Accueil > Idées | Par Jackie Viruega | 1er juillet 2000

Ma langue mon pays

S l’on avait pu oublier que la France, vieil Etat centralisé, se compose de régions, et que cela ne va pas forcément de soi, l’attentat de Quévert l’a tragiquement rappelé. Rejeté par les Bretons, cet avatar d’une certaine "bretonitude" séparatiste trahit autant la culture bretonne que les poseurs de bombes de l’île de Beauté desservent la culture et la langue corses.Mais, objectera-t-on, tout le monde est convaincu qu’il faut préserver les langues régionales ! C’est à voir. Le 7 mai 1999, la France signe la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires. Le 16 mai, le Conseil constitutionnel, saisi par le président de la République, rend son verdict : le préambule et l’article 7 de la Charte sont contraires à la Constitution, dont Jacques Chirac refuse la révision. On en est là.

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Les juges de la rue Montpensier ont estimé que la Charte, en conférant "des droits spécifiques à des groupes de locuteurs de langues régionales ou minoritaires [...] à l’intérieur de territoires", contredit les principes d’indivisibilité de la République et d’égalité devant la loi. Ils visent précisément le droit à pratiquer une langue autre que le français, non seulement dans la vie privée (ce qui n’a jamais posé problème) mais aussi dans la vie publique (par exemple pour les démarches administratives, sans que cela devienne une obligation).

Une reconnaissance statutaire des langues régionales semble à beaucoup : souvent sincèrement patriotes : une menace à plusieurs titres : mise en cause de la conception républicaine de la nation ; porte ouverte à une Europe fédéraliste ; chausse-trappes pour le français, une des rares langues nationales qui résistent peu ou prou à l’hégémonie de l’anglais. Mais d’une part, si la francophonie se vit comme un bastion face à "l’agression" anglophone, son avenir est compté ; d’autre part, ne pas reconnaître les langues minoritaires revient à un déni de justice, porteur de conflits : leurs locuteurs se radicaliseront s’ils se sentent méprisés. D’ailleurs, en quoi le multilinguisme, atout culturel, peut-il affaiblir le "pacte républicain" ? Une France qui valorise à la fois sa langue commune et ses langues particulières reste une nation politique cohérente ; elle est seulement plus soucieuse de sa diversité.

Les auteurs de ce dossier sur les langues régionales n’entrevoient qu’une solution, qu’on peut résumer en un slogan : "sortir du monolinguisme français". Autrement dit, défendre le français dans le monde en défendant les langues régionales en France. Et en apprenant les langues étrangères !

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