Accueil > Culture | Par Nicolas Kssis | 1er septembre 2006

Le son d’indépendance

Comment les labels indépendants survivent-ils au temps du MP3 ? Quand les majors choisissent la répression du téléchargement pour survivre, l’expérience du pôle Mila 18 est singulière : avec une bonne gestion associative, un zeste d’originalité et une réponse directe des collectivités locales aux besoins de la « création artistique », Mila 18 fait de la résistance

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

En avril dernier étaient inaugurés les locaux de Mila 18, rue André-Messager, dans le

18e arrondissement de Paris, en présence notamment de Bertrand Delanoë et de Jean-Paul Huchon. Mila 18 est un pôle d’entreprises musicales indépendantes, le premier en France, dont la singularité est d’être géré par l’association du même nom et de bénéficier d’un large soutien des collectivités locales (la mairie de Paris, le conseil régional d’Ile-de-France, la mairie du 18e), ainsi que de l’OPAC de Paris.

Mila 18 offre divers services à la vingtaine de structures qui en sont membres, dont le plus important se révèle sans doute la mise à disposition de locaux à des tarifs préférentiels (375 m2 au cœur de l’îlot Letors-Blémont-Messager) en accord avec l’OPAC. En effet, la flambée des prix de l’immobilier ne fait pas seulement fuir les milieux populaires et désormais les classes moyennes. Elle chasse les commerces de proximité (Mila 18 espère arriver à s’ouvrir aux riverains) et rend la vie terriblement difficile aux petites structures indépendantes. Le pôle tente de remédier à cet obstacle de taille dans le développement d’une industrie culturelle. Mila 18 accueille d’ailleurs aussi bien des labels (Asphalte Duchess, Record Maker, etc.), des promoteurs (Boxson) que des médias (Longueur d’onde), couvrant le spectre de l’ensemble des acteurs de la vie musicale.

L’autre singularité de ce projet réside dans l’action des collectivités locales qui semble dépasser ici le simple cadre de la subvention pour s’intéresser un peu concrètement aux nécessités techniques de la « création artistique », bref l’intendance de cette fameuse « exception

culturelle » dont on se gausse à longueur de discours dans les ministères. En effet, l’opération n’a été possible que grâce à un crédit d’investissement de 434 000 euros répartis entre les divers intervenants publics.

Le seuil critique

La situation de l’industrie musicale se révèle de plus en plus catastrophique. Les majors y répondent par la course à la répression du téléchargement et le licenciement massif. Si elles semblent davantage adaptées aux fluctuations du marché, les petits structures en souffrent aussi. Dans certaines « niches » comme les musiques électroniques, pour des raisons culturelles et générationnelles, les dégâts du MP3 sont dramatiques. Le seuil critique de survie devient de plus difficile à atteindre. La surabondance fragmente le marché plus qu’elle ne l’élargit. Un label comme Fcom, fondé en 1994 par Laurent Garnier, à la base de la techno en France, a connu récemment de graves difficultés économiques. Son arrivée dans le pôle Mila 18 assure une certaine « profondeur historique » à ce projet, comme ses promoteurs le souhaitent, mais témoigne aussi de la fragilité économique de l’industrie des petits labels. Ce type de situation constitue un risque de voir s’évaporer une partie non négligeable de la richesse musicale du pays.

Les labels indépendants constituent pourtant une vieille tradition nationale. Le rock alternatif leur a donné leurs lettres de noblesse, avec Bondage ou encore Gougnaf à Lyon. Aujourd’hui Crash disques prolonge, non sans douleur, cet état d’esprit et cet héritage (avec de vraies découvertes comme Zenzile). Les musiques électroniques ont adopté ce système plus flexible, dont des structures comme Dialect record prolongent l’ambition d’excellence.

Voies de survie

L’une des voies de leur survie tient d’ailleurs dans la quête perpétuelle de l’originalité, quitte à revenir aux mœurs d’antan, en investissant notamment l’espace, aujourd’hui délaissé par les majors, de la sortie vynil (assez difficile à copier). Le tout jeune Phoney Mélodie vient ainsi de sortir coup sur coup deux 45 tours, notamment celui de Charlie O avec sa musique gaulliste psychédélique. Dans son manifeste, le label issu de Lazbros, organisateur de soirées et de concerts, explique leur étrange projet. « Ce n’est pas un secret, les maisons de disques sont frileuses, les DA sont remplacés par des ingénieurs commerciaux (parfois gentils mais pas toujours compétents ni très motivés). [...] Pourtant il existe actuellement une production artistique incroyable en qualité et en quantité qui n’a presque jamais accès au public [...]. L’idée est de créer une collection de disques qui nous ressemble à raison d’un 45 tours tous les 3 mois. Le choix du support est important :

un 45tours, c’est un vrai disque, et ce n’est pas seulement une posture rétrograde que de le dire : la dématérialisation de la musique a rapporté beaucoup aux majors (avec le CD, invention incomplète, parce que trop fragile) mais l’effet boomerang du MP3 est dévastateur pour les maisons de disques (pas pour les artistes, ni pour les mélomanes). Avec notre projet nous voulons participer à la rematérialisation de la musique : vrais disques + vrais concerts !!! »

Le spectacle vivant du concert est en effet une des formes évidentes de résistance face à la virtualisation de la musique : bien que « myspace » (voir encadré) permette de retourner l’arme dans le bon sens : sur laquelle s’est appuyé par exemple le retour du rock, même s’il s’agissait malgré tout d’un phénomène surgonflé médiatiquement. Ainsi le pôle Mila 18, après avoir publié une première compilation collective, se trouve largement représenté (I Love UFO, Sébastien Tellier, etc.) dans la programmation du Festival des attitudes indépendantes, 18e en scène, qui se déroulera du 3 au 9 septembre. L’occasion de venir goûter aux joies du « musicalisme à visage humain ».

Myspace et moi...

Le réseau Myspace est devenu un phénomène de société incontournable. Avec plus de 100 millions d’inscrits à travers le monde, des dizaines de milliers de comptes qui s’ouvrent chaque jour et désormais une version en français. Un jackpot financier aussi, aujourd’hui racheté par Microsoft pour 580 millions de dollars. Pour résumer, Myspace vous permet d’ouvrir votre propre site gratuitement. Ainsi, pour peu que l’on sache un peu utiliser le langage html (et des sites existent pour vous y aider), il est très facile d’y déposer du son, des images, de la vidéo. Et de les échanger entre membres de cette communauté web. Car l’une des forces de Myspace réside dans l’opportunité de constituer un réseau « d’amis » avec lesquels vous pouvez échanger et partager (le morceau en écoute sur un myspace peut être ajouté sur le vôtre d’une seul clic). Les groupes de musique et les labels ont vite compris l’intérêt de ce système et de son ampleur (mise en écoute des morceaux, vidéos de concert, interview, démos, etc., le tout à destination d’un mailing sélectif qui s’autoconstruit : le rêve de n’importe quel attaché de presse). Un petit monde en soi où les majors viennent désormais chercher leurs futures poules aux œufs d’or (des Artic Monkeys à Lily Allen sans oublier Gnarls Barkley). Comme souvent avec le net, à boire et à manger, et beaucoup d’appétit commercial.

www.myspace.com

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

Forum sur abonnement

Pour poster un commentaire, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas encore enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?