Accueil > Idées | Par Marie Nossereau | 1er décembre 2007

Les expéditions d’Arte : la téléréalité intelligente

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Qui n’a pas rêvé de partir pour une destination lointaine, de découvrir les vestiges d’une civilisation disparue ou de s’enfoncer au cœur d’une forêt vierge pour approcher des animaux sauvages ? Qui n’a pas rêvé de plonger au cœur des océans, de grimper au sommet d’un des volcans les plus actifs du monde ou de parcourir la banquise au milieu des ours blancs ? Qui ne s’est jamais demandé quelles recherches longues et difficiles ont dû réaliser les scientifiques pour tirer la sonnette d’alarme du réchauffement climatique, pour alerter l’opinion de la disparition de centaines d’espèces animales ou encore pour prévenir les populations de l’imminence d’une éruption volcanique ?

Eh bien, les Expéditions d’Arte proposent, tout au long du mois de décembre, de réaliser ces rêves. Voici une téléréalité d’un nouveau genre, où les gens ne sont plus méchants, où les épreuves font sens, où naissent des passions et où, enfin, l’affirmation effrénée de soi laisse la place à la curiosité de l’autre : bref, la téléréalité intelligente.

Vous avez déjà regardé Koh-Lanta l’été sur TF1, palpité devant les évanouissements en série et les conseils enflammés ? Vous avez aussi sans doute ricané plus d’un soir devant les mesquineries des candidats de Pékin Express sur M6 ? Les Expéditions d’Arte digèrent ces deux concepts d’émission, très voisins en fait (l’aventure, la mise en danger, l’extrême, l’exotisme, la vie avec l’autre), pour donner naissance à une nouvelle forme de voyage, le voyage utile où candidats et téléspectateurs n’ont cette fois rien à perdre mais tout à gagner.

Cette série raconte les aventures de 15 téléspectateurs qui ont eu la chance d’accompagner l’été dernier 15 grandes expéditions scientifiques françaises, allemandes et suisses. Conservation du patrimoine, sauvegarde des espèces menacées, réchauffement climatique, nos explorateurs d’un jour approchent chacun à leur tour les grandes problématiques scientifiques d’aujourd’hui, avec la complicité des plus grands instituts de recherche (le CNRS, l’IRD et plusieurs prestigieuses universités en Europe sont bien sûr dans le coup : ce sont leurs chercheurs et leurs missions).

Nos candidats ont trop chaud ou trop froid, très faim ou très soif, affrontent des hordes de moustiques déchaînés, des bataillons de sangsues, le mauvais temps, les ours polaires et j’en passe. Surtout, ils affrontent une espèce qui s’affiche rarement à la télé : les scientifiques. Et, comment dire, ce sont des gens... plutôt réservés, économes en paroles, voire franchement revêches. « On s’imagine toujours que les chercheurs sont des vieux grigous dans leurs labos et c’est pas du tout ça », souffle Olivier, dessinateur de BD lyonnais, encore sous le choc de sa rencontre avec Julie, la sémillante vulcanologue, au sommet du Karthala aux Comores. Olivier, mais aussi Sandra, la contrôleuse SNCF du Jura, ou encore Vanessa, prof de SVT à Narbonne, ils ont tous bien du mal à s’intégrer dans ces équipes de travail rodées, constituées des meilleurs spécialistes, où chacun a sa place, dont chaque mission sur le terrain coûte des centaines de milliers d’euros et représente un intérêt scientifique décisif.

Nos « candidats » arrivent un peu là comme un cheveu sur la soupe. Les chercheurs doivent leur accorder du temps, leur expliquer en quelques mots ce qui ne s’explique pas encore pour eux, vulgariser leur travail à l’extrême. Et certains d’entre eux n’en ont franchement pas envie. C’est peut-être ce point de détail qui donne au programme sa délicieuse saveur de reality show. Car à force d’efforts et de bonne volonté, les candidats finissent toujours par emporter la sympathie des équipes scientifiques.

Un reproche cependant : les épisodes ne durent que 26 minutes et les missions sont trop courtes (trois ou quatre jours sur le terrain) pour que le spectacle du lien humain, de l’intégration à l’équipe, de la tristesse de se quitter, semble vraiment authentique. Arte et Gédéon amènent sans conteste des idées nouvelles dans l’univers de la téléréalité mais cette démarche ne semble pas encore tout à fait assumée. Ne manquez pas en tout cas les Expéditions d’Arte. On vous aura prévenu : c’est super, mais personne n’est éliminé à la fin et il n’y a pas 150 000 euros à gagner comme dans Incroyable Talent. Marie Nossereau

Les Expéditions d’Arte, du dimanche 2 au jeudi 6 décembre à 20 h 15 et du lundi 10 au vendredi 21 décembre à 20 h 15.

Paru dans Regards n°46, décembre 2007

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