Accueil > Migrations | Reportage par Mathieu Dejean | 8 juin 2011

Les réfugiés tunisiens de la rue Botzaris ont été arrêtés

Pendant qu’un rassemblement de soutien aux migrants tunisiens avait lieu rue de Varenne à Paris le 7 juin à l’appel de la Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux rives (FTCR) et d’autres organisations, les réfugiés du 36 rue Botzaris étaient évacués par les forces de police. Ils ont été conduits au commissariat de la rue Riquet, où leur sort est en suspens.

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« Solidarité avec les jeunes migrants tunisiens. Régularisation », pouvait-on lire hier mardi 7 juin, à 18h, sur une large banderole déployée rue de Varenne à Paris. L’appel de soutien aux jeunes migrants tunisiens lancé par la FTCR – dont le président, Mohieddine Cherbib, était présent sur place – et signé par plusieurs associations, syndicats et partis politiques, n’a rassemblé qu’une soixantaine de personnes. Des soutiens du premier jour, des militants associatifs (Attac), syndicaux (Unef) et politiques (NPA, PG) levaient haut leurs drapeaux, comme pour compenser cette faible mobilisation et satisfaire la caméra d’un journaliste d’Al-Jazeera, sous le regard distrait des CRS.

Le lieu était stratégique : il s’agissait d’interpeller l’ambassade tunisienne, et surtout Matignon, situés à proximité, pour exiger le retrait de la circulaire Guéant du 6 avril 2011 et la régularisation des réfugiés tunisiens. Les autorités ont-elle utilisées ce rassemblement comme une diversion ? A 18h30 les soutiens présents sur place apprennent, médusés, que les réfugiés tunisiens du 36, rue Botzaris à Paris viennent d’être évacués par les forces de police.

« Tout était bien ficelé », déplore un militant venu au soutien rue Botzaris, peu de temps après l’évacuation. Difficile pourtant de savoir ce qui a pu permettre à la police d’investir cet ancien immeuble du RCD (le parti dissout de Ben Ali), qui, bénéficiant de l’extraterritorialité, était sous l’autorité du gouvernement transitoire tunisien.
Selon les personnes présentes, la veille, lundi 6, dans l’après-midi « trente-cinq nouveaux réfugiés tunisiens » seraient arrivés dans l’immeuble, en plus des quarante déjà présents. Beaucoup les décrivent comme « des gens violents  », dont la venue aurait déclenché une « panique » au sein des premiers locataires des lieux. A l’origine, selon eux, des associations tunisiennes décrites comme « humanitaires en façade seulement », et suspectées d’entretenir des relations avec des fidèles de Ben Ali et du RCD.

«  Avant il y avait moins de monde, donc moins de bruit », explique un homme, qui estime que « des voisins ont peut-être porté plainte » après l’arrivée des nouveaux-venus. Le fait est que le 7 juin au matin « les RG sont venus en force », et l’après-midi « douze fourgons » de police ont encerclé le bâtiment selon les soutiens. Les cinq derniers sont partis de la rue Botzaris à 19h45, laissant derrière eux une escouade de policiers pour s’assurer qu’il n’y aurait pas d’attroupement. « Y’a des taupes partout », conclut un homme, dépité.

Les Tunisiens ont été arrêtés et conduits au commissariat de la rue Riquet, dans le 19ème arrondissement. Selon un soutien – qui rapporte le témoignage de l’avocate Nawel Gafsia, spécialiste du droit des étrangers –, « on leur confisque leur titre de séjour italien, et on leur demande de prendre un billet de retour en Italie pour qu’on leur rende ».

Autour du commissariat, vers 20h, la rue Riquet était hier soir bouclée, sans doute pour empêcher toute manifestation de soutien. Même les habitants étaient contraints de faire le tour. Les policiers restaient muets sur le sort réservé aux Tunisiens tandis que du côté des soutiens, à Botzaris, on ne faisait pas preuve de davantage d’éloquence... Un silence pesant, seulement interrompu par les cris d’impuissance et d’indignation d’une femme : « Humiliant ! Dégradant ! ».

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