Accueil > Société | Par Roger Martelli | 2 octobre 2012

Mort de l’historien anglais Eric Hobsbawm

Un hommage de Roger Martelli

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Eric Hobsbawm (1907-2012). Hobsbawm faisait partie de la petite tribu des historiens « monumentaux ». Par ses racines, cet homme était à ce point métis qu’il ne pouvait que toucher à l’universalité. D’Alexandrie à Londres, en passant par Vienne et Berlin, d’origine juive et ayant baigné dans la culture de la Mitteleuropa, marxiste, communiste depuis longtemps hétérodoxe, cet homme hors norme a parcouru de son regard les siècles et les continents. Il aimait avant tout ce que l’historien français Pierre Vilar appelait l’histoire totale, à la fois économique, sociale politique et culturelle, à la fois en haut et en bas, collective et individuelle.

Il commença à s’intéresser aux révoltés des temps anciens, puis aux mouvements majoritaires des nationalismes. Il affectionnait en même temps les vastes synthèses, érudites et puissantes, comme les historiens anglo-saxons savent s’y risquer. Les trois volumes de L’Ère du capital, de L’Ère des empires et de L’Age des extrêmes balaient allègrement plus de deux siècles, sans que l’on ait, à aucun instant, l’impression d’un survol factice et pressé.

Le dernier des trois, consacré au « court XXe siècle », faillit ne jamais paraître en France. Il est vrai que l’analyse qu’il faisait du communisme, bien que lucide et sévère, n’allait pas vers les simplifications et les condamnations à l’emporte-pièce telles que les imposaient alors François Furet ou Stéphane Courtois. Son antistalinisme structurel n’a jamais conduit Hobsbawn à renoncer à cette vieille propension qui lui interdisait d’accepter comme une fatalité le monde tel qu’il est. Il fallut donc le courage des éditions Complexe et du Monde diplomatique pour que le public français dispose, cinq ans plus tard, les pages passionnantes de l’historien britannique.

Il n’est pas facile d’être une icône ; celle-là nous laisse une œuvre. Peu nombreuses sont les personnalités de cet acabit.

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