Accueil > Société | Par Samuel Lehoux | 18 décembre 2008

Menaces sur l’assurance chômage

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Une nouvelle fois, la renégociation de l’assurance chômage suscite beaucoup d’inquiétude, voire un profond énervement. Comme en atteste le succès de la manifestation parisienne du 16 décembre, organisée par de nombreuses organisations associatives et syndicales pour faire pression sur ces négociations. Malgré un froid saisissant, plusieurs milliers de personnes de sont rassemblées aux abords du siège du Medef, sérieusement protégé par les gendarmes mobiles. Cette après-midi là s’y tenait une séance de travail cruciale entre les principales confédérations syndicales et le Medef. Une fois le cortège des intermittents arrivé sur les lieux, le rassemblement compte 3 à 4000 personnes en rangs bien serrés, déterminés à faire le plus de bruit possible, afin d’être entendues jusqu’au sein de l’institution patronale. Comme l’affirme Daniel Couy, un des porte-paroles de l’APEIS (Association pour l’emploi, l’information et la solidarité des chômeurs et travailleurs précaires), le but est de « faire pression pour qu’il n’y ait pas de signatures des syndicats dans le cadre de ces négociations » . Drôle de négociations d’ailleurs. La plupart des dispositions qui devraient sortir de cette journée de travail au siège du Medef sont d’ores et déjà connues de tous. « Les droits des chômeurs, comme la durée et le montant des indemnisations, seront réduits » , s’inquiète Daniel Couy.

INTERMITTENTS SUR LE PIED DE GUERRE

Les intermittents, eux, sont « venus encore plus nombreux que d’habitude » , « l’épée de Damoclès planant à nouveau au-dessus de nos têtes » , selon Stéphane Liger, de Sud Culture spectacle, après le mouvement d’ampleur de 2003 qui avait permis de faire reculer, un temps seulement, la réforme de leur indemnisation. Les annexes 8 et 10 des conventions collectives « plus ou moins adaptées aux professionnels du spectacle » sont en effet « menacées d’être supprimées » , précise-t-il . Autrement dit, « la fin d’un statut spécifique qui [leur] permettait d’alterner les emplois souvent courts dans le monde du spectacle et les périodes d’inactivités professionnelles » . Pour Cathy Ménard, technicienne exerçant à Orléans et syndiquée à Sud Culture, le « rattachement au régime général interprofessionnel et la menace d’une filière unique pour tous les travailleurs est encore pire que les réductions des droits » . Bref, les intermittents sont plus que jamais sur le pied de guerre...

« BIENVENUE DANS L’ÈRE DE LA PRÉCARITÉ »

Tout comme Anita Medendez, petite dame pleine d’énergie et de détermination, qui a fait le déplacement en car, avec des chômeurs et travailleurs du port autonome du Havre et d’entreprises de la région, pour se mobiliser face aux « enjeux déterminants que sont ces négociations » . « En cette période de crise économique, dont on en voit déjà les effets chez les sous-traitants installés autour de Renault Sandouville » (1), explique-t-elle, « les réductions des droits des chômeurs concernent tout le monde » . Parmi les havrais sont présents des travailleurs de l’équipementier Plastic Omnium, sous-traitant de Renault, qui devrait fermer d’ici quelques semaines. « Dans la situation actuelle » , la nouvelle convention de l’Unedic -l’organisme qui gère l’assurance chômage- risque « d’enfoncer encore plus les Français » , poursuit Anita Medendez. Celle-ci, également déléguée syndicale CGT du département de la Seine Maritime proclame alors avec emphase : « Sarkozy n’a pas mis tout le monde au travail, comme il le prétend, mais tout le monde dans la misère ! » . Une phrase qui trouve son écho dans la manifestation sur une pancarte libellée « bienvenue dans l’ère de la précarité » . D’autres manifestants proclament la nécessité d’une grève générale et reprennent le principal slogan des derniers mouvements grecs et italiens : « nous ne paierons pas votre crise » . Le Medef est lui fustigé de toutes parts, à l’image de cette banderole sur laquelle on peut lire « Medef : mouvement d’ultra droite terroriste » . L’institution patronale a tendance en effet à imposer des critères durcissant les conditions pour les chômeurs et les travailleurs précaires dans le cadre de ces renégociations.

DES NÉGOCIATIONS LOIN D’ÊTRE DÉFINITIVES

Le nouveau dispositif de l’assurance chômage devrait être finalisé le 23 décembre, lors d’une ultime réunion de négociation. Á moins que cette grosse mobilisation des intermittents, chômeurs et précaires ne fasse reculer le processus, comme le prévoit de nombreux manifestants. Le Medef a déjà renoncé récemment à une baisse des cotisations patronales à l’assurance chômage. N’oublions pas non plus que les personnels des ANPE sont farouchement opposés à la fusion, applicable en pour janvier 2009, de l’agence pour l’emploi avec l’Unédic en un « Pole emploi » . Présents également à cette manifestation, ils dénoncent notamment la mise en place de l’offre raisonnable d’emploi, la diminution du service proposé aux chômeurs en termes d’orientation et de formation, et refusent de se transformer en une « police des chômeurs » , comme il est écrit sur une banderole de la CGT-ANPE. Dans ce climat d’hostilité, le gouvernement semble en mauvaise posture. D’autant plus avec l’annonce de la journée nationale de mobilisation interprofessionnelle appelée par tous les syndicats pour défendre l’emploi, la protection sociale et contre la précarité, prévue le 29 janvier prochain.

S.L.

(1) Usine de la même région sérieusement menacée.

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