Accueil > Société | Par Rémi Douat | 11 avril 2012

Les nonosses du Figaro

À Saint-Nazaire, la police pratique la tolérance zéro voulue par Nicolas
Sarkozy. Reportage enamouré d’un fidèle journaliste du Figaro.

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« Voitures banalisées » au petit matin
dans la cité, « policiers des
stups
 », « gilet pare-balles » et
« Bud, molosse noir et feu, dressé
à l’attaque qui surveille les
abords
 ». Kevin, 25 ans, peut trembler dans son
HLM, d’ailleurs les policiers mentionnés plus
haut ne tarderont pas à lui passer les menottes.
Le décor est planté à la plume trempée dans la
testostérone. Alors que même la majorité présidentielle
regarde ses pompes et parle météo
ou recette du navarin d’agneau à la simple évocation
du bilan sécuritaire de Nicolas Sarkozy,
Christophe Cornevin, grand reporter au Figaro,
nous emmène à Saint-Nazaire, pays de la tolérance
zéro, un petit sarkoland où le courage de
quelques policiers a permis d’appliquer la doctrine
présidentielle sans faiblir. Sa prose virile a
le pouvoir d’une madeleine de Proust. À la lecture
du reportage, remonte en nous des effluves
de 2002, des remugles de kärcher, le fumet des
phrases guerrières : « Vous en avez assez de
cette bande de racaille ? Je vais vous en débarrasser

 », lançait sur la dalle d’Argenteuil un Nicolas
Sarkozy encore ministre de l’Intérieur. Un
quinquennat plus tard, comme en écho, le commandant
Jacky Morvan fait bégayer l’histoire :
« À Saint-Nazaire, on ne laisse rien passer »,
ânonne-t-il, « le calibre à la ceinture ». Avant de
poursuivre la lecture, on s’assure d’abord qu’il ne
s’agit pas d’une faute d’édition, d’un article qui
serait mystérieusement remonté des archives du
Figaro. Mais non, c’est du millésime 2012. Alors
quoi ? Tel Hibernatus, le journaliste a-t-il été
congelé comme un Eskimo, en léthargie depuis
2007, ignorant que malgré le torse bombé et les
avertissements belliqueux, les faits et méfaits ont
explosé : affaires Karachi et Woerth-Bettencourt,
évasion fiscale massive, curieux arbitrage en
faveur de Bernard Tapie dans l’affaire du Crédit
Lyonnais… l’insécurité cavale. Mais rien n’y fait.
Ivre d’admiration pour les cowboys qui l’ont promené
dans les cités chaudes de Saint-Nazaire,
le journaliste s’emballe. Alors que ce reportage
n’est peut-être même pas une commande ferme
de l’Élysée, Cornevin tresse une couronne de
laurier à la tolérance zéro. « Les résultats sont au
rendez-vous
 », écrit-il noir sur blanc. En guise de
preuve irréfutable, ce journaliste « spécialiste de
la police
 » (diantre !) propose une clownesque
analyse des chiffres qui fera sans aucun doute
rire sur les bancs de la fac de sociologie et
peut-être même en école de police. «  Le commissariat affiche un taux d’élucidation record
frisant les 44 % l’année dernière
 », s’extasie-t-
il (Bigre !) Et c’est le commandant couillu de
tout à l’heure qui sans le vouloir donne la clé
de ce « record » d’efficacité. « Le moindre fumeur
de shit est ramassé et il ne se passe pas
une semaine sans qu’un collégien soit convoqué
pour s’expliquer
 », explique-t-il sans rire.
Un élève de CM2 aura fait le lien : un gamin
qui fume un pétard surpris par un flic devient
une affaire élucidée, puisque le fait est constaté
et un visage est posé sur le délit. Un autre
élément confirme ce tour de passe-passe qui
permet de prendre le lecteur du Figaro pour
un gogo : « Les affaires de stups ont explosé de
392 %.
 » On comprend tout.

Mais ce n’est pas tout. Saint-Nazaire est un
chantier naval et la crise a vidé le carnet de
commande. Les ouvriers se retrouvent sur le
carreau et vont, ces vandales, jusqu’à manifester
leur colère. Et là, on se frotte les mirettes
 : « Nous devons gérer l’oisiveté des
gens qui n’arrivent plus à se projeter dans
l’avenir
 », brève-de-comptoirise le commissaire
du coin. Avant de poursuivre : « On
préfère les manifs du matin, parce que les
gars sont encore sobres…
 » Et un policier
de commenter les manifestations : « Parfois,
on fait tellement d’interpellations que nos
geôles de garde à vue n’y suffisent plus
. »
Voilà de quoi encore améliorer le taux d’élucidation.

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