Accueil > Politique | Editorial par Clémentine Autain | 1er septembre 2008

Nicolas Sarkozy peut-il tuer l’opposition ?

Nicolas Sarkozy rêve de tuer l’opposition

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et a bien l’intention de s’en donner les moyens. Ce rêve ne date pas d’hier. La longue séquence de préparation de sa candidature à la présidentielle avait requis de nombreuses prises de position malicieuses pour désarmer la gauche. C’était l’époque où il fustigeait la double peine et se voulait moderne en prônant la discrimination positive. C’était le temps où il déstabilisait ses troupes, toujours à un rythme frénétique, en dépoussiérant les idées de son camp. Sans jamais oublier ses fondamentaux. Brouiller les repères fut une méthode pour se distinguer, étonner et redorer le blason de la droite mais jamais il n’a perdu le cap, celui du parti pris des riches et de l’ordre dominant. Citer Jaurès, encenser Guy Môquet ou nommer des ministres issus des rangs de la gauche n’a fait que parachever ce parti pris tactique. En face, le PS a espéré se moderniser en puisant lui aussi dans le fond de commerce de ses adversaires. En 2002, quand le candidat Jospin avouait au JT qu’il avait été « naïf » sur la sécurité, il mettait déjà en scène ce trouble dans le clivage politique. Le slogan de Ségolène Royal, « l’ordre juste », a symbolisé cette posture à la dernière présidentielle. Sauf que la gauche en a perdu, elle, sa boussole...

Aujourd’hui, Sarkozy joue sur du velours. C’est comme si l’opposition était anesthésiée. Réforme des retraites,

« Grenelle de l’environnement » ou « plan banlieues » de Fadéla Amara, elle ne fait pas valoir une autre logique, se contentant de mettre en cause les défauts de « la méthode » ou « le manque de moyens ». Les attaques sur l’école, malignement orchestrées par Xavier Darcos, ou sur la santé n’emportent pas non plus la fougue oppositionnelle car le projet alternatif est en panne. Pauvre débat politique. Martin Hirsch propose le Revenu de solidarité active ? La philosophie du dispositif, pourtant machine à précarité, n’appelle aucun commentaire : les adversaires du gouvernement restent majoritairement sur le créneau comptable. Christine Boutin fait la maison à 1 euro par jour ? Rien à redire, ou à voix basse, sur le fond de cette « France des propriétaires ». Seule la remise en cause de l’objectif contraint des 20% de logements sociaux, prévus par la loi SRU pour les mairies, fait : mollement :grincer des dents. Le démantèlement des 35 heures a même réussi à mettre dans l’embarras tous ceux qui, à gauche, avaient fustigé en son temps les défauts de cette loi d’inspiration progressiste. Ubuesque. Sur le plan international, particulièrement préoccupant, de la Géorgie à l’Afghanistan en passant par l’enjeu diplomatique des JO en Chine, aucune alternative politique et stratégique d’ensemble ne se dégage, comme s’il n’y avait qu’à se réjouir des faux pas diplomatiques de l’ancien ami Bernard Kouchner. A ce compte-là, pas étonnant de voir Olivier Besancenot caracoler en tête des meilleurs opposants à Nicolas Sarkozy. Et ce dernier n’a plus qu’à regarder la gauche se prendre les pieds dans le tapis du congrès consacré à la réforme institutionnelle :sketch de début juillet : pour se délecter... et passer un été tranquille à lire les interviews en chaîne, complaisantes, de sa femme chanteuse. De quoi faire remonter sa cote de popularité ! Les retentissements incessants des trépidantes jouissances du président font le show. Pour le reste... Le déficit de confrontation politique, la désagrégation du débat autour des grands enjeux du devenir collectif nous minent. Comme l’écrit Serge Héfez dans un court essai stimulant au titre évocateur, La Sarkoze obsessionnelle(1), « politique, engagement collectif, débats d’idées laissent la place à une sorte de raz-de-marée de vies privées. [...] petit à petit, partout dans la société, ressenti et émotion remplacent pensée et analyse » ...

Mais ça ne suffit pas. Nicolas Sarkozy en veut plus, toujours plus. Il veut tout. Jack Lang et le PRG, tout de suite. Les médias publics et les RG se rapprochent de l’Elysée. Le reste cuit à feu doux. Les socialistes, le nez dans leur congrès, ne savent plus par quel bout prendre le problème mais continuent de lui courir après. Une brochette de ses quadras a cru bon de publier un texte dans Le Monde cet été pour rappeler combien il n’est pas utile de s’opposer en tous points à Sarkozy. Reste la gauche d’alternative, la rue, les grévistes, les résistants, tous les contestataires increvables. Le non-remboursement des jours de grève et la non-satisfaction des revendications ont bien porté quelques fruits, mais n’ont pas eu leur peau. Le service minimum visait bien à entacher toute dynamique de ce côté-là, mais gageons qu’il y a du ressort. La droite sort alors la carte du mépris. Souvenez-vous de cette incroyable sortie maîtrisée du Président de la République, juste avant l’été : « Maintenant, quand il y a une grève en France, plus personne ne s’en aperçoit. » Un niveau d’arrogance, voire de défi, rarement atteint. Les syndicats ont répliqué par communiqués de presse. La rentrée sociale, pour laquelle les terrains de contestation ne manquent pas :Education nationale, privatisation de La Poste, démantèlement du code du travail... :, pourrait constituer une réplique plus concrète. On la veut, on la souhaite, on l’attend, on s’y prépare. Elle donnera du souffle à une opposition politique... qui a du pain sur la planche !

C.A.

1. Serge Héfez, La Sarkoze obsessionnelle , Hachette éditions, 12,50 euros

Paru dans Regards n°54 septembre 2008

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