Accueil > Politique | Par Emmanuel Riondé | 1er janvier 2009

NPA et CGT, de prudentes affinités (3)

Héritier de la LCR, le NPA déboule dans le paysage politique avec son image d’organisateur de luttes, ce qui n’est pas sans déplaire à une partie de la CGT. Mais l’intérêt que se portent ces deux organisations provoque également doutes et débats. Reportage avec des syndicalistes marseillais.

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J’ai toujours apprécié les positions de la Ligue communiste révolutionnaire : claires, nettes, déterminées, celles d’un parti d’opposition sans aucune ambiguïté. Qui peut même parfois, s’il n’y fait pas attention, ressembler à un syndicat... » Début décembre, dans le local CGT de l’hôpital de la Timone, Marseille. En quelques phrases et un léger sourire entendu, Yves Castino donne, mine de rien, pas mal de clefs pour décrypter les relations entre le monde syndical et le NPA, quelques semaines avant le congrès de fin janvier.

Membre de la commission exécutive de la fédération santé et du bureau de l’Union départementale CGT des Bouches-du- Rhône (UD13), Yves Castino, 52 ans, a passé quelques années au PCF au début des années 1980. S’il se dit aujourd’hui « attiré » par le NPA, il n’y a pas adhéré et ne semble pas encore prêt de franchir le pas. Avec une centaine d’autres syndicalistes des Bouches-du-Rhône, il a assisté le 14 janvier 2008 à la librairie Païdos, à la rencontre organisée par le comité d’initiative départementale (CID) NPA 13 avec Olivier Besancenot. Le moment choisi pour cette réunion, alors que l’agenda politique était pourtant rempli par la proximité de la campagne des municipales, et la venue du « facteur » himself disent bien à quel point l’établissement de liens avec le mouvement syndical a vite été considéré comme une priorité par les initiateurs du NPA. « On savait ce milieu susceptible d’être intéressé par le processus de co-construction que proposait le NPA, résume Emmanuel Arvois, 40 ans, enseignant, militant à la LCR depuis 1989 et à la CGT depuis une dizaine d’années, cosignataire d’un texte appelant à la création d’un « courant syndical 100 % lutte de classe » (1). Notamment des militants dont on connaissait les positions affirmées dans les luttes, les positions radicalement anticapitalistes, l’intérêt pour les questions politiques en tant que telles. Et les positions critiques à l’égard de l’orientation confédérale CGT... »

CGT, LE RAPPORT AU POLITIQUE

De fait, l’UD13, revendiquant 32000 adhérents, ce qui en fait l’une des plus importantes UD-CGT de l’Hexagone, est connue pour être aussi la plus frondeuse, parfois oppositionnelle, à la Confédération de Montreuil. Taxée de « gauchiste » avec sympathie par les uns et agacement par les autres, elle est « à part ». Et puissante. Yves Castino, qui se définit lui-même comme un « contestataire connu et reconnu » met en garde : « Attention, le NPA ne doit pas avoir un raisonnement simpliste, il ne suffit pas d’aller à la pêche aux contestataires de la CGT, ça ne marchera pas... » Car on touche là à « quelque chose de délicat » au sein de la CGT : le rapport au politique, marqué par les liens très forts entre la Confédération et le PCF qui ont duré des décennies et laissé des traces. Les premières sont physiques : un nombre non négligeable de cadres, notamment intermédiaires, restent liés au PCF. C’est le cas de Mireille Chiesa, la responsable de l’UD13. Les secondes relèvent de la conscience historique : l’indépendance vis-à-vis des organisations politiques se veut totale (Charte d’Amiens, 1906), chacun dans son champ d’intervention et face à ses responsabilités : aux politiques les projets de transformation de la société, aux syndicats la défense des travailleurs. « Vu qu’elle a longtemps été la courroie de transmission du PCF, la relation au politique est très, très compliquée au sein de la CGT » , confirme Jean-Claude Labranche, militant CGT depuis 1996. Et cosignataire d’une contribution au texte d’orientation du NPA, diffusée fin septembre et dont le seul intitulé :| « la critique systématique du mouvement syndical (ou de ses directions) est à la fois stérile et erronée » (2) : indique qu’il y a bien débat sur ce sujet au sein du NPA et qu’il est loin d’être tranché.

CONFUSION DES GENRES ?

Elevé dans un « berceau » familial de mineurs communistes, il a soutenu José Bové en 2007 et n’avait jamais été encarté politiquement jusqu’à cette réunion du 14 janvier. « Ce jour-là, Olivier Besancenot nous a demandé si le manque de débouchés politiques ne plombait pas le mouvement social. Moi qui suis sur le terrain, je constate que c’est le cas. L’autre raison qui m’a poussé à entrer au NPA, c’est qu’il se déplace sur les luttes, il joint le discours à la pratique. Il est des nôtres. » Tout le monde l’admet, y compris certains que cela n’enchante guère : une bonne partie de la base syndicale de la CGT voit la constitution de ce nouveau parti avec une empathie à laquelle la présence d’Olivier Besancenot sur les luttes n’est pas étrangère. Mais cette présence peut aussi provoquer une certaine gêne : d’abord parce que la volonté d’éviter la confusion des genres s’en trouve chiffonnée. Ensuite parce qu’il existe, et leur présence est non négligeable dans les rangs de l’UD13, des militants qui ont « un pur profil de mouvement social, note Emmanuel Arvois. Se situant dans une tradition presque anarcho-syndicaliste, avec un attachement au syndicat en tant qu’organisation de base de la classe » . Un peu le profil d’Yves Castino qui fait part de son attente à l’égard d’une formation politique : « Prendre le pouvoir pour les travailleurs, ce n’est pas tout mais c’est quand même quelque chose qui me paraît très important. Et ne pas l’avoir en perspective en tant qu’organisation politique, ça me fait chier... Or, le NPA, sur cette question-là, je ne les sens pas trop. »

Ces réticences n’ont pas échappé au NPA qui se garde bien de tout triomphalisme. Et rappelle que si la base est plutôt en sympathie, c’est moins le cas chez les cadres dont ceux liés au PCF, qui « dans un réflexe d’autodéfense, voient quand même arriver quelque chose qui peut tuer leur parti » , estime Jean-Claude Labranche. Une défiance qui, à Marseille, serait notamment présente dans la fédération PTT et, dans une moindre mesure, celle du Port autonome.

NOUVEAU PROLETARIAT

Face à cela, les militants investis à la fois au NPA et à la CGT mettent en avant leur engagement de syndicaliste loyal et assurent qu’au NPA, personne ne remet en question la séparation des champs d’intervention syndicale et politique. Tout en assumant leur ambition de répondre au désir de débat et d’issue politique, selon eux de plus en plus perceptible au sein du mouvement syndical. Dans cette optique, Jean-Claude Labranche veut « transcender » les postures de dénonciation souvent reprochées à la LCR. « Ce qui va compter , estime-t-il, ce sera notre capacité à proposer des éléments de programme concrets. » Emmanuel Arvois estime de son côté que, pour garder le contact, « il faudra développer et amplifier un autre type de lien, rééditer des rencontres, se retrouver sur des luttes communes » . Avec l’espoir d’y retrouver cette « base syndicale » en sympathie avec le NPA ?

Retraitée, membre historique de la LCR 13 et syndiquée à la CGT depuis cinq ans, où elle milite à l’Union locale de la Rose, Babette Johsua y côtoie beaucoup de jeunes précaires, « des gens qui travaillent dans le nettoyage, des employés de collectivité, des PME du commerce... , raconte-t-elle. Des petits salaires qui viennent ici pour se défendre mais ne voient pas l’utilité d’adhérer à un parti politique » . Cosignataire de l’article « Pour construire un courant syndical 100% lutte de classe » , elle considère que le monde syndical français ne s’est pas encore adapté à « ce nouveau prolétariat » , prêt à se défendre mais singulièrement apolitique. Et évoque en regard cette fraction de militants LCR passés au NPA qui, eux, « ne voient pas l’intérêt de se syndiquer parce que, de toute façon, ils n’ont pas de vrai boulot avant 35 ans » . Une autre donnée de l’équation que le NPA aimerait résoudre au plus vite...

E.R.

1. « Pour construire un courant syndical 100% lutte de classe », article qui devrait être publié dans la prochaine livraison de Critique Communiste , la revue de la LCR.

2. Consultable sur le site du NPA 13 : www.npa13.org

Paru dans Regards n°58 janvier 2009

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