Accueil > Politique | Par Marc Endeweld | 9 mai 2011

Mai 2012 : Le PS a gagné, la vie va changer ?

Le Parti Socialiste appelle à un « changement
 » pour 2012, mais aura-t-il
les moyens de son ambition ? Petite
revue détaillée des écueils en perspective…
sous forme de politique fiction.

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Evidemment, tout dépendra du président de
la République installé à l’Elysée. Dominique
Strauss-Kahn, François Hollande ou Martine
Aubry ? Chacun a sa personnalité, son parcours.
Et durant la campagne présidentielle, chacun
aura ses priorités, son projet. Comme Mitterrand
en 1981 avec ses « 110 propositions pour la
France ». Mais finalement, ne se retrouvent-ils
pas sur l’essentiel ? Un an avant leur accession
au pouvoir en 2012, n’avaient-ils pas le même
mot d’ordre ? Le programme avant tout, disaient-ils.
Prudents, ils prévenaient déjà leurs futurs
électeurs : « tout ne sera pas fait », déclarait ainsi
Martine Aubry sur France 2, « mais ce qui sera
fait
 », le sera sérieusement. Au même moment,
François Hollande se joignait au concert en déclarant
que sa priorité serait la diminution de la dette publique…

Conjurer le sort

Mais en avril 2011, Martine Aubry semblait heureuse
devant les journalistes qui piaffaient d’impatience.
Enfin ! Elle pouvait jouer son rôle de
première secrétaire, fixer le cap. Au moins, en avoir l’air. Derrière son pupitre, une injonction,
« le changement », était inscrite en lettres rouges.
Cela rappelle à certains « Changer la vie », le titre
du programme commun en 1972… Il y a quarante
ans. Mais Martine, elle, aurait préféré que
le programme de 2012 s’intitule « L’avenir aime la
France ». Comme pour mieux conjurer le sort qui
attend les socialistes ? Car dans ce programme,
on trouve bien peu de propositions avec des
objectifs précis. Seul Arnaud Montebourg déclamait
encore vouloir proposer une candidature de
« transformation », et non de « gestion ».

Le Fabius 2012

Alors quand le nouveau gouvernement s’installe
quelques jours après les élections de 2012, de
nombreux débats restent à trancher… A sa tête,
on trouve… Laurent Fabius. Nomination logique,
puisqu’il fut le principal soutien de Martine Aubry
à la direction du PS, stratégie qui lui permettait
en réalité de protéger son poulain Dominique
Strauss-Kahn, avant que ce dernier ne fasse son
come-back de Washington. Fabius qui n’avait
en fait qu’un objectif : écraser Ségolène Royal
et François Hollande. Sacrée ironie de l’histoire
pour celui qui fut le plus jeune Premier ministre
de toute la Ve République, et qui géra d’une main
de fer le fameux tournant de la rigueur…

Certains se rassuraient déjà en expliquant que
le Fabius de 2012 n’était plus celui des années
fric. Le bonhomme n’avait-il pas appelé à voter
« Non » au référendum en 2005 ? N’avait-il pas
fait son autocritique à l’égard des politiques néolibérales
qu’il avait lui-même mises en place ?

Lors de sa prise de fonction, bien peu de journalistes
évoquent le sujet… Car l’heure est aux
symboles : la première décision du nouveau gouvernement
socialiste est d’accorder le mariage
et l’adoption aux couples homosexuel(le)s. Les
médias adorent. L’occasion pour eux de faire des
reportages… hors normes ! A part les députés
Boutin et Vanneste, la droite décide de faire profil
bas. Treize ans après le Pacs, les traditionalistes
catholiques sont marginalisés dans le discours
public. Certains au PS se disent que cela n’était
pas si difficile finalement.

Autre décision symbolique qui provoque un peu
plus de remous : le fait de limiter l’écart maximal
des salaires de 1 à 20 dans les entreprises dont
l’Etat est actionnaire. L’un des patrons les plus
emblématiques, celui de Renault-Nissan, Carlos
Ghosn, voyant son salaire divisé par deux,
préfère claquer la porte, au moment même où
la crise mondiale de l’automobile repart de plus
belle… La polémique enfle dès les premiers
jours de l’été. Le Medef passe à l’offensive.
Résultat, le gouvernement marche déjà sur des
oeufs pour mettre en place le renchérissement
du coût des « licenciements boursiers » (en pénalisant
les entreprises qui licencient alors
qu’elles distribuent de larges dividendes). Bien
sûr, les syndicats, y compris la CFDT, montent
au créneau pour que cette promesse soit effectivement
mise en place.

Ces premières polémiques augurent mal des discussions
suivantes concernant les mesures les
plus « sociales » du programme : création d’une
banque publique d’investissement, encadrement
des loyers, modularité de l’impôt sur les sociétés,
TVA écomodulable… Au cours de l’été, les discussions
sont bien enclenchées dans les différents
ministères, mais dix ans de droite au sein de la
haute administration d’Etat aura laissé des traces :
les jeunes énarques n’ont toujours pas changé
de « logiciel ». Strauss-Kahn reste confiant – il les
connaît bien ces technocrates –, lui qui expliquait
en avril 2011, quand il était encore au FMI, que la
crise plaidait pour « davantage d’Etat ».

Dans l’immédiat, le gouvernement décide dès
2012 de lancer 150 000 emplois d’avenir (sur les
300 000 prévus), permettant de relancer un peu la
consommation du côté des classes moyennes, et
d’apporter un peu d’espoir à une jeunesse chauffée
à blanc par la crise et ayant largement voté
Marine Le Pen. Une jeunesse déclarée « grande
cause nationale ». Le gouvernement décide aussi
la construction de 150 000 logements sociaux
d’ici la fin de l’année ! Mais une incertitude demeure
sur les bénéficiaires : les plus pauvres ou
les classes moyennes ? Car en 2010, 130 000 logements
sociaux construits étaient en fait destinés
à ces dernières…

Cadrage et sacrifices

Peu importe, cela fait deux mesures fortes à présenter
aux Français, et faciles à déclamer dans les
médias. Pourtant, l’heure est à l’orthodoxie budgétaire.
François Hollande avait prévenu. Pas question
de faire croire aux Français que le PS est là
pour ouvrir grand les vannes de la redistribution.
D’autant que l’Etat doit financer dès cette année
1 000 postes de gendarmes et de policiers (sur
les 10 000 prévus). La première priorité des socialistes
est donc le désendettement de la France,
alors que les spécialistes prévoient une croissance
d’à peine 2 %… C’est sûr, pour le PS, le « cadrage
budgétaire » implique des sacrifices.

Contrairement à 1981 donc, le gouvernement
arrive dès 2012 avec le souci d’impulser une politique
de rigueur au plus haut niveau de l’appareil
d’Etat. Pas très sexy, mais efficace à moyen terme
pensent-ils. Les jeunes justement commencent
à trouver le temps long. Au sein des universités,
les syndicats étudiants de gauche, à part la très
socialiste Unef, commencent à se mobiliser pour
réclamer l’instauration rapide d’une allocation
d’autonomie. Alors qu’aucun « plan Marshall » n’est
prévu pour les banlieues, et que les blocages démocratiques
de la Ve République ne font nullement
débat au PS (à part encore une fois Montebourg
qui s’égosille), les voitures se remettent à brûler
dans certains quartiers populaires à l’approche
des fêtes de fin d’année.

Une impasse de taille

De même, du côté des mal logés et des sansabris,
les premiers froids mettent de nouveau les
associations dans la rue : elles réclament l’application
effective du droit au logement opposable,
alors que rien n’est prévu dans le programme
socialiste à ce sujet. En région parisienne et dans
les grandes villes, les prix de l’immobilier repartent
à la hausse alors que les premières discussions
s’enclenchent à peine sur l’encadrement des
loyers. Et pas question pour le PS de remettre en
cause la spéculation immobilière. D’autant qu’un
autre dossier de fond est sur la table : celui de
la fiscalité avec le projet de fusion de l’impôt sur
le revenu pour les personnes physiques avec la
contribution sociale généralisée (CSG). Alors,
devant ce chantier qui s’annonce pharaonique,
les socialistes font une impasse de taille en renonçant
à revoir les taxes sur le patrimoine, comme
l’ISF ou les droits de succession.

Mais pour le moment, le principal souci de Laurent
Fabius est de relancer la machine économique. Sa
marge de manoeuvre reste pourtant extrêmement
faible. Le Premier ministre français tente, avec
difficultés, de convaincre nos voisins d’instaurer
un protectionnisme européen en augmentant les
droits de douane sur les produits provenant de
pays ne respectant pas les normes sociales
et environnementales. Là encore, l’incertitude
règne : si les amis européens refusent, le gouvernement
socialiste décidera-t-il de passer outre ?

Déception…

En attendant, la nouvelle croissance n’est toujours
pas là. On recherche désespérément toute
ébauche de planification écologique dans les
premières orientations du gouvernement. La sortie
du nucléaire envenime les relations entre les
écologistes et le PS : faut-il sortir tout de suite
du nucléaire ou attendre encore un peu alors
que les prix des matières premières et du pétrole
flambent ? Autre domaine de frustration : l’Education
nationale. Chez les profs, la déception
s’exprime devant le manque de moyens alloués
par l’Etat. Le mouvement social tente également
de relancer un grand débat sur les retraites…
Mais il est peu suivi. Les télés, TF1 en tête, toujours
aux mains de Bouygues, continuent leur
travail de sape comme si de rien n’était…

De leur côté, les sans-papiers se remettent en
grève, et occupent de nouveau des lieux symboliques
devant les caméras, alors que le gouvernement
hésite à leur accorder une régularisation
massive. Le programme ne prévoyait-il pas
le renforcement de « la lutte contre les entrées
illégales » ? Au même moment, la présidence
s’embourbe sur le dossier méditerranéen et les
suites du printemps arabe… ! Mais tout cela ne
peut être qu’un mauvais rêve.

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