Accueil > Politique | Par Rémi Douat | 1er juillet 2008

NPA - LCR : du passé faire table rase ?

Les comités locaux pour la création du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA), qui devrait succéder à la LCR, se multiplient. Que s’y passe-t-il ? Deux illustrations, à Paris et en banlieue, comme photographie d’un moment de construction.

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Tandis que le PCF analyse en interne les raisons de sa marginalisation, que la gauche socialiste disserte sur le sens du mot « libéral » et que les Verts s’enlisent dans d’éternelles dissensions, la LCR se sent pousser des ailes. Besançon, Malakoff, Le Puy-en-Velay... Partout en France fleurissent des comités locaux pour la création du NPA (Nouveau Parti anticapitaliste), lancé par la LCR, mais à destination de ceux qui n’en sont pas. Et c’est là tout l’enjeu. LCR ripolinée en façade ou NPA ouvert et novateur ? En tout cas, la mutation est engagée. Le parti d’extrême gauche revendique 350 comités dont les représentants se sont réunis fin juin. Cote d’amour au beau fixe, débatteur hors pair, langage et attitude moderne... Olivier Besancenot séduit bien au- delà de l’électorat traditionnel de l’extrême gauche. Mais l’essai peut-il être transformé ? Le parti trotskiste, pariant sur sa disparition pour renaître sous le nom de NPA, pourra-t-il dépasser, objectif ambitieux, sa propre culture, pour séduire vraiment au-delà de ses frontières ? « Pour l’heure, la LCR décrit dans Rouge (1) la création du NPA de manière assez triomphaliste, analyse Serge Cosseron (2). Et en effet, le processus fait véritablement attraction. Une partie non négligeable de la gauche syndicale y va. Mais une fois l’enthousiasme passé, la LCR va se heurter à l’impossibilité de dépasser sa culture et d’accepter la différence. »

UN ANGE PASSE

Nous avons visité les réunions du collectif parisien du Xe arrondissement et celui, naissant, des Lilas, en Seine-Saint-Denis. Dans cette dernière commune, les militants du parti de Besancenot sont au nombre de trois mais qu’importe, c’est une terre à conquérir, même sur des territoires peu favorables. La commune, longtemps UDF, est devenue terre socialiste en 2001. Lors des municipales de 2008, la LCR n’était même pas dans la course et l’extrême gauche de Lutte ouvrière faisait 5,74% au premier tour. Rendez-vous est donc donné un samedi, dans une salle prêtée par la mairie. A l’heure dite, seule une dizaine de personnes sont présentes, parmi lesquels les trois militants LCR de la commune. L’un d’eux prend la parole et se lance dans une longue introduction. De l’effondrement du bloc soviétique à la crise pétrolière en passant par la lutte contre le CPE... De l’inefficacité du PS ou du PCF pour lutter vraiment au processus de mutation de la LCR, les auditeurs semblent s’y perdre un peu. Parmi eux, Joëlle perd patience et le coupe : « Je croyais qu’il s’agissait d’une réflexion ouverte, mais à vous entendre, tout a l’air déjà pensé et verrouillé » .

Un ange passe. Vient le tour de table. Il y a là trois communistes, venus en curieux, « parce que si c’est antilibéral, ça m’intéresse »  : dira l’un deux : une militante socialiste qui repartira avant la fin en lâchant « que la gauche soit unie, bon sang ! » , des sympathisants et militants de la LCR, et enfin Joëlle, la mécontente, militante à Sud. Après un moment de mise au point, un débat finit par s’installer. Réforme ou révolution ? Quelle alternative à l’organisation de la production ? Peut-on travailler localement avec un maire socialiste ? (La réponse est non.) L’échange touche à sa fin. On se met d’accord pour une prochaine réunion.

Paris, Xe arrondissement. La LCR a fait 4,3% aux municipales et l’extrême gauche est plutôt bien implantée. La salle du cinéma l’Archipel, une cinquantaine de places, est comble. Rouge circule dans les travées, on s’interpelle d’un rang à l’autre, bref à peu de chose près, on est entre soi. Le comité d’initiative NPA des Xe et IXe arrondissements revendique 30 personnes investies dans le processus, ce qui au regard des forces en présence pour la réunion est plausible. Une vingtaine d’autres auraient passé le nez au NPA, puis tourné les talons, « un turn over proche de la moyenne nationale » , assure Clément, un militant. La tribune, très NPA, affiche l’ouverture. Sylvain Pattieu, militant de la LCR, et candidat 100% à gauche-LCR lors des municipales, Edouard, qui n’est « pas de cette culture » , dit-il, et une ancienne communiste. Sylvain ouvre le bal. En résumé, « Sarkozy tape fort » , « la gauche institutionnelle n’est pas la mieux placée pour riposter » , c’est donc « le bon moment pour un nouveau parti » . « La gauche traditionnelle, avec le PS qui joue à qui sera le plus libéral, nous ouvre un boulevard » , poursuit-il. Puis affirme le désir d’ouverture : « Des réformistes sincères peuvent s’entendre avec des révolutionnaires. » Et d’assumer l’héritage trotskiste, « dont il n’y a pas à rougir » , mais aussi d’avancer « la nécessité de rassembler plus largement » . Quant au rapport aux institutions, « le NPA ne refusera pas d’y être représenté, mais cela ne doit pas être au détriment de la lutte anticapitaliste » .

QUESTIONS SANS RÉPONSE

Edouard qui, rappelle-t-il encore, n’est pas de cette culture, croit dans la sincérité de la démarche. « Ce ne sera pas une LCR bis, mais un agglomérat de plusieurs cultures militantes. » Puis la salle prend la parole. « Qu’est-ce qui a fait que vous allez réussir là où la candidature unitaire pour la présidentielle a échoué » , « Le terme anticapitaliste n’est-il pas un peu réducteur » Ces deux questions resteront sans réponse. Un autre, adhérent de la LCR en pointillé depuis 1979, s’inquiète du temps qu’il faut consacrer au militantisme : « Comment réinventer un parti pour des gens qui veulent s’investir à la carte » La question, là encore, ne suscite guère de réponse. Puis l’échange prend une autre tournure. Un militant de la Gauche révolutionnaire évoque les lambertistes. Voilà qui lance un débat sur les nuances et tendances de l’extrême gauche. Des mines larguées se demandent de quoi on parle. Edouard vanne le Parti des travailleurs, la fraction « étincelle » de Lutte ouvrière prend la parole avant que Cécile ne réclame pour le NPA « un droit de tendance » , pour que le CRI ou la Fraction puissent trouver leur place ! Les non-initiés pataugent. Michel soupire puis demande la parole : « Moi, c’est la première fois que je viens, et je ne suis pas là pour ce genre de discussions. C’est totalement contre-productif, il faut tourner une page. C’est quoi la prochaine étape ? Il faut du concret maintenant... »

Clément, militant de la LCR investi dans le processus de création du NPA, demande l’indulgence. « C’est vrai, il ne faut pas s’enliser dans les sempiternelles histoires de chapelles. Mais il faut nous laisser le temps d’apprendre à travailler ensemble. Dans les comités, il y a à peu près autant de militants de la LCR que de militants venus d’ailleurs. » La révolution, même à la LCR, ne se fait pas en un jour.

Rémi Douat

 [1] [2]Paru dans Regards n°53, été 2008

LCR, ETAT DES LIEUX

La LCR compte 3 000 adhérents et le processus en cours de création du Nouveau Parti anticapitaliste verrait les effectifs monter à 9000, selon les estimations de la LCR. Lors de la présidentielle, Olivier Besancenot a recueilli près d’un million et demi de voix, soit 4,08%, score plaçant la formation d’extrême gauche en tête de la gauche du PS (Marie-George Buffet, 1,93%, José Bové, 1,32%, Arlette Laguillier, 1,33%). Aux législatives, la LCR présentait 492 candidats, un record pour ce parti, recueillant 529 000 voix.

Récemment invité sur le canapé rouge de Michel Drucker pour un talk-show dominical, Olivier Besancenot a fait l’une des meilleures audiences de l’émission, dépassant largement Abba, Dany Boon et Ségolène Royal ! Une popularité auprès des Français qui dépasse de loin son électorat : au baromètre TNS-Sofres, 43% de Français souhaitent le voir jouer un rôle important à l’avenir, ce qui le place parmi les cinq premiers. R.D.

Notes

[11. L’hebdomadaire de la LCR.

[22. Serge Cosseron est l’auteur du Dictionnaire de l’extrême gauche , aux éditions Larousse.

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