Accueil > Politique | Entretien par Rémi Douat | 19 mars 2012

Paroles de militants

Mélenchon prend la main.

Ils sont des citoyens français de gauche et vont voter au printemps. Pour Mélenchon... ou pas. Ils donnent les raisons de leur choix.

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Régis, 32 ans, surveillant dans un internat

« Je n’ai jamais milité nulle part, mais en septembre dernier,
j’ai passé la porte du Parti de gauche et finalement je
me suis investi dans la campagne. Jean-Luc Mélenchon
aborde le thème de la précarité, contrairement au NPA.
Comme je n’ai presque connu que le précariat, ça a été un
élément déclencheur dans mon investissement.
C’est une expérience positive. L’Usine est très conviviale,
accueillante. C’est réjouissant de ne plus être seul à ronchonner
dans son coin. Les choses deviennent concrètes,
prennent de l’ampleur. »

Stanislas, 62 ans, Paris, retraité

« Sur le papier, je suis pour Jean-Luc Mélenchon. J’espère
depuis bien longtemps une gauche radicale forte et le
Front de gauche est la tentative la plus aboutie depuis
longtemps. Mais je suis tout de même très gêné sur bien
des points. Par exemple, je ne suis pas d’accord avec lui
sur la question du régionalisme, je le trouve sectaire, il
ne veut pas en entendre parler. De même, je trouve qu’il
est crispé sur la laïcité, j’ai presque l’impression qu’on ne
peut pas en parler, que c’est tabou. Quand je l’entends
défendre le régime chinois face au Tibet au motif que le
Dalaï Lama est un « curé », ça me rend fou. »

Samuel, étudiant à Paris VIII

« J’ai 20 ans, je vais voter pour la première fois et ce sera
pour Mélenchon. Je l’ai vraiment découvert lors de son
émission sur France 2 (Des paroles et des actes, le 12
janvier, ndlr). Je connaissais de lui le fort en gueule médiatique
et ça m’amusait plutôt. Je trouvais ça revigorant
face à l’apathie généralisée. Je me retrouve complètement
dans le postulat qui fonde sa politique : il faut répartir les
richesses plus équitablement. Ce qui me convainc le plus,
c’est qu’il propose au peuple de reprendre les choses en
main mais sans user de la culpabilisation du discours méritocratique.
Il nous demande de nous retrousser les manches
mais ne nous dit que c’est de notre faute si c’est la merde. »

Dimitri, professeur de lettres, 38 ans

« Je suis plutôt un butineur politique. Je n’ai jamais eu de
carte dans aucun parti, mon seul engagement est syndical.
J’ai toujours voté à gauche. Il y a quelques mois, j’étais persuadé
de voter Europe écologie, c’est d’ailleurs ce que j’ai
voté aux élections européennes. Mais là, franchement, Eva
Joly, ça ne fonctionne pas, les Verts patinent. Je suis venu
à Jean-Luc Mélenchon récemment, parce que d’autres y
vont, parce qu’il y a du monde dans les meetings, que j’en
entends parler autour de moi. Ce n’est pas grégaire, c’est
juste parce que je vais vers le mouvement. La dynamique,
ça donne envie. »

Cyril Cognéras, conseiller municipal, les Alternatifs, Limoges

« J’aurais pu voter Jean-Luc Mélenchon. Mais ça ne m’a
jamais effleuré l’esprit. D’abord parce que Jean-Luc Mélenchon
incarne le candidat typique de la Vè République.
Nous n’avons pas besoin d’un homme providentiel mais de
démocratie directe et de jurys citoyens. Il incarne la vieille
gauche. Sa vision de la République est très jacobine. Je ne
me reconnais pas dans cette gauche bleu blanc rouge et
ne vois pas en quoi elle est plus ouverte que la droite sur
la laïcité. Il ne représente pas toute la gauche radicale et
son but est de créer un Die linke français, dans lequel la
composante alternative, écolo et altermondialiste serait
complètement diluée. »

Sara, 30 ans, éducatrice spécialisée, Paris

« Je n’avais jamais milité avant. Je votais NPA mais comme
ça n’a jamais vraiment décollé, j’ai fini par me décourager.
Quand je suis arrivée à Paris, il y a un mois, j’ai été à l’Usine
pour rencontrer des militants et aider concrètement, à
coller et tracter. Dans mon boulot d’éducatrice, j’approche
des situations de précarité insupportables. Sur le fond, le
programme du Front de gauche, axé sur le partage des
richesses, me paraît répondre à ces enjeux. Sur la forme, ce
que j’aime, c’est le côté éducation populaire. Il démocratise
le savoir politique et s’adresse à toutes les générations. »

Emmanuel, fonctionnaire, syndiqué CGT, 33 ans

« Je suis socialiste au sens historique, jaurésien. Je ne voterai
pas Jean-Luc Mélenchon, mais François Hollande, même
si je suis loin des idées du PS et plutôt proche de celles du
PG. Mais je ne veux pas du scénario 2002, un PS absent
du second tour. Ce ne sera pas un vote de conviction. Ce
qui me repousse le plus chez Mélenchon c’est ce patriotisme
virulent qu’il incarne. C’est fini le temps du « travail,
famille, patrie » et de l’État-Nation ! Il défend une vision de la
nation aux dépens de l’Europe. C’est l’État avant le fédéral,
dans une l’Europe qui fait peur. On peut être à gauche de
la gauche et défendre une Europe fédérale ! Et puis cette
stratégie de com. Il s’adresse à la classe ouvrière en ne
désignant que l’ouvrier d’usine. Est-ce que le smicard qui
bosse dans les services s’y retrouve ? Ca ressemble à une
rhétorique de récupération des électeurs du FN. Le FN ne
doit pas dicter l’agenda. »

Nato, 44 ans, « intermittente du travail », Cergy (95)

« Je viens à peine d’adhérer au Parti de gauche et je vais
à l’Usine une fois par semaine, depuis fin décembre. C’est
la manière dont il s’est rebiffé contre les journalistes qui
m’a d’abord attirée, moi qui suis lectrice de Plan B et PLPL.
Je suis libertaire, syndiquée à la CNT, alors adhérer à un
parti, ce n’était pas gagné. Mais j’ai été retournée par
le vocabulaire de Jean-Luc Mélenchon. Un mot comme
« partageux », qui fait référence à la Commune m’a encouragée
à écouter de plus près. Je sens une dynamique et
suis emballée par la diversité sociale et générationnelle,
c’est peut-être ça la force d’un rassemblement. Pourtant
je ne suis pas d’accord avec tout. Je me méfie toujours de
ceux qui veulent le pouvoir. Ou encore la Marseillaise qui
déboule dans un meeting, il m’a fallu m’habituer. Mais
finalement, 1793, à moi, ça me cause. Alors la Marseillaise
avec le poing levé, pourquoi pas. »

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