Accueil > Idées | Par King Martov | 23 décembre 2008

Noir, c’est Yade

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Une élection américaine, voilà de quoi vendre du programme télé. Les Etats-Unis en ont fait depuis longtemps une des grands-messes politiques de la petite lucarne, surtout les fameux débats entre les deux postulants, même si, à force d’être rodé, l’exercice a perdu de sa singularité et de son impact. Donc, devant la possibilité confirmée de voir un « Noir » accéder à la Maison Blanche, les chaînes hexagonales (aussi bien hertziennes que leur filiales sur le TNT, style I-Télé) n’ont cessé de nous en expliquer les « enjeux » (y compris le « Jour du Seigneur » qui consacra une émission, plutôt réussie, sur la place du religieux au royaume du « In god we trust »). Commençant, les mois précédents, avec les fameux plateaux d’invités où l’on croisait les mêmes spécialistes avec leurs bouquins à vendre au plus vite avant le résultat définitif. Mais au final, ce fut la diffusion confidentielle des deux dernières saisons de The West Wing (titre français : A la maison blanche), série prophétique annonçant la victoire d’un latino démocrate, qui apportait les véritables clefs pour décrypter ce qui se passait outre-Atlantique.

A l’approche du final, le grand journal de Canal plus s’est délocalisé à New York et toutes les autres chaînes vécurent la nuit au rythme des « Swing States » qui basculaient. Bref, l’instant était historique. Ce fut répété, martelé, souligné. Enfin les Etats-Unis votaient pour le président qu’on attendait d’eux. Du coup la France se regarda le nombril et la télé loucha comme à son habitude. La dimension si monocolore de la vie politique française se révélait ombrageante pour le pays des droits de l’Homme. Nous venions à peine d’enterrer Aimé Césaire, que pouvions nous répondre à ce pied de nez ? Surtout, qui allait porter la bonne parole médiatique ? On attendait Taubira. Ce fut Rama Yade. Sur tous les réseaux, sur tous les tons. Avec gourmandise et complaisance.

Car la télé constitue l’espace culturel où l’on mesure le mieux à quel point la droite a su remporter la bataille culturelle des idées, s’emparer des vieux thèmes de référence de la gauche pour mieux les vider de leur substance et les couper de leur histoire. Avec sa petite morgue habituelle, cette femme de droite a ressassé le modèle américain, soulignant avec raison la frilosité des partis bien de « chez nous » et surtout, selon elle, d’une gauche au fond plus « raciste », à demi-mots, que la droite. Tout cela pour mieux nous vanter la générosité d’un Nicolas Sarkozy, accordant des strapontins ministériels à défaut de pousser l’UMP à pousser des députés et des maires « issus de la diversité ». Surtout un vrai journaliste se serait interrogé sur le sort dans la France d’Hortefeux d’un fils de couple mixte (noir et blanc, américain et kenyan, occidental et musulman) et la chance qu’il aurait eu de finir tranquillement ses études sans connaître les joies d’un charter. C’est toute la magie de la France de Sarkozy à l’école américaine : de la diversité mais sans immigration, une nation sans mémoire, des exemples mais sans discours. Du sur mesure pour les directs à 4 heures du matin. M

Le top des flops

Paris Première retransmet le 8 décembre la 2e édition des « Gérards de la télé », qui récompensent le pire de notre PAF. Un grand moment d’anti-célébration où les organisateurs attendent toujours que les heureux élus viennent chercher leurs trophées.

TF1, pas top

A défaut de voir la cote de popularité de Sarkozy baisser, on voit l’audimat de TF1, son meilleur allié audiovisuel, reculer. Mais la fin de la pub sur le service public, ce ne fut pas voté pour les chiens ! Merci qui ?

Ce que l’on regardera en décembre

Certains l’aiment chaud sur Arte, parce que c’est un chef-d’œuvre avec la plus belle réplique gay du cinéma « I’m a man !/ Nobody’s perfect » (1er janvier à 21h), « L’année du Zapping » sur Canal plus (28 décembre à 20h05), et enfin, pour les couche-tard, « Ce soir ou jamais » sur France 3 (deuxième partie de soirée).

Ce que l’on ne regardera pas en décembre

Le « Grand journal » sauf pour Jean-Michel Apathie et Mouloud (c’est-à-dire pas longtemps), Les experts Miami (car toutes les séries américaines ne sont pas bonnes), Clara Sheller (les séries françaises sont déprimantes et machistes), Orange TV, trop cher en temps de crise, les inévitables bêtisiers pour digérer les repas de fêtes et, évidemment, les mauvais téléfilms les après-midi de vacances scolaires.

Regards n°57, décembre 2008

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