Accueil > Politique | Par Marc Endeweld | 24 octobre 2011

Les angoisses des militants UMP

Militants et responsables du parti
présidentiel redoutent – en off
– la perspective d’un éclatement
de l’UMP. Le rassemblement de la
droite et du centre en son sein est décidément
de l’histoire ancienne.

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Dur boulot que celui de Jean-François Copé. Le
secrétaire général de l’UMP doit désormais faire
office de voiture-balai du « sarkozysme » – ou de
ce qu’il en reste –, tout en préservant l’unité d’un
parti qui se craquelle pourtant de jour en jour.

D’un côté, pas loin de Marine Le Pen, les turbulents
de la Droite populaire sont décidément
décomplexés. De l’autre, les libéraux regardent
vers le centre, qu’ils s’appellent Borloo ou Bayrou.
Pierre Méhaignerie, actuellement vice-président
de l’UMP et ancien président du Centre
des démocrates sociaux (CDS), était d’ailleurs
présent à l’université d’été du Modem. Ce qui fait
dire à François Bayrou : «  l’UMP est un échec. »

L’obsession de Sarkozy

Selon plusieurs interlocuteurs, le Président
Sarkozy serait en effet obsédé par une éventuelle
candidature de Jean-Louis Borloo à la présidentielle.
Il aurait ainsi reçu à l’Élysée de nombreux
soutiens de l’ancien ministre de l’Écologie et du
Développement durable pour les dissuader de
se lancer dans l’aventure, notamment l’ex-UMP
Yves Jego, exclu du gouvernement en juin 2009,
et devenu depuis vice-président du Parti radical.
Sarkozy lui aurait sorti le grand jeu de la séduction.
En vain.

Fuite vers le centre, tentation du côté de Marine…
Le projet initial de l’UMP de rassembler
l’ensemble des familles de droite – en mettant fin
à l’historique UDF – semble avoir du plomb dans l’aile. « Il ne faut pas définir l’UMP comme un
parti de la droite et du centre
 », estime pourtant
un militant trentenaire. L’UMP, c’était d’abord
le parti de Chirac, fait pour Juppé, et ensuite
récupéré par Sarkozy. À l’UMP, c’est la problématique
du chef qui est prépondérante. Tant
qu’il y a un chef qui s’impose, il n’y a pas de
problème !
 »

Conservatrice ou « moderne » ?

Si ce même militant reconnaît que «  la reconstitution
de partis de “centre droit” pose problème
pour l’UMP
 », il pointe l’obsolescence des
fractures historiques qui traversaient la droite il
y a encore vingt ans : « Les clivages entre les
centristes rassemblés à l’époque dans l’UDF,
les libéraux dans Démocratie libérale, les gaullistes
dans le RPR, ne veulent plus rien dire.
Tous aujourd’hui sont globalement d’accord sur
la plupart des sujets. Mais il reste un dernier
clivage entre une droite conservatrice et une
droite que je qualifierais de “moderne” sur les
questions de société, et notamment celles des
droits LGBT [Lesbiennes, gays, bis, trans] ou
de l’euthanasie. La droite moderne est moins
figée dans la République.
 »

Justement, Franck Riester, jeune député UMP
de Seine-et-Marne de 37 ans, a soutenu en juin
la proposition de loi socialiste sur l’ouverture du
mariage aux couples homosexuels : «  Il ne faut
pas que ça soit uniquement la Droite populaire
qui s’exprime
 », nous explique ce député proche
de Jean-François Copé. Et de tacler au passage
les borlooïstes : «  Les anciens clivages permettaient
l’expression de partis différents, mais aujourd’hui
les sensibilités sont trop semblables
pour voir se développer des sous-ensembles
pérennes.
 »

Ainsi, contrairement aux apparences – et notamment
aux déclamations extrémistes des
adhérents de la Droite populaire – la question
de l’immigration ne fait pas débat au sein de
l’UMP : «  Tout le monde est pour un contrôle
strict des flux migratoires, le reste n’est qu’une
histoire d’affichage. D’autant que le PS avec
Valls s’est droitisé sur le sujet
 », remarque un
autre adhérent de l’UMP.

Des contacts avec le FN

Mais ces débats de société – à l’instar de
celui lancé par les députés de la Droite populaire
dénonçant l’intégration de la question du
genre dans les manuels scolaires –, cachent
mal l’embarras des dirigeants de l’UMP face à
la crise économique. « Moi, j’ai connu le RPR
à l’époque où plus de la moitié des adhérents
votaient non à Maastricht
 », confie notre militant
trentenaire. Aujourd’hui, tous les souverainistes
sont partis de l’UMP. Comme au PS, c’est au
moment où il y a un débat de fond entre économistes
qu’il n’y a pas de débat. Résultat, c’est
Marine Le Pen qui prend position en voulant
sortir de l’euro…
 »

Les élections présidentielles seront donc déterminantes
pour l’avenir de l’UMP. Car en cas de
défaite de Sarkozy, les débats enfouis risquent
de refaire surface : « Si la gauche passe en
2012, l’UMP ne survivra pas
 », estime ainsi
un militant. Et d’ajouter : « Tout va dépendre
du score du Front national, des contacts
sont déjà pris entre des élus locaux UMP et
le FN.
 » Une de ses amies est du même avis :
« Si Sarko perd, l’UMP explose. Sauf si
un chef s’impose tout de suite.
 » Et à ce
petit jeu, les ambitions multiples de Copé,
Bertrand, et Fillon, risquent de ne pas
suffire à maintenir un semblant d’unité.
Franck Riester préfère y croire tout de même :
« Jean-François Copé arrive quand même à tenir
la maison, notamment grâce à sa capacité
à exister sur différents sujets de fond.
 »
Ajoutant, sur le mode de la méthode Coué :
« Il n’y a pas de fatalité à l’éclatement. »

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