Accueil > Société | Par Rémi Douat | 29 mai 2012

Le spectacle de la démocratie

Lors des soirées électorales, sms et réseaux sociaux démontent
la fiction télévisuelle. De la présidentielle aux législatives, faux scoop
et vrai ennui en perspective.

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« Le public sera positionné autour
de tables de trois, derrière
un poste informatique,
au même titre que nos collaborateurs.
L’idée est qu’ils
puissent suivre l’émission en faisant semblant
de travailler.
 » Le mail est signé Gérard Morin,
régisseur de la soirée électorale du 22 avril de
France 2 et il est adressé à des étudiants en
journalisme. L’information a fuité et le projet journalistico-
théâtral tombé à l’eau. Seuls de vrais
journalistes, chevronnés et tatoués ont donc
été habilités à nous faire « vivre l’événement »,
selon la formule consacrée. L’antenne a été
prise à 19 h 05 : interdiction jusqu’à 20 heures
de parler tendances ou résultats. Il faut meubler,
et pas seulement l’espace avec de faux
journalistes en plein travail. On part donc place
Stalingrad où Jean-Luc Mélenchon réunit ses
troupes. L’envoyé spécial, sur le ton du coureur
cycliste franchissant un col : « J’ai réussi à
me hisser en hauteur !
 » En effet, le journaliste
intrépide s’est installé à la terrasse du 25° Est,
un restaurant de la place doté d’une terrasse
surplombante. Un autre, du côté de l’Elysée
chevauche une moto siglée France 2 et semble
nous dire : « Regarde comme je fais bien de la
moto, je peux même parler en même temps
 ». À
Tulle, un journaliste est posté devant une porte.
« Alors ça, c’est ce qu’on appelle un scoop
dans notre métier
 », commente admiratif le
maître de cérémonie David Pujadas. Calé dans
un fauteuil, on trépigne, on repose sa bière,
attentif… Vite, un scoop. À l’image, un Droopy
endimanché, micro au poing, attend le signal.
Ça tourne, action. Façon Actor’s studio, il parle
à voix basse, sur le ton de la confidence, nous
emmène vers une porte. Il l’ouvre. On frissonne.
Derrière ? François Hollande, Valérie Trierweiler
et une poignée de conseillers attendent les
résultats. Ça y est, c’est terminé le scoop. On
sent le gars content et on est content qu’il soit
content. On l’imagine rentrer à Paris avec le
sentiment du devoir accompli. Dans les couloirs
de France 2 on lui tapera sur l’épaule en
espérant qu’il attrape pas le melon et il ira fêter
tout ça avec le gars qui a réussi à se hisser en
hauteur place Stalingrad.

Acte II, scène IV. Gros plan sur la voiture présidentielle
traversant Paris en direction de la
Mutualité où Nicolas Sarkozy doit faire son
allocution. La scène, mûrement réfléchie par
des communicants, est un remake, l’originale
ayant été jouée par le Jacques Chirac victorieux
de 1995. Une manière pour Nicolas Sarkozy
de se mettre dans la roue de son aîné ! Les
journalistes embarqués sur les motos, otages
consentants de la mise en scène, tendent
leurs micros vers la vitre fumée présidentielle
qui reste désespérément fermée. On assiste
impuissant au désastre. Depuis des heures,
c’est sur Facebook et Twitter que circule l’information.
L’obsolescence de la télé n’aura jamais
été aussi flagrante.

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