Accueil > Politique | Par | 1er janvier 2005

LES VERTS À VIF

C’était « historique », le congrès de la « maturité » : les Verts avaient enfin réussi à adopter une synthèse politique de leurs différents courants... Jusqu’à ce que cette belle unité se révèle pour ce qu’elle est : une façade, le parti écologiste étant incapable de se doter d’une direction. Analyse.

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C’est tous pour un et chacun pour soi » : voilà une définition de la politique, aussi cynique que détestable, que n’aurait pas reniée un Pierre Poujade. S’ils n’en ont certes pas l’apanage, il faut bien dire que les Verts frôlent régulièrement cette caricature. Le dernier congrès du parti écologiste, les 4 et 5 décembre derniers à Reims, en a donné un nouvel exemple, presque un cas d’école. Alors qu’une synthèse politique entre les quatre principaux courants avait été approuvée le premier jour, le second a vu le naturel des Verts revenir au grand galop : l’élection d’un nouveau collège exécutif a échoué, personne n’arrivant à se mettre d’accord sur le nom des futurs dirigeants. « D’un moment historique, puisque c’était la première fois qu’on arrivait à surmonter nos divisions, on est passé à un moment hystérique », ironise Antoine, un jeune militant désabusé. « C’est toujours le même scénario : dès que les enjeux de pouvoir se dessinent, plus personne ne veut rien lâcher. » Un constat admis par le parti lui-même : un audit de son fonctionnement, largement approuvé en interne, pointait récemment la dérive de « la promotion des personnes » au détriment du débat démocratique... L’élection du collège exécutif, et donc la désignation du secrétaire national , sont repoussées aux 14 et 15 janvier. Pourtant, ils étaient près de 92 % des 522 délégués réunis à Reims à approuver une même « motion de synthèse générale »... un score jamais atteint depuis la fondation des Verts à Clichy en 1984.

Révolution culturelle ?

Avec ses 25,4 % des délégués, Regain, décidément vert (RDV), l’aile « gauche » du parti emmenée par l’encore actuel secrétaire national Gilles Lemaire, avait réussi à s’entendre avec le pôle Ecolo, à savoir les environnementalistes de Guy Hascoët (19,8 %) et le petit dernier, Autonomie, ouverture et convergence (AOC) (17,4 %). Rassembler (35,82 %), l’aile plus « modérée » réunissant Dominique Voynet et Noël Mamère, avait même fini par se rallier... Les « grands » courants semblaient avoir réussi là où ils avaient longtemps échoué, notamment lors du précédent congrès à Nantes en 2002.

Consensus tiré au forceps

Certes, c’est aux forceps qu’un consensus s’était dégagé sur les grandes questions stratégiques : les rapports avec le Parti socialiste, la proportionnelle, la réaffirmation de l’autonomie du parti... De fait, cette montagne « historique » a accouché d’une souris. Les trois candidats présentés pour porter cette ligne politique au secrétariat national, Mireille Ferri, conseillère régionale d’Ile-de-France, de Rassembler, l’« environnementaliste » Guy Hascoët et Sergio Coronado d’AOC ont tous été retoqués. Ce dernier a beau asséner, sans rire : « Une synthèse sur les idées, c’était déjà une révolution culturelle ; une synthèse sur les personnes, c’est trop d’un seul coup », cette incapacité à réunir les 60 % des votes nécessaires à la désignation d’une nouvelle direction est édifiante. Et dévoile ce qui était véritablement en jeu. Bien plus que la base programmatique du parti, « de toute façon déjà adoptée l’an dernier », assure sa direction. Bien mieux qu’une plate-forme stratégique. Bien loin d’un quelconque accord de contenu politique... C’était bel et bien la conquête du pouvoir en interne qui faisait figure de priorité absolue. Au point que François de Rugy, maire-adjoint à Nantes, a dû reconnaître : « Nous avons fait semblant de nous entendre. » Ou que Dominique Voynet a fait dans la dentelle rhétorique pour déplorer les trop nombreux compromis nécessaires : « On est un peu comme ces bons bourgeois qui vont aux putes tous les soirs et à la messe le dimanche... »

Illusion d’optiques

Sur ses principaux points, en effet, cette synthèse ressemble fort à une illusion d’optiques : au pluriel : selon qui la regarde, elle ne dit pas la même chose aux uns et aux autres.

Ainsi sur l’instauration d’une dose de proportionnelle dans le scrutin législatif, qui a longtemps fait figure de principale pierre d’achoppement. Rassembler ne voulait, en aucun cas, en faire la condition à un « désistement » en faveur du candidat de la gauche au deuxième tour de la présidentielle de 2007... avant de s’y résoudre in extremis, rejoignant les trois autres courants qui y étaient d’emblée favorables. La formule adoptée : « La proportionnelle est pour les Verts une condition incontournable du soutien et de la création d’une dynamique en faveur du candidat de gauche », peut ainsi donner satisfaction à tout le monde... Tout étant dans le terme « incontournable ». Qui rappelle furieusement un « irrévocable » (1) dont on ne peut pas dire qu’il a servi la crédibilité politique du parti...

Intrinsèquement liés, les rapports avec le Parti socialiste paraissent à peine plus clairs. Si la motion finale a effectivement privilégié une ligne « mouvementiste », Gilles Lemaire fait preuve de volontarisme quand il y voit « clairement la réaffirmation de notre autonomie sur la base d’un affranchissement du PS ». Car il faudra bien compter avec l’axe Voynet-Mamère qui, à l’image d’un Denis Baupin, n’a de cesse de prôner un rapprochement avec la rue de Solférino.

Idem pour le bilan de Gilles Lemaire à la tête du parti. Acté comme « largement positif », c’est peu dire qu’une bonne partie des militants et dirigeants ne le considère pas tout à fait ainsi...

Mais c’est peut-être la non-discussion sur la Constitution européenne qui constitue le plus parfait paradigme de ce qui s’est véritablement joué à Reims. Parce qu’elle portait en son germe trop de facteurs de division, la direction a tout fait pour qu’elle ne devienne pas un enjeu du congrès. Et de repousser la position officielle du parti au 13 février, dans le cadre d’un référendum interne... Le 21 novembre dernier, un premier tour de scrutin avait pourtant eu lieu. « Pour un oui européen », présenté par Denis Baupin, avait été approuvé par 46,6 % des votants, 22,1 % s’y étant opposés, tandis que 31,2 % des militants préféraient s’abstenir... Les Verts, « parti européen sans ambiguïté », comme l’a dit Dominique Voynet ?

Origine contrôlée ?

Ex-ministre de Lionel Jospin, Guy Hascoët craint fort que ces différences d’analyse au sein du parti « n’empêche celui-ci de grandir, une fois de plus. Notre aile gauche et notre aile droite étaient soi-disant irréconciliables ? On vient de voir que lorsque l’intérêt supérieur du parti est en jeu, rien n’est impossible. C’est pourquoi je crois que le pôle Ecolo peut incarner un moyen terme entre ces sensibilités, en revenant aux fondamentaux qui nous unissent ».

Une analyse partagée par Sergio Coronado... mais qui voit plutôt son courant, AOC, représenter cette union : « Nous seuls sommes capables, non pas de faire charnière pour nous vendre au plus offrant, mais de faire synthèse pour incarner nos idées. » Gilles Lemaire confirme : « C’est parce que la synthèse porte, selon nous, le sceau de la gauche du parti que nous avons choisi de nous désister en soutenant AOC à l’élection du collège exécutif. »

En coulisses, il se dit aussi beaucoup qu’une candidature Coronado est « moins dangereuse, plus acceptable pour tout le monde dans la perspective de 2007 » que celle de Mireille Ferri ou de Guy Hascoët... ce qui a le don de mettre ce dernier en rage : « C’est la quatrième fois en quatre congrès que ce genre de courant réunissant des déçus de toutes parts se présente comme le sauveur désintéressé du parti... On a vu ce que cela a donné, ils ont tous disparu depuis. »

AOC, sauveur désintéressé ? Comme l’appellation d’origine contrôlée qu’évoque son sigle, une certaine pureté d’intentions y est en effet revendiquée, celle de « militants de province exaspérés par les guerres de chefs ». A l’instar de Sergio Coronado, assistant parlementaire de Noël Mamère pendant dix ans, ils sont nombreux dans son sillage à avoir quitté le député de la Gironde, n’acceptant pas son rapprochement avec Dominique Voynet et son « oui » proclamé au traité constitutionnel européen. Leur positionnement ? « Une écologie politique, d’intervention dans les grands débats de société, comme la lutte contre les OGM ou pour le mariage homosexuel. Cela sur la base d’une position exigeante vis-à-vis du PS. » Soit, pour le coup, la reprise des grandes lignes de la synthèse adoptée par le parti...

Choix idéologiques

En résumé, si les Verts devraient finir par élire leur direction, il leur reste à trancher sur leurs choix idéologiques. « L’écologie politique n’est pas réductible à la social-démocratie dont il faudrait verdir le programme, ni à une composante de l’extrême gauche partidaire », affirme la motion de synthèse. Le « paradigme écologiste » qui saura articuler « l’environnemental, le social et le sociétal » reste encore à trouver...

Cyril Lozano

1. C’est ainsi qu’en 2002, Noël Mamère avait qualifié sa décision de ne pas se présenter à l’élection présidentielle... avant de se présenter.

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