Accueil > Politique | Par Catherine Tricot | 1er septembre 2007

Parti socialiste : se méfier de l’eau qui dort

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Avant de partir en congé, les dirigeants socialistes ont pris une ultime décision : ne pas précipiter le congrès, se donner le temps de la réflexion pour tirer les conséquences de la séquence électorale 2007. Le PS attendra donc prudemment l’après-municipales. Une nouvelle fois l’art de la synthèse du premier secrétaire sera-t-il celui de l’esquive ? Plusieurs facteurs poussent pourtant les socialistes à ne pas se cacher sous l’édredon.

Moins cuisante qu’en 2002, la défaite de Ségolène Royal ne produit pas un effet de sidération empêchant les neurones de fonctionner. Comment surmonter cette malédiction qui semble frapper le PS au seuil du pouvoir suprême ? Les réponses tactiques ne suffiront pas à éviter une prochaine déconvenue ; il faudra aller plus au fond : « Aucune des raisons de la défaite (de 2002) n’a été sérieusement analysée, il n’y a pas eu d’inventaire, l’ombre portée de Lionel Jospin pendant toutes ces années n’a pas permis de mesurer à quel point l’offre politique de la gauche s’était figée » , tranche Arnaud Montebourg. Dans un parti de gouvernement, bourré de personnalités qui aspirent aux plus hautes fonctions, l’échec répétitif à l’élection présidentielle est embarrassant et mérite réponse. De fait, ils sont nombreux à apporter diagnostic et solution.

Trancher les débats

Le constat est nuancé mais sans concession chez François Hollande : « Nous avons réussi, avec Ségolène Royal, à être largement majoritaires auprès des jeunes, des diplômés et de ce que l’on appelle les habitants des « quartiers ». En revanche, nous sommes minoritaires au sein de la France modeste, âgée, rurale et ouvrière. C’était trop pour pouvoir espérer l’emporter. D’autant qu’une majorité de nos électeurs était davantage motivée par un refus que par une adhésion. » Le tableau est encore plus noir pour les jeunes loups de la rénovation. Impitoyable, le député de Paris Christophe Caresche affirme que le PS est un parti « complètement nécrosé » , « en décalage avec la société française » précise Manuel Valls, le député-maire d’Evry. Chacun à sa façon met en cause le PS et son projet. L’unanimité se fait pour dire qu’il est temps de trancher enfin les débats toujours repoussés. Patrick Bloche, le secrétaire de la fédération de Paris, le dit crûment : « On passe notre temps à lancer des débats en étant incapables de trancher. Le premier secrétaire a porté l’art de la synthèse à sa quintessence, mais aussi à ses limites. » Pour surmonter les divergences qui le minent notamment depuis le débat sur l’Europe, le PS doit résoudre de profondes contradictions. Facile à dire. Les rénovateurs réunis à grand bruit cet été en seront-ils capables ? Qui vivra verra.

Un Nouvel Épinay ?

Les appels à trancher enfin les débats se doublent d’une exigence : refonder le projet, refonder le parti. « Cette démarche lucide de refondation collective représente une chance historique pour la gauche, celle d’un nouvel Epinay. Davantage qu’un droit d’inventaire, elle a désormais un devoir d’invention » écrivent ensemble les rénovateurs du PS (1). Caustique, Jean-Luc Mélenchon ne se prive pas de les railler ://« C’est tout leur art. Parler beaucoup et ne rien dire de précis. Le fond de l’affaire est le suivant : il s’agit pour eux d’accompagner le mouvement qu’ils croient avoir vu dans la société, vers la droite. (2) »//

Supercherie, le discours sur la refondation ? C’est ce que dit une tribune d’Henri Weber, sénateur fabiusien, pour Le Monde : « La refondation n’a que des amis au Parti socialiste, tout le monde s’en réclame et chacun en redemande. » //« La rénovation, la refondation, la réinvention, comme on voudra »//, a même ironisé François Hollande lors d’un bureau national.

Mélenchon, Fabius, Hollande contre la refondation ? La vieille maison reprendrait ses droits et tout va continuer ? Les rénovateurs auraient donc raison d’écrire dans leur texte collectif : « C’est d’un changement beaucoup plus radical et beaucoup plus profond que nous avons besoin ! » Fabius sent le danger et récuse ce jeu de rôles « entre archaïsme et libéralisme » (3). Il préfère donner son sens à la refondation : « Au plan électoral l’enjeu de la refondation, c’est la reconquête de notre base populaire qui subit de plein fouet la précarisation et les difficultés de pouvoir d’achat. Les données sont claires : c’est d’abord cet électorat qui nous a manqué, en particulier dans les régions industrielles durement touchées par les effets de la mondialisation. » Autre tribune collective, émanant cette fois du cœur de l’appareil : « A gauche, le temps de la refondation est venu. La défaite nous commande de repenser, de rassembler et de renouveler la gauche. Nous avons l’ardente responsabilité de réinventer la gauche. Nous devons aujourd’hui faire émerger un monde nouveau à gauche, fondé sur de nouvelles idées, de nouvelles pratiques et de nouveaux visages. » (4)

Courants de pensée

Donc refondation il devrait y avoir. Dès aujourd’hui, trois enjeux stratégiques sont identifiés : refonder le projet, repenser le parti et son fonctionnement, réexaminer les alliances politiques. De la cohérence trouvée entre les trois dépendra la capacité de relance du PS. Y parviendra-t-il ? En tout cas, le défi est clairement établi.

Dans le débat qui s’ouvre, il faudra suivre particulièrement trois courants de pensée :

 : « les rénovateurs » pour l’ambition affichée, même s’il leur reste à prouver qu’ils ont les moyens intellectuels de leur projet (la campagne de la présidentielle ne l’a pas totalement démontré) ;

 : « les fabiusiens » qui, d’ores et déjà, proposent les bases d’un nouveau parti rassemblant « des alternatifs au centre » (tout en prenant soin de ne pas heurter la tradition socialiste) ;

 : les amis de Jean-Luc Mélenchon et de PRS pour la radicalité de leurs critiques et leurs audaces politiques (mais auront-ils les partenaires de leur projet déclaré, la formation d’un nouveau parti de gauche à la gauche du PS ?).

C.T

Paru dans Regards n°43, sept. 07

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