Accueil > Culture | Par Julia Moldoveanu | 12 novembre 2008

« Les mots de l’ombre »/ Lionel Richard

Lionel Richard, Terrain de manœuvres , Didier Devillez Editeur, Librairie Wallonie-Bruxelles, 46, rue Quincampoix, 75004, Paris, 01 42 71 58 03. 18 euros.

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Pour lire ce livre, prenez un coupe-papier : l’éditeur nous laisse ce plaisir révolu, cette infime mais agréable participation à sa fabrication. On coupe donc les pages pour frayer son chemin dans ce Terrain de manœuvres d’un poète qui nous avait déjà fait goûter à une Marchandise non dédouannée, il y a quelques années. Un poète que « l’oultretemps »  : pour employer ce mot exquis qu’il invente : a mûri, déçu, ravagé. Qui nous rappelle à quel point le poème est la crise permanente... « les mots de l’ombre déjà n’ont plus d’ailes/ pèsent de l’aigreur des souffles sans air » .

Exploration, invention, du surréalisme badin à la métaphysique sombre, le temps est à la pluie, le ton est fatigué, cela donne ces mélancoliques dépressions du vers qui nous happent, qui nous égarent : « à battre les toits s’éternisent les pluies/ charriant vers le cœur dans les veines leur lie » . Ou, ailleurs, « Par le silence premier qui m’habite encore/ s’évaporent les cristaux de mon désespoir » . Mais il ne s’arrête pas à ces langoureux constats verlainiens.
« séquestrés que nous sommes en la poussière/ malheur en soi ne nous sont fumée ni cendres »  : le champ s’ouvre vers d’autres angles de vue, camps et zones limite, « l’ombre de grilles aspirant au zénith » . « Je suis le retardé qui regarde en arrière/ pour un autre déluge sur la terre à l’envers » . Que voir ? « Silhouettes comme aux actualités d’hier/ sur un écran que l’oultretemps jaunit » . Par moments, un « poste d’observation » laisse dessiner, inscrites dans un cercle parfait, de sereins constats : « si ronde là-haut/ reluque la lune/ vraiment beaucoup trop ronde/ pour être vraie » .

Périodiquement, la narration envahit la page, des souvenirs en grosses lettres, la guerre, les parents, une géographie de l’enfance parsemée de tranchées, de champs de blé et de personnages familiers. Entre la prose du souvenir et la rime douloureuse de l’instant, un rythme se crée, qui satisfait la promesse du titre : trouver des marges de manœuvre dans un langage qui semblait avoir tout dit.

Julia Moldoveanu

Paru dans Regards n°56, novembre 2008

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