. » La tranquillité des riverains a donc primé sur le démantèlement des réseaux. Une simple comparaison de chiffres permet de prendre la mesure du choix politique. La cellule qui, sur le plan national, lutte contre le proxénétisme, compte environ une vingtaine de personnes alors que, fin 2003, 25 personnes ont été recrutées au sein de l’USIP (Union spéciale d’intervention contre la prostitution) pour assurer l’application de la loi sur le territoire parisien. Résultat : les filles deviennent le souffre-douleur de tout le monde (du proxénète, du client et de la police), travaillent à des horaires décalés et se retrouvent régulièrement en prison. Pendant ce temps, place du Maréchal Juin, un proxénète continue de se faire 150 000 euros par mois de chiffre d’affaires sur le dos de 5 ou 6 filles, en alimentant régulièrement son réseau à l’étranger... Un exemple parmi tant d’autres.

Regards n°2, février 2004

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