Accueil > Culture | Par Julia Moldoveanu | 1er mai 2004

Le mot corps/ Jean-Luc Hérisson ; Sandra Moussempès

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Jean-Luc Hérisson, né en 1951, et Sandra Moussempès, née en 1965 : deux poètes qui nous font entrer dans le cercle des « 49 poètes, un collectif » : ou la poésie en état de grâce : chez Flammarion.
« La langue n’est pas un objet/Elle est un sujet » . Ainsi annoncée, cette aventure de la parole qu’entreprend Jean-Luc Hérisson invite à prendre le large : « Le dictionnaire est une mer » . Vivre donc la mer. L’état de parole. « Il n’a pas besoin d’île/Il est dans l’île »  : on est dans le verbe, il se déroule dans une mise en scène en abîme, habille l’espace blanc, il ne narre pas, il se narre et existe. L’être poétique s’incarne dans cette alchimie, « Elle est en mauvais été/La sécheresse/Les phrases s’emmêlent/le planteur ne sait pas/Identifier les maladies de la phrase/Il constate/que la phrase est malade/La terre est malade. » Secrétée par le mot, l’île se répand. On l’a dans le souffle subtil des consonnes et l’air frais des voyelles en goguette qui ont pris l’accent guadeloupéen, car le marin Hérisson y habite.

Autrement voyageuse, Sandra Moussempès expérimente des langages métissés, ses suites créent un lieu où des scènes primordiales cruelles refont un monde « luxurieux » de signes sans frontières : images, géométries, lettrisme bien tempéré, collage. Un monde qui contient sa propre impatience et sa nostalgie. « La chair est triste, hélas ! et j’ai lu tous les livres » (1), se dirait-on en lisant : « trop allongée pour devenir l’instrument d’un cœur entier/ : la phrase sans les contours, les formes ou les modes :/ suivant la meute/à la question forgée suivante :/« dans le plus grand détachement »/ des forêts se fabriquent en secret/derrière l’oreille » . Et puis, ailleurs, « Recoudre à l’envers & patiemment toute déconvenue/jusqu’à la bonne surprise/ des évasions programmées » ... Ce « & », qui revient souvent dans les séquences de Sandra Moussempès, il a sa vie, il surprend, dans le vent et hors mode, entre le vieux « & Co » et la liaison dangereuse. Ce &, c’est le mystère de l’enchaînement dans l’esprit des mots. Comme le défaut d’orthographe : la faute : pose les termes de la révolte. C’est presque réconfortant que le scandale arrive par des «  ; » en début de ligne.

Toute cette fière façon d’habiter la Terre nous plaît.

1. Stéphane Mallarmé (1842-1898), Poésies , « Brise marine »

Jean-Luc Hérisson**, La Terre blanche et noire , 14 ? ; **Sandra Moussempès , Captures , 15,50 ?. Les deux publiés par Flammarion, collection Poésie/Flammarion dirigée par Yves di Manno.

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