Accueil > Politique | Par Rémi Douat | 29 décembre 2011

NPA, c’est la claque finale ?

Hier porteur de nombreux espoirs à gauche, le NPA est aujourd’hui
en pleine déconfiture et peine à rassembler les 500 signatures nécessaires
pour candidater à l’élection présidentielle. Explications.

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Qui est le candidat du Nouveau parti
anticapitaliste ? Pas d’inquiétude,si
vous ne répondez pas spontanément
Philippe Poutou, vous faites
juste partie des 75 % des sympathisants
de gauche qui ne connaissent pas son
nom [1]. Ce n’est qu’un sondage, mais cela mesure
tout de même l’ampleur du chantier pour un
NPA sous le radar depuis qu’Olivier Besancenot
a jeté l’éponge de la présidentielle en mai dernier.
Les effectifs se sont effondrés. De 11 000 encartés,
aux meilleurs jours, la formation anticapitaliste
est passée aujourd’hui à 4 000 adhérents.
Dernier chiffre, et non des moindres, sur les
500 signatures d’élus requises avant le 16 mars
2012 pour entrer dans la course à l’Élysée – indispensable
vitrine pour le NPA – les militants
n’en n’ont rassemblé qu’un peu plus de 200. Et
maintenant, qui va donner les signatures ? Les
Verts, comme on le raconte dans les couloirs,
ont intérêt à donner un coup de main… Mais
point trop n’en faut pour un NPA qui se pince le
nez dès que se pointe le PS ou ses alliés. Bref,
l’enjeu est grave : le NPA sera-t-il présent dans la
campagne ? Alors que la crise financière pourrait
ouvrir un boulevard à un parti anticapitaliste,
comment expliquer une telle déconfiture ?

Retour en 2009. La LCR veut tourner une page
et devenir un grand parti de masse. Le sésame
revendiqué : l’ouverture. Trois ans plus tard,
recroquevillement, divisions et querelles de
stratégies abîment le parti. D’un côté, les partisans
de l’ouverture au dialogue avec le reste
de la gauche radicale et de l’autre, une ligne
majoritaire, plus dure. Le retour par le biais d’une
« coordination de campagne » d’Alain Krivine et
François Sabado, historiques de la LCR, est qualifié
de « retour au Jurassique » par une partie du
NPA. « Quand on a des difficultés, le repli est la
solution la plus facile
 », explique Ingrid Hayes,
l’une des représentantes du courant « Gauche
anticapitaliste », la position qui milite justement
pour un NPA tourné « vers l’extérieur ». « Nous
avons créé ce courant parce que nous avons
considéré que le projet initial du NPA était remis
en cause
, explique-t-elle. La majorité fait le
choix de l’isolement, se contente du terrain de
la propagande et se refuse à la confrontation.
 »
Pour Gaël Quirante, la voix des « identitaires » :
« Il faut se recentrer derrière le mégaphone du
logo NPA.
 »

L’avenir du NPA est dans la rue, disent-ils en
substance. « Le rassemblement doit se faire
avec l’immense majorité qui ne va jamais voter
,
analyse-t-il. Ceux qui vivent dans quartiers populaires,
ceux qui subissent les plans de licenciement
dans la métallurgie, la jeunesse en proie
à la précarité… Ils doivent être notre première
préoccupation, avant les mécanos électoraux
 ».
Pour la « gauche anticapitaliste », les dés étaient pipés dès le début, « un marché de
dupes initial
, décrit Ingrid Hayes. Les courants
hostiles à l’ouverture étaient déjà présents
dans le processus fondateur. Ils composent
aujourd’hui l’arc majoritaire
 ». L’objectif : sortir
de cette difficulté, en s’adressant « non seulement
aux membres du NPA, mais aussi à ceux
qui en sont partis
 », précise Ingrid Hayes. Razmig
Keucheyan, sociologue et militant éclairé,
est de ceux-là. Il estime essentiel de revenir sur
les raisons de l’échec, pour le dépasser. Pour
lui, l’hypothèse à l’origine de la création du parti
est erronée. « Il n’y aurait plus, au moment de
la naissance du NPA, que deux gauches. L’une
sociale libérale et l’autre de franche opposition
au capitalisme.
 » Entre les deux, rien. « Or
le front de gauche, le PC, la FASE, la gauche
des Verts… se sont justement engouffrés dans
l’espace laissé par la centrisation du PS
. »

Autre problème selon le sociologue, la surmédiatisation
d’Olivier Besancenot. « Le revers de
sa popularité, c’est que le NPA s’est retrouvé
prisonnier de son image, ce qui a provoqué
une forme d’immobilisme. Cela pose aussi la
question du recrutement des militants. Sa surmédiatisation
a provoqué des arrivées sur un
mode émotionnel. Or la colère ne suffit pas
. »
Mais Razmig Keucheyan va plus loin. Selon
lui, ce recrutement « émotionnel » est à l’image
d’Olivier Besancenot : « Olivier lui-même n’est
pas intéressé par la politique. Le NPA aurait dû
davantage travailler la question des alliances et
des dynamiques de classes. Olivier n’est pas
politique, mais propagandiste.
 »

Notes

[1Sondage TNS Sofres pour Canal + du 23 octobre.

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