Accueil > Culture | Par Julia Moldoveanu | 6 janvier 2009

« Le lieu n’y était pas » /Le poème palestinien contemporain

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//« Un coup de sonde dans le poème palestinien le plus contemporain »// : ainsi résume Eric Brogniet dans sa préface l’ambition de cette anthologie bilingue. Une poésie que l’on qualifie de « nouvelle vague », libérée déjà de la rhétorique ancienne par le rebelle Mahmoud Darwich, qui a compris que le « nous » passe par le « je », une poésie qui fait l’homme, qui dessine son identité.

« Nous sommes venus mais le lieu n’y était pas » ...

//« Combien de palmiers

Combien de rêves

Combien de déserts il y a en nous. »//

L’exil, la patrie, le retour des héros composent avec une langue réinventée, libérée de ses mythologies, disciplinée par un quotidien qui qualifie une poésie des choses. Comme cet inventaire du sac à main renversé par une inconnue dans le bus, ce moment resté inoubliable pour un poète qui retrace la vie dans un souvenir de « rouge à lèvres marron » , //« Il y a deux ans et demi je t’ai vue une fois dans le bus

Et je ne t’ai plus jamais revue »//.

Ou ce « Café à Ramallah », rythmé par le « je » au début de chaque strophe : « Je n’ai pas de nom , « Je n’ai pas de voix , « Je n’ai pas d’amis , « Je n’ai pas de chance »//, avec une chute dramatique :

//« Je n’ai pas de mémoire ;

Je l’ai perdue

D’un coup de soleil. »//

Sans grandiloquence, des aveux qui hantent :

//« Maintenant

A propos de mes amis morts

Il n’y a plus de problèmes

Sauf lorsque je croise leurs parents

Soudain

Et que je suis encore en vie. »//

Un recueil nécessaire pour comprendre, de loin, ce lieu de chair, de sang et de poussière, où l’arbre « pense à la pluie » et le silence est rare ; où pousse « l’herbe de l’obscurité/ au vert sans pareil/ car aucune herbe ne peut être aussi verte sans/ Sang » .

J.M. 

Le poème palestinien contemporain , édition bilingue arabe-français, choix de textes et présentation de Ghassan Zaqtan, traduction de Antoine Jockey, Le Taillis Pré, 17 euros.

Paru dans Regards n°58 janvier 2009

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