Accueil > Migrations | Entretien par Alicia Bourabaâ | 6 mars 2012

Nicolas Ferran : face à la « police des sentiments »

Annulations de mariage, arrestations,
expulsions… À travers le récit poignant
de treize couples, Nicolas Ferran, initiateur
du mouvement « Les amoureux au
ban public » dénonce dans ce premier
documentaire militant la « chasse aux mariages
gris » dont sont victimes, au nom
d’une politique d’immigration restrictive,
les couples franco étrangers.

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Regards.fr : En 2010, Éric Besson, ministre de l’Immigration
et de l’Identité nationale dénonçait
l’« escroquerie sentimentale » et imposait
dans le débat public la « problématique »
des mariages gris. Cette stigmatisation des
couples mixtes existait-elle en ces termes
auparavant ?

Nicolas Ferran : C’est au début des années 1990 avec les premières
lois Pasqua que le « spectre des mariages
gris » a fait irruption dans le débat public.
Petit à petit, le discours s’est accompagné de
pratiques administratives de suspicions systématiques
à l’encontre de ces couples franco
étrangers.
Ce qui est plus récent, c’est cette instrumentalisation
du « discours de la fraude ». Depuis
les années 2000, on constate un durcissement
de la loi concernant les résidents étrangers au
nom justement de cette fraude dont les Français
seraient victimes.

Regards.fr : En quoi ce discours des autorités diffère-t-il
de celui sur le mariage blanc ?

Nicolas Ferran : On est passé du mariage blanc, fausse union
consentie par les deux parties, au mariage gris
où l’étranger abuserait des sentiments d’un
Français pour obtenir des papiers. D’où l’expression
« escroquerie sentimentale ». Le discours
est malin ; l’État se pose en défenseur des Français.
Il veut les défendre des escrocs, et pour
se faire a érigé une véritable « police des sentiments
 » pour leur prouver qu’ils se font abuser
par leur conjoint. L’offensive du gouvernement
est compréhensive, le mariage mixte, c’est un
peu la faille de la politique d’immigration du quinquennat
de Sarkozy, c’est pour cela qu’il est visé.

Regards.fr : Combien de couples sont aujourd’hui victimes
de cette « chasse aux mariages gris » ?

Nicolas Ferran : Difficile d’estimer le nombre de victimes. Naturellement,
les individus issus du continent africain
sont plus touchés que les autres. Mais tous
les couples sont concernés par la précarisation
des conditions de vie due, entre autres, à la
réduction des titres de séjour. À ceci s’ajoute
les craintes quotidiennes d’une expulsion, la difficulté
des couples à se projeter. Ils doivent se battre pour conserver leur relation intacte.

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