Accueil > N° 41-42 - juillet/août 2007 | Par Sandrine Issartel | 9 juillet 2007

Les casseuses de noix de babaçu rentrent en politique

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//Avant-première, organisée par le centre audiovisuel Simone de Beauvoir, le 5 juillet, du documentaire de Marcelo Silva, "Raimunda a quebradeiras", au cinéma le Latina (Paris 4°). Le film sur les "casseuses de noix de babaçu" était présenté par le photographe Rodolphe Hammadi, auteur d’un reportage photographique sur le sujet.//

On connaissait les Sans Terre, mouvement de paysans brésiliens qui luttent pour la réforme agraire au Brésil et contre les inégalités sociales. Et bien il y a encore plus mal lotis. Elles vivent au bord de la forêt amazonienne, sans eau, ni électricité, et n’ont accès ni à l’éducation, ni aux soins médicaux, ni aux aides sociales. On les appelle les Quebradeiras, ou casseuses de noix de babaçu. Elles seraient environ 300.000. Tous les jours elles parcourent jusqu’à 60 km à pied pour récolter et briser ce fruit tant prisé des fabricants de cosmétiques et acheté une poignée de centimes. Leur salaire est d’environ 2 ? par jour.

Des conditions de subsistance certes rudes mais menacées par la déforestation de la forêt amazonienne. Depuis les années 80, les Quebradeiras sont en lutte contre l’expansion de l’élevage bovin, de la culture de soja et d’eucalyptus, et des fours à charbon, au détriment des réserves de palmiers babaçu. Des mesures entérinées par le gouvernement brésilien, soucieux de sortir du cercle de la dépendance économique et commerciale, encourageant la croissance et l’exportation à tout prix. Dans les années 90, l’huile de noix de babaçu a bien failli être commercialisée pour la première fois, mais le gouvernement brésilien a préféré se conformer aux directives de l’OMC et baisser presque à zéro les frais d’importation sur l’huile de palme. La concurrence fut fatale à ce petit commerce issu d’une activité traditionnelle et exclusivement féminine.

Depuis les années 90, les Quebradeiras se sont organisées pour résister. Raimunda, l’"héroïne" du documentaire de Marcelo Silva, est de celles-là. Elle a travaillé toute sa vie dans le Bico de Papagayo (Tocantins) à récolte et à la casse de ces fameuses noix, tout en luttant contre l’analphabétisme et pour la répartition des terres. Aidée par le père Josimo - assassiné par des hommes de main au début des années 80 - elle est à l’origine de l’organisation de ces travailleuses agricoles. Depuis 1994, elle tente de promouvoir un texte de loi auprès du chef de l’Etat pour sauvegarder leur activité, et a soutenu activement la campagne de l’actuel président Lula. Une résistance qui s’avère payante puisque les associations de quebradeiras ont obtenu quelques avancées juridiques et territoriales : la loi du babaçu libre et la garantie de réserves extractivistes de palmiers de babaçu.

Par ailleurs, Rodolphe Hammadi, venu présenté le film, a réalisé un reportage photo sur ces femmes. Son travail a été exposé à Paris, dans le cadre du festival du cinéma brésilien, ainsi qu’à Marseille. Les bénéfices serviront à acheter une boulangerie pour es Quebradeiras.

"Raimunda a quebradeiras", Marcelo Silva, 2007, Brésil, 52 min.

Le DVD du film est disponible à la location au Centre audiovisuel Simone de Beauvoir, 28 place Saint Georges, Paris 9°.

01 53 32 75 08

http://www.centre-simone-de-beauvoir.com

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