Accueil > N°64 -septembre 2009 | Par Delphine Dauvergne | 24 septembre 2009

Nicolas Galepides : « le référendum comme un vote contestataire »

Après être allé présenter le projet de référendum populaire du Comité national contre la privatisation de La Poste aux partis politiques, Nicolas Galepides, membre du conseil d’administration de La Poste (SUD-PTT), démarche les mairies pour les persuader d’organiser cette consultation.

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Le référendum populaire est-il le meilleur moyen d’action contre la réforme de La Poste ?

Nicolas Galepides. Ce qui peut le plus contrarier le gouvernement, c’est une grève illimitée des postiers. La vraie grève. Les sacs qui s’empilent, plus de courrier. Surtout maintenant dans le contexte de crise... En Grande-Bretagne quand il y a des grèves importantes à Royal Mail, les concurrents reprennent un peu, mais c’est très anecdotique ce qu’ils font. Ici il n’y aurait rien. Personne n’est capable de remplacer La Poste au pied levé sur une grève illimitée d’une semaine. Dans le passé, pendant les grandes grèves, l’armée pouvait intervenir, mais les militaires ne vont pas trier le courrier, ils vont se contenter de le transporter. La deuxième chose qui peut permettre de contrarier cette réforme, c’est d’arriver à construire un mouvement large qui dit qu’on ne veut pas de cette privatisation et que l’on s’en souviendra aux prochaines élections. Alors la pression ne s’exerce pas tant sur le président de la République, ni sur l’UMP. Elle se dirige sur les élus, parce que ce sont eux qui sont en train de vendre La Poste ou qui ne combattent pas le projet. Et cela retombera sur eux.

Est-ce que la privatisation de La Poste changera quelque chose pour le statut des salariés ?

N. G. A La Poste, la moitié des salariés sont en CDI et soumis à une convention collective. L’autre moitié sont fonctionnaires de l’Etat. Un fonctionnaire d’Etat obéit au président de La Poste mais peut demander sa mutation dans la police, dans les corps de fonctionnaires de l’Etat... Aujourd’hui, il n’y a plus de recrutement de fonctionnaires. De nouvelles règles sur la mobilité des fonctionnaires rendent possibles de supprimer le poste d’un fonctionnaire et de lui imposer trois propositions. La plupart du temps, ces postes sont situés à environ 30 à 50 km autour de chez lui, mais ce n’est pas obligatoirement à fonction équivalente. Évidemment en voyant le marché du travail aujourd’hui, les salariés acceptent. On assiste là à des dégradations de la sécurité de l’emploi que garantissait le statut du fonctionnaire. Sans être corporatiste, les avancées sociales obtenues dans ce statut devraient plutôt être étendues à tous, qu’à rogner continuellement dessus.

Il y a environ 140000 salariés à La Poste. Aucun licenciement n’a eu lieu suite à un plan social à La Poste. On est dans une boîte où le levier, ce qu’on appelle la variable d’ajustement, c’est le personnel. Alors il y a eu un immense effet levier en 2005, il y a 48000 départs qui n’ont pas été remplacés, déjà c’est énorme, mais là pour la première fois au premier semestre le nombre de salariés a baissé. Cela veut dire qu’il y a eu des démissions, des licenciements, ou encore comme c’est le cas en ce moment, on propose un accord de grès à grès où en échange de sa démission, le salarié part avec une indemnité de départ de 10000 euros.

A votre avis, quelles sont les alternatives pour que La Poste pallie à son déficit ?

N. G. La Poste était propriétaire de l’entreprise Europe AirPost grâce à laquelle, toutes les nuits, 15 avions décollaient pour envoyer le courrier. Cette compagnie acheminait le courrier par avion la semaine et se transformait le week-end en compagnie de charters. Très bénéficiaire. Elle a été vendue pour remplacer les avions par des TGV. Il faut 5 TGV pour remplacer les 15 avions, c’est bien pour le développement durable... Cela s’est gelé totalement. Il faudrait monter une filiale entre la SNCF et La Poste, tout le monde passerait par elle. Alors évidemment avec un tel projet, les présidents et les syndicats du secteur du transport routier sont montés au créneau...

Deuxième alternative en ce qui concerne le courrier pur, on pourrait avancer sur le partage du réseau postal avec d’autres administrations. Par exemple, lorsque que l’on va à la préfecture dans le 93, il faut six heures pour parler à quelqu’un les grands jours. Est-ce qu’on a six heures à perdre pour aller demander une carte grise à la préfecture ? A la place, on pourrait utiliser une enveloppe sécurisée de La Poste à 16 euros, et envoyer les originaux par ce biais. La carte grise est ensuite renvoyée avec les papiers.

Par ailleurs, l’Etat détient avec les centres de tri de La Poste 1million800000 m² de surface au sol. Cette surface est fermée, protégée, facile à exploiter et située dans des endroits qui passent à côté de grands nœuds urbains. La Poste peut devenir le premier producteur d’électricité photo-voltaïque en France. Avec l’électricité vendue, on compense les pertes du courrier. Pourquoi pas ? Il y a une foule de choses à faire. Moi j’ai cherché, on me dit que c’est cher à financer... Le livret de développement durable, le CODEVI, c’est de l’épargne administrée qui sert aux projets de développement durable et à financer les PME. Il y a en ce moment 64 milliards d’euros que les Français ont placés sur ce CODEVI, et cet argent, il est dans le bilan des banques en ce moment. Il y a des sous si on veut aller les chercher !

Le fait que ce soient principalement des partis et des associations situées à gauche qui soutiennent le projet de cette votation, n’est-il pas un risque pour la réussite du référendum ?

N. G. C’est vrai qu’il y a le danger que cette votation passe pour une idée essentiellement de gauche Il ne faut pas que ça se réduise aux militants de l’UMP qui voteraient pour la privatisation et les autres de gauche qui s’y opposeraient. Il faut qu’on ait un langage clair. Dans le comité national le langage est assez peu politique. Quand on met en cause le Président de la République, on le prend sur ses promesses. Après, dans les comités locaux, c’est des organisations de gauche. Si l’on perçoit le référendum comme un vote contestataire pour montrer son désaccord avec la politique du gouvernement, cela ne me gêne pas.

Propos recueillis par Delphine Dauvergne.

Lire aussi : http://www.regards.fr/article/?id=4302

Plus d’infos : http://www.appelpourlaposte.fr/

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