Accueil > Société | Par Laurence Teixira | 1er septembre 2006

Le Taser, le nouveau joujou de la police française

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Jusqu’alors, seuls les fans de jeux vidéo particulièrement sanguinolents savaient ce que sont « les Tasers ». C’est un gros pistolet en plastique noir et jaune, qui ressemble un peu à ceux utilisés pour envoyer des fusées de détresse. Une cartouche d’azote comprimée libère deux aiguilles capables de transpercer une couche de vêtements de 5 cm. Celles-ci sont reliées à des fils qui délivrent une charge électrique de 50 000 volts. Le tireur harponne sa cible. Il est impossible de la louper car le taser est dirigé par faisceau laser. Ces armes paralysent pendant 10 minutes tous les muscles à une distance de 7 mètres. Le corps ne répond plus. On peut observer les mêmes techniques de chasse dans la nature. Les animaux crachent leur venin pour immobiliser leur proie, et n’ont plus qu’à la cueillir.

Ces armes sont apparues dans la police américaine et dans l’armée notamment pour les soldats déployés en Irak. Elles sont présentées comme non mortelles et l’alternative aux balles. Mais, ces armes non létales ont déjà causé la mort de près de

200 personnes depuis 2001, dont un jeune homme de 22 ans, suspecté de trafic de drogue décédé le 6 août.

La Belgique, l’Italie, le Danemark, les Pays-Bas, la Nouvelle-Zélande, le Japon, la Malaisie et le Pakistan ont refusé ce marché.

Le ministère de l’Intérieur veut équiper la police française et la gendarmerie avec ces pistolets de cow-boy des temps futurs. Depuis un an, elles ont été testées par les hommes du GIGN ou de la BAC 93. En avril 2006, un appel d’offre avait été lancé. Le modèle X26 de l’américain Taser devrait remporter le marché. Dès septembre, mille exemplaires de cette arme seront distribués dans la police parisienne. Mais ce sont cinq mille pistolets qui sont prévus sur le long terme. A 1 600 euros l’unité.

Selon le Figaro (1), « les Brigades anticriminalité (BAC), l’Unité mobile d’intervention et de protection chargée des sites sensibles de la capitale ainsi que la police régionale des transports seront servies en priorité ».

Le ministère de l’Intérieur se veut pourtant rassurant : chaque utilisation (date, heure, durée de la décharge) sera inscrite dans l’appareil, dans une sorte de « boîte noire ». Mais c’est une arme propre : deux petites piqûres d’aiguilles sont apparentes. Pas d’équimoses, pas de blessures, pas de sang. Aucune preuve ne peut être apportée en cas de bavure. Sur le site du RAIDH (réseau d’alerte et d’intervention pour les droits de l’Homme) (2), on peut voir plusieurs vidéos sur lesquelles des corps se convulsent sous les salves électriques tirées par les policiers américains. Sur l’une d’elles, le policier tire 3 fois de suite alors que la personne appréhendée est déjà à terre. Celle-ci a donc reçu trois décharges de

50 000 volts soit 150 000 volts en l’espace de quelques secondes. Selon le ministère de l’Education nationale, « il faut considérer qu’au-delà de 25 volts, il y a toujours un danger potentiel » (3). La charge des Tasers est 2 000 fois supérieure à ce seuil.

Les partisans du Taser réfutent sa dangerosité. D’autres vont jusqu’à dire qu’il est préférable de mourir électrocuté plutôt que battu à mort par des matraques. Mais ceux qui ont connu cette expérience ne sont plus là pour nous l’expliquer.

1. Le Figaro du 5 août 2006.

2. Pétition du RAIDH en ligne destinée au chef de l’Etat : www.raidh.org

3. Source ministère de l’Education.

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