Accueil > Politique | Par Emmanuel Riondé | 6 novembre 2012

Longuet, figure de proue de la gentille droite filloniste

Au banquet de la nostalgie coloniale, l’Algérie fait un malheur. Avec une stèle à venir pour le para tortionnaire Bigeard et Gérard Longuet qui régale en laissant échapper des petits renvois d’Occident. La droite française est en grande forme.

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On était passé tout près lors de son bref passage à la tête du ministère de la Défense (février 2011-mai 2012). Mais finalement Gérard Longuet avait dû renoncer à transférer les cendres de Marcel Bigeard (1916 - 2010) aux Invalides. Sous la pression, notamment de 10 000 pétitionnaires refusant de voir l’ancien général, résistant et “héros” de Dien Bien Phu, mais surtout maître d’œuvre de la bataille d’Alger et à ce titre coordinateur de l’usage systématique de la torture sur les résistants algériens, honoré par la République.

Un renoncement dont on imagine qu’il n’avait pas plu à Gérard Longuet. Il n’y qu’à voir la fiche Wikipédia du bonhomme, scrupuleusement tenue à jour, pour comprendre à quel point l’ancien président du Conseil Régional de Lorraine doit tenir en haute estime un personnage comme Bigeard. On y apprend notamment (ou on s’y rappelle) que cet ancien d’Occident, du GUD et d’Ordre nouveau a rédigé le programme économique du Front national en 1972. Qu’il fit gentiment remarquer en 2010 que Malek Boutih n’appartenait pas au « corps français traditionnel ». Et que ce responsable politique opposé au mariage gay n’a pas hésité par le passé à établir un lien entre homosexualité et pédophilie.

Dans la campagne en cours à l’UMP pour la désignation du prochain patron, Gérard Longuet a rejoint le camp de François Fillon. Ce dernier étant présenté comme le leader d’une droite bien plus soft que celle incarnée par son adversaire Jean-François Copé, on se dit donc que là, vraiment, on est dans la nuance très très très fine... Prenons par exemple, au hasard, la question de l’Algérie. Et bien, sur ce sujet, un autre soutien actif de François Fillon, le maire de Nice Christian Estrosi a récemment déclaré qu’il n’avait pas « à faire de devoir de repentance à l’égard de l’œuvre civilisatrice de la France avant 1962 ». C’était le 23 octobre sur LCI. Soit une semaine pile avant que son donc désormais camarade filloniste Gérard Longuet ne gratifie, lui, les téléspectateurs de Public Sénat d’un ample et franc bras d’honneur.

Salué un peu plus tard par Gilbert Collard et Marine Le Pen, ce geste d’humeur « bien connu des français » comme l’a fait remarquer son auteur, n’était pas en lien avec la dernière question posée au cours de l’émission à propos du mariage homo. A cette dernière, Longuet avait simplement répondu en substance que les maires devraient bien avoir le droit d’activer une clause de conscience s’ils ne souhaitent pas marier des personnes de même sexe.
Non, ce bras d’honneur, a expliqué Longuet, était en fait une réaction à l’évocation, hors antenne, de la récente demande faite par l’Algérie d’« une reconnaissance franche des crimes perpétrés à leur encontre par le colonialisme français ». Et ça, Gérard n’a pas aimé du tout. Il l’a d’ailleurs dit quelque jours plus tard à l’Express : « la France n’a pas à avoir honte de sa présence en Algérie pendant la colonisation, en tout cas c’est ma conviction. »

Il peut se réjouir : l’un des acteurs majeurs de la présence française en Algérie « pendant la colonisation », Marcel Bigeard donc, devrait bientôt être honoré par son successeur socialiste au ministère de la Défense, Jean Yves Le Drian. Le 20 novembre à Fréjus, 5 mois après celle inaugurée le 29 juin dernier à Carcassonne, une stèle doit en effet être érigée à la mémoire de celui dont l’Association nationale des pieds noirs progressistes et leurs amis (ANPNPA) rappelle dans un communiqué qu’il demeure « aux yeux de tous les démocrates (...) l’apôtre et le praticien de la torture systématisée et de l’assassinat dans les caves obscures de la villa Sésini à Alger, le sinistre inventeur des “crevettes bigeard” lâchées d’hélicoptère les pieds scellés dans un bloc de ciment et dont les cadavres échouaient sur les plages de l’Algérois, le tortionnaire qui jamais ne reconnu ni ne regretta ses crimes, de la “disparition” de Maurice Audin à la pendaison de Larbi Ben M’Hidi et au meurtre de milliers d’autres algériens luttant pour l’indépendance de leur pays ».
Un "héros" français, en somme qu’il est grand temps d’honorer. Sinon, Gérard ça va le mettre en colère et il va encore venir mouliner des bras d’honneur sur tous les plateaux télé. Et ça lui laissera pas le temps d’aller signer ça.

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