Accueil > Culture | Analyse par Aline Pénitot | 30 novembre 2012

Paris-Villette : théâtre liquidé, théâtre occupé

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La liquidation judiciaire du Théâtre Paris-Villette vient d’être prononcée. Le tribunal de commerce de Paris avait repoussé par deux fois sa décision, mais, jeudi 29 novembre, le couperet est tombé. La poursuite de l’activité est imposée jusqu’au 15 décembre pour accueillir le spectacle Hate Radio sur le génocide Rwandais financé pour une grande partie par le Parc et la Grande Halle de La Villette. Et ensuite ? La question reste entière.

La Mairie de Paris dépense une énergie folle pour trouver des lieux pour accueillir les spectacles des autres compagnies programmées pour la fin de saison. Dans cette folie, elle n’entend pas que les compagnies ne souhaitent pas jouer ailleurs et pas seulement par fidélité au Paris-Villette. Les spectacles ne peuvent pas, en si peu de temps, répondre aux exigences techniques de nouveaux lieux et la communication serait bien mise à mal. Selon Patrick Gufflet, un seul des spectacles pourrait techniquement se tenir à la Maison de la Poésie. Pourquoi à la Maison de la Poésie, autre petit lieu parisien « parfois discret, souvent audacieux », dixit Bertrand Delanoë ? Parce que le directeur s’en va au début de l’année prochaine. Il n’est pas remplacé et rien n’est programmé pour la fin de saison. Au printemps prochain, si rien ne change, deux lieux de spectacles « parfois discrets, souvent audacieux » seront vides d’artistes et de publics. Les syndicats estiment que « la ville de Paris donne un bien mauvais exemple à toutes les collectivités territoriales, de soutien au théâtre de création ». Ils demandent que les salariés du Paris-Villette soient replacés le plus rapidement possible, que la saison soit maintenue pour éviter que les compagnies coulent et qu’un appel à candidature soit lancé pour permettre enfin la concertation autour du projet Paris-Villette.

La Mairie de Paris va devoir trouver des arguments solides pour justifier un tel silence. La tribune que Bruno Julliard, Maire adjoint à la culture, publie dans Libération est une série d’injonctions paradoxales. « La période difficile que nous traversons au côté des compagnies et des salariés du Théâtre Paris-Villette n’est pas le reflet d’une vision politique à courte vue ou strictement gestionnaire » dit-il tranquillement. Et donc ? Bruno Julliard propose qu’un fonds de soutien à la diffusion théâtrale soit créé. Nous pourrions trouver cette idée intéressante sauf qu’un tel fonds existe depuis 1975. Il s’appelle l’Office national de diffusion artistique. Bon nombre des compagnies programmées au Paris-Villette en bénéficient déjà. Bruno Julliard ne mesure toujours pas que l’on ne joue pas ainsi avec le monde de la culture sans « assumer une régression politique sans précédent ».

Le comité de soutien du Paris-Villette monte le ton et commence à parler d’occupation. Une assemblée générale est prévue vendredi 30 novembre, à 19 heures, au Paris-Villette. Depuis deux mois, la solidarité n’a jamais cessé de grandir et les soutiens pleuvent. Face aux récentes annonces de baisse du budget pour 2013, le monde culturel commence sérieusement à remettre en question ses amitiés politiques et à envisager des formes de résistances nouvelles. Pour François Le Pillouër, président du syndicat des entreprises culturelles et directeur du Théâtre national de Bretagne « la culture est massacrée de manière symbolique et idéologique » et le dialogue est rompu avec l’Etat.
Lorsque le milieu de la culture décide collectivement de se mettre en mouvement, la lutte est joyeuse, extrêmement humaine, marquante. Parce que le milieu culturel est, par essence, producteur de biens symboliques, la résistance laisse des traces profondes. Que va déclencher la lutte pour la survie du Paris-Villette ? À suivre…

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