Accueil > Culture | Chronique par Bernard Hasquenoph | 17 septembre 2012

Musées sous objectif

CULTURE PARK, la chronique de Bernard Hasquenoph - louvrepourtous.fr

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Prendre des photos dans un musée : le sujet peut paraître
anecdotique et la pratique énervante quand une foule mitraille un
même chef-d’oeuvre, rendant impossible le face-à-face intime avec
celui-ci. Mais qu’est-ce qui est ici le plus gênant ? Les photographes
amateurs ou l’affluence mal gérée ?

En ce début de xxie siècle, photographier ou filmer est devenu un
geste – facilité par la variété des supports (appareil photo, téléphone
portable, tablette numérique) – aussi naturel que respirer. Les visiteurs
de musée ont suivi le mouvement. L’objectif, loin de remplacer le
regard, pour beaucoup le prolonge et l’accompagne. Le stéréotype
du touriste photographe compulsif, forcément étranger, est réducteur.
Il y a en effet mille raisons de s’adonner à ce plaisir : isoler un détail,
avoir à sa disposition un aide-mémoire de travail, conserver la trace
d’une ambiance, observer les visiteurs, faire acte de création…Sans
oublier les étranges rituels d’appropriation, comme celui qui consiste
à poser devant une oeuvre, seul ou en couple, ou à mimer par jeu les
postures figurées sur la toile. Pourquoi s’en moquer ? Y aurait-il une
bonne et de mauvaises façons de vivre le musée ?

Il demeure légitime d’interdire le flash, non pour sa nocivité qui
est une légende, mais pour le confort visuel de tous. En revanche,
prohiber l’usage de l’appareil photo comme le fait le musée d’Orsay à
Paris depuis 2010, sous prétexte qu’il ralentirait les flux, est à contrecourant.
Un mouvement de résistance baptisé OrsayCommons
est né sur Internet, puis un groupe de réflexion s’est constitué au
ministère de la Culture. Combien d’autres établissements ont, au
contraire, compris le bénéfice à tirer de cette pratique généralisée ?
Les concours de photo fleurissent, rapprochant le visiteur de
l’institution et le rendant acteur de sa visite.

Cet été, la chanteuse colombienne Shakira, de passage à Paris, s’est
rendue au musée d’Orsay. Elle y a « volé » une photo d’elle posant
devant l’Olympia de Manet. Un instant d’émotion artistique qu’elle a
partagé avec ses 53 millions de fans sur Facebook. Le lendemain,
l’image avait suscité 250 000 « j’aime », 7 500 partages et 12 000
commentaires. Quel musée serait assez fou pour refuser une telle
publicité ? La soirée diapos entre amis d’autrefois a laissé place au
partage interplanétaire via les réseaux sociaux. Et si c’était aussi ça,
la démocratisation ?

Sur Facebook : groupe OrsayCommons

Portfolio

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