Accueil > Politique | Par | 1er février 2005

PCF que faire des socialistes ?

Le PCF met en débat sa stratégie pour les élections 2007. Au cœur : la concertation avec toutes les forces de la gauche et la relation avec le Parti socialiste. Des forums-programme amorcent des travaux pratiques. Ambiance.

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Quels que soient leurs sensibilités et leurs sentiments sur la situation politique de la gauche, les communistes en reviennent toujours à la même question. Ils sont engagés dans un combat référendaire qu’ils mèneront en partie contre leurs voisins sociaux-démocrates (ou « sociaux-libéraux », selon les nuances). Mais associés à eux dans nombre de collectivités locales, ils savent qu’ils ne pourront faire l’impasse sur la question des alliances, à l’orée d’une séquence électorale particulièrement chargée en 2007 et 2008. Faut-il à nouveau « plumer la volaille sociale-démocrate », ou bien composer avec un PS partisan d’une Constitution européenne libérale ?

Les forums-programme

La tenue du premier forum-programme, le mercredi 12 janvier à Marseille, a marqué le début de l’offensive politique du PCF. L’année 2005 sera consacrée à l’élaboration d’un projet, en concertation avec toutes les forces de gauche... qui voudront bien y participer. Car l’objectif principal du PCF : prendre langue avec le panel le plus large possible d’organisations politiques et sociales : n’est pas des plus simples à atteindre. De plus, à l’intérieur du parti même, les avis divergent sur la stratégie à mener au cours des mois qui viennent.

La préparation de la présidentielle et des législatives de 2007 est pour le PCF l’occasion de faire le point sur ses grands choix et... de passer aux travaux pratiques : utilité des forums, devenir du parti, relations avec un PS partisan du traité constitutionnel, candidature communiste en 2007... Le tout se déroule dans un climat sans doute moins tendu que lors du débat référendaire du PS, mais qui n’exclut pas les crispations : les 11 et 12 décembre derniers, le conseil national a repoussé un texte présenté par la direction sur la stratégie à mener pour les prochaines élections. Du jamais vu !

A quoi vont servir les forums-programme décidés à l’été dernier ? Ouverts à tous, ils sont officiellement le moyen de rapprocher les citoyens de la chose publique et de créer une dynamique à gauche. Mais tout le monde n’entend pas de la même manière cette démarche. Pour Nicolas Marchand, responsable de la commission « Entreprises, travail, citoyenneté », ces forums doivent permettre de présenter le projet communiste aux salariés et aux citoyens et de le confronter à la demande sociale. Approche sensiblement différente chez Bernard Calabuig, secrétaire départemental du Val-d’Oise, qui avait soutenu la démarche d’ouverture entreprise en Ile-de-France pour les élections régionales. Lui rejette les « accords politiques au sommet entre les partis » et veut sortir de la politique « délégataire ». Il faut, poursuit-il, « rendre le peuple acteur du changement ». De façon voisine, Richard Sanchez, secrétaire fédéral des Pyrénées-Orientales, évoque l’ambition « d’un grand rassemblement politique sur un contenu citoyen » que permettrait la tenue de ces forums.

Crise identitaire ?

Que devient, dès lors, le PCF dans ce processus politique ? Nicolas Marchand plaide sans réserve pour un « renforcement » de « l’identité communiste ». Le PCF se doit, pour lui, de renforcer sa présence sur le terrain, dans les entreprises, en restant fidèle à ses orientations. Le PCF « est à même d’avoir un projet et des initiatives propres ». Sous-entendu : il est à même d’être aujourd’hui le débouché politique par excellence de la demande sociale...

Un point de vue auquel s’oppose Marie-Pierre Vieu. Pour elle, le PCF est en crise et doit revoir sa stratégie à court terme, mais aussi sa structure. Sinon, le parti « mourra de sa belle mort dans quinze ans ». La solution pourtant existe à ses yeux : créer, en partant de la base, un grand parti à gauche qui rassemblerait l’ensemble des sensibilités transformatrices et révolutionnaires, et au sein duquel le communisme aurait toute sa place. Quand bien même ce parti ne porterait plus le nom de « communiste ». Une « ambition populaire majoritaire » serait ainsi la seule façon de contrer les tendances sociales-libérales d’une partie du PS.

Bernard Calabuig défend une troisième hypothèse : « ni dilution » dans un amalgame aux contours idéologiques imprécis, ni « rassemblement autonome » qui risquerait d’isoler le PCF au sein de la gauche. Tout en récusant l’hypothèse d’une « dérive gauchiste », il veut faire le lien entre l’exigence d’une convergence antilibérale et la conception même du parti communiste. Calabuig insiste sur la nécessité de développer des « ateliers » du communisme, une structure permettant la rencontre entre le PCF et les citoyens qui, politiquement proches du parti, n’ont pas pris leur carte pour autant. La crise que traverse le PCF se résoudra, selon lui, par un renouvellement idéologique et par une rencontre avec des individus engagés dans la recherche d’une transformation sociale.

Le dilemme PS

Reste le « problème PS ». Le PCF semble rechercher aujourd’hui une formulation suffisamment cohérente de ses rapports avec les socialistes pour marquer le paysage politique, et assez consensuelle pour agréger autour d’elle les sensibilités d’une majorité de ses militants. Pour l’instant, force est de constater que les expérimentations tentées l’an dernier lors des régionales et des européennes n’ont pas permis de dégager une telle cohérence.

Dans le débat communiste actuel, se dessinent trois logiques sensiblement distinctes, sans toutefois que l’ensemble des responsables et des militants se distribuent si nettement dans trois camps opposés.

Une sensibilité que l’on pourrait peut-être qualifier d’« identitaire » considère que le PCF doit tourner la page de la « mutation », réaffirmer ses principes et ses valeurs. Ce qui implique une autonomie politique à l’occasion des élections « personnalisées », l’idéal type restant la présidentielle. Pour cette ligne de pensée, l’extrême gauche ne présente en aucun cas une alternative fiable au libéralisme. Pas question donc de remplacer l’alliance avec le PS par quelque deal que ce soit avec les branches du trotskysme. Face à un PS durablement « social-libéralisé », le PCF est la seule perspective politique, qu’il convient de valoriser en tant que telle.

Une seconde cohérence se trouve du côté de Robert Hue et de ses amis. Le « huisme » n’existe pas, affirment celles ou ceux que l’on classe de ce côté-là de l’échiquier communiste. Et pourtant, dans les écrits du nouveau sénateur du Val-d’Oise comme dans les interventions de plusieurs dirigeants, quelques lignes de force semblent se dessiner. L’antilibéralisme n’est pas majoritaire au sein de l’électorat. Sur ce terrain, aucune chance aujourd’hui de construire une majorité, tandis que la puissance du PS est une donnée structurelle de l’équilibre de la gauche française. L’objectif principal est ainsi de créer, peu à peu, des conditions plus favorables aux communistes dans leur tête-à-tête avec le PS. Cela suppose d’alterner des élections où chaque force : et donc le PCF : s’affirme de façon séparée, et notamment la présidentielle, et d’autres (scrutins de liste notamment) où l’on peut envisager des alliances, ne serait-ce que pour maintenir la présence communiste dans les institutions.

Le dernier type de réponse est exprimé avec netteté par ceux que l’on nomme, plus ou moins justement, les « refondateurs ». Mais il sous-tend aussi les initiatives prises majoritairement en Ile-de-France au printemps dernier. Cette sensibilité veut, comme la précédente, rompre la dépendance historique à l’égard du PS, mais considère que le PCF seul n’est pas en état de le faire. Il doit aspirer à jouer un rôle dynamique au sein de la galaxie des mouvements attirés par une alternative franchement non libérale plutôt que par les accommodements du PS. Même si ceux qui s’inscrivent dans cette démarche n’en ont pas toujours la même lecture : les tensions ne manquent pas entre les « refondateurs » et le noyau dirigeant : ils considèrent plus ou moins que le PCF ne se verra reconnaître un rôle important que s’il s’inscrit dans cette recherche collective d’alternative.

Trois sensibilités, et un point commun : à la différence de la culture politique de l’extrême gauche, toutes estiment que le rapport au PS reste une donnée majeure du rassemblement à gauche. Même si les refondateurs d’une part, et Nicolas Marchand de l’autre, sont très critiques envers l’évolution idéologique du PS, ce dernier reconnaît pourtant que la formation de François Hollande reste « incontournable dans une alliance de gauche ».

Candidatures

Reste une question tant tactique que stratégique : la candidature communiste en 2007. La plupart des militants et des cadres du parti se prononcent aujourd’hui en faveur d’une candidature soutenue par le PCF, et souhaitent même que ce candidat soit membre du PCF. Marie-Pierre Vieu se prononce par exemple pour Marie-George Buffet, seule capable de maintenir l’unité du parti, tandis que Nicolas Marchand exprime son souhait que le candidat soit non seulement un candidat communiste mais un candidat « du Parti communiste français ». Bernard Calabuig espère que le rôle moteur du PCF dans la tenue des forums-programme sera reconnu, et qu’ainsi le parti sera le fer de lance de la convergence antilibérale. L’idéal, pour lui, serait qu’il ne reste à gauche que trois candidats : le (la) candidat-e présenté-e par Lutte Ouvrière, le candidat PS et celui de la « convergence ». Ainsi le spectre de la multiplicité des candidatures serait écarté, et le poids réel de la gauche antilibérale reconnu. Mais tout en affirmant sa préférence pour une candidature communiste, il accepterait toutefois que le candidat du rassemblement ne soit pas membre du PCF. Ce qu’admettent ouvertement certains refondateurs, qui y verraient la marque d’un engagement fort du PCF en direction du mouvement social.

Chacun, au bout du compte, est convaincu que le résultat du référendum sur le traité constitutionnel sera décisif. Il risque en tout état de cause de raviver le dilemme fondamental, qui concerne le Parti socialiste. Comment gouverner demain avec un parti aux options européennes si éloignées ? Et comment concilier le projet politique issu des forums avec le programme électoral que vont préparer, dès cette année, les socialistes ?

Frédéric Sire

PCF & PS

Chronologie d’une relation tumultueuse

avril 1905. Création de la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO).

29 décembre 1920. Adhésion des

socialistes français à l’Internationale communiste ; naissance du PCF ; les minoritaires maintiennent

la SFIO.

années 1920. Attaques violentes du PCF contre les socialistes : il faut « plumer la volaille socialiste ».

27 juillet 1934. Signature d’un pacte d’unité d’action entre le PCF et la SFIO ; amorce du Front populaire.

avril - mai 1936. Le socialiste Léon Blum devient président du Conseil ; les communistes choisissent le soutien sans participation.

5 mai 1947. Les ministres communistes sont révoqués par le socialiste Paul Ramadier.

Désormais, pour les socialistes, « le PCF n’est pas à gauche, il est à l’Est » (Édouard Depreux).

1958. Le PCF s’oppose à la Constitution de la Ve République. La SFIO se rallie au général de Gaulle.

1962. Les communistes lancent l’idée d’une union de la gauche autour d’un programme commun.

1965. Le PCF décide de soutenir la candidature à la présidentielle de François Mitterrand.

1969. A la présidentielle, le communiste Jacques Duclos dépasse très largement le socialiste Gaston Defferre (21,27 % contre 5,01 %).

1972. Signature d’un Programme commun de gouvernement entre le PCF et le Parti socialiste désormais dirigé par Mitterrand (1971).

1977-1978. Rupture du Programme commun, échec de la gauche aux élections législatives de 1978.

1981. Georges Marchais nettement distancé par François Mitterrand au premier tour de la présidentielle ; victoire de Mitterrand au second tour. Entrée de quatre ministres communistes dans le gouvernement de Pierre Mauroy.

1984. Le PCF ne participe pas au gouvernement Fabius.

1997. Après la victoire aux élections législatives anticipées, le PCF retourne au gouvernement. Il y reste jusqu’en 2002, qui marque la fin de la « gauche plurielle ».

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