Accueil > Société | Par Clémentine Autain | 1er mai 2004

Les politiques fort marris

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Débat cherche désespérément contradicteurs... L’idée d’ouvrir le mariage aux couples de même sexe ferait-elle consensus ? Si la réponse est à l’évidence non, force est de constater que les personnalités publiques ne se bousculent pas au portillon pour afficher leur hostilité ou clamer leur adhésion. Arrivé un peu comme un cheveu sur la soupe, comme si personne ne s’y attendait, le débat traîne curieusement des pieds. A gauche comme à droite, et parfois pour les mêmes raisons, les politiques se montrent fuyants. Des Verts et quelques communistes occupent le terrain, révélant le vide ailleurs : seul un Jack Lang pour contrarier le silence radio du PS et deux ou trois seconds couteaux à droite pour tenir la ligne « le mariage, c’est sacré » ). Les hostiles doivent avoir peur d’être taxés publiquement d’homophobes, à l’heure où la société avance contre les discriminations fondées sur l’orientation sexuelle, et d’être si vite ringardisés, à l’instar de ces pourfendeurs du Pacs qui reconnaissent aujourd’hui que « c’était une bonne mesure » . Les autres se taisent souvent par souci de ne pas contrarier une partie de l’électorat, jugée « pas prête » à une telle réforme. Courage, fuyons !

Le mutisme partagé a des fondements plus profonds. En réalité, ce qui n’est vraiment pas au clair dans chaque camp, et peut-être plus singulièrement encore à gauche, c’est la conception de la famille et du rôle de l’Etat. A l’instar des politiques familiales, qui ne ressemblent plus à rien sinon à un empilement de mesures de circonstances, souvent contradictoires, la question de l’ouverture du mariage déroute celles et ceux qui n’ont pas d’autres repères que les valeurs traditionnelles, d’autre boussole que l’ordre établi.

Le mariage, c’est historiquement le sacrement de la cellule de base de la société, la famille hétéro-patriarcale. Les bouleversements du siècle dernier, avec le mouvement d’émancipation des femmes, la reconnaissance : même partielle : de l’homosexualité et l’émergence de nouvelles formes de familles ne sont que partiellement assimilés. Le modèle traditionnel sert encore de référent, au détriment d’une nouvelle approche fondée sur les valeurs d’égalité et d’émancipation individuelle. C’est ainsi que fonctionne aujourd’hui un système à deux vitesses, avec le Pacs, ouvert aux couples de même sexe, et le mariage, qui offre des droits plus importants mais leur reste fermé. Au fond, l’ordre des sexes et des sexualités n’est pas bouleversé. Plus insidieux, de menus détails juridiques révèlent la difficulté à sortir des schémas ancestraux : l’âge légal pour se marier reste sexiste (18 ans pour les garçons, 15 ans pour les filles), l’obligation de fidélité figure toujours dans les textes, une prise de sang est encore nécessaire pour s’unir et vérifier notamment la compatibilité des groupes sanguins en vue de la procréation. Qu’on les appelle mariage, Pacs ou concubinage, les formes de l’union légale doivent être repensées. En chassant toute forme de discrimination pour assurer l’égalité des droits. En privilégiant toujours la liberté des modes de vie sur l’imposition d’un modèle dominant. C.A.

Paru dans Regards n°5, mai 2004

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