Accueil > Société | Par Nicolas Kssis | 1er septembre 2005

Le valium du peuple

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L’échec de la candidature de Paris à l’organisation des Jeux Olympiques de 2012 nous aura appris au moins une chose sur nos dirigeants. Certains croient sincèrement que le sport représente une drogue pour la France d’en bas, et qu’elle réclame régulièrement sa dose. 1998 a servi de prototype, même si cette même année, le Tour de France exposa violemment la réalité d’un dopage structurel dans le cyclisme.

Mais ne nous trompons pas de métaphore, si Marx pensait que la religion constituait l’opium du peuple (citation tronquée, mais elle est passée ainsi dans l’histoire), une partie de nos hommes politiques, en commençant par le premier d’entre eux, imagine davantage le sport comme un prozac télévisuel, dont le principal usage servirait à gommer, un temps plus ou moins long, l’apparition des soucis quotidiens en une des journaux. Bref, si les Français dépriment, bombardons-les de médailles. Le prix de l’essence monte, rappelons Zidane. Comment nos concitoyens supporteraient-ils une élimination de la Coupe du monde, si en plus leurs voitures dévorent le budget loisirs ? La sécheresse gagne le pays et impose le douloureux souci de la gestion des réserves d’eau, inquiétude qu’on croyait réservée au tiers-monde ? Nos athlètes ramènent sept podiums inespérés des championnats du monde d’Helsinski ! Toutefois, la question n’est finalement pas de savoir si les responsables politiques ont raison ou non. D’un certain point de vue, ils se fourvoient probablement et sont dupes de leurs propres illusions. N’en déplaise aux Cassandre, jamais une compétition sportive n’a changé l’issue d’un scrutin, ni empêché une manifestation ou une grève. Premier parti de France, les dix millions de licenciés (sans oublier la masse grandissante des pratiques hors fédérations) ne rassemblent pas une foule passive qui attend la bouche ouverte de gober sa pilule libérale. La candidature de Paris, par exemple, avait conduit les syndicats à s’intéresser sérieusement à l’impact olympique sur la vie sociale (colloque de la CGT, charte avec la Mairie de Paris, etc.) et à sortir des lieux communs habituels. Espérons que cet élan saura trouver une nouvelle ampleur, car plus que jamais le sport condense quasiment l’ensemble des interrogations démocratiques qui tourmentent nos sociétés (de la place des médias à la défense des services publics, sans oublier la décentralisation ou l’égalité homme/femme).

Non, si un enjeu existe face à ce paravent médiatique, il s’agit bien de savoir comment le mouvement social peut arriver à casser, y compris en son sein, le conformisme apolitique, donc conservateur, qui enferme le monde sportif sur lui-même, pour enfin introduire une nouvelle perspective dans le nécessaire débat : si le sport est le reflet de la société, le sport peut-il alors participer à sa transformation ? N.K.

BREVES

UN AUTRE FOOT EST POSSIBLE !

Alors que Zidane revient sauver l’équipe de France (et ses sponsors) du naufrage, guidé par les voies insondables de l’au-delà et des campagnes de pub d’Orange, deux petits événements nous rappellent fort à propos que le foot demeure encore (un peu) une culture populaire et pas seulement un Komintern sportif du rêve et du marketing. Ainsi s’est tenue cet été la troisième Coupe du monde de football des sans-abri, à Edimbourg, en Ecosse (New York s’est désisté, les autorités américaines ayant refusé l’entrée sur le territoire des Etats-Unis à certaines équipes). Ensuite, une formation française, le Football Club Paris Arc-en-ciel, a remporté la coupe du monde IGFLA, autrement dit le Mondial gay. Pour info, Paname reste toujours en lice pour l’organisation des prochains Gay Games...

SOUS LES BALLONS, LA PLAGE...

Incontournables marronniers, chaque année la période estivale voit fleurir les articles et reportages sur de nouveaux sports de plage, garantie assurée de rincer l’œil du téléspectateur grassouillet avec de jolies images où se bousculent bikinis californiens et muscles huilés. Après le soccer beach, le beach volley, le beach rugby (mais si !), 2005 révéla le sauvetage côtier sportif, comprenez « alerte à Malibu » mais à Palavas-les-Flots, avec un podium à l’arrivée. D’où une question inévitable : jusqu’où l’esprit compétitif envahira-t-il le monde sportif, si même des pratiques n’existant au départ que pour sauver des vies deviennent l’occasion de s’affronter pour un trophée ?

Paru dans Regards n°21, septemnre 2005

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